Nénuphar et les Simplunes - IV

A Mind On The Brink Of Collapse

Haleine-de-Brie et la petite Nénuphar, sous le spectacle de l'Elraut.

On promet à l'Explorateur, une fois retrouvé l'ancre: un trésor, dans les tréfonds d'un puits de pêche blanche; là où le trou dans la banquise gardée, quatre Tireurs de Cartes y jouent : Enérion, Néréon, Choron et Tanté : l'un croque-mort de métal, né dans les soutes, grandi par ses matons. A chaque venue d'un Vaisseau, parmi l'aurore polaire sa diversion, on aperçoit cette lueur, aller-venir la chaîne, châtoyer près des Rocheuses. Là où ils mangent. Venu le désamarrage, le Coidillon relève son ancre, suivi des joueurs de tarot, remontant avec eux un filet de pêche. On ne connaît rien de l'échange, entre le haut et le bas; mais le butin est gros.

- Peut-on faire partie du troc ? Peut-on aussi monter la chaîne ? s'enquit Nénuphar.

- Il n'y pas des pitchounes pour aller sur l'Elraut, seuls des fantômes. Le croc-mort s'en assure, à mordiller les pouces, pour vérifier qui monte. De mémoire de pêcheur, on n'a jamais vu sur le pont de pareille chatouilleuse. Cela n'empêche, aux explorateurs de fouiller l'horizon, de chasser l'ancre et le trou, là où se rassemblent les esprits. Mais attention à l'espionnage, aux trépasseurs et aux vivants; après concertation, les Tireurs de Cartes décident le sors, de ceux venus jouer la chance et son destin.

Nénuphar suivait les histoires convoquer son tourment, intriguée des esprits remontant la chaîne jusqu'à la galère, vers le Vaisseau parqué à même l'aurore polaire. Fallait-il emmener sa mère ? L'y donner rendez-vous ?

- C'est à cause d'eux, des joueurs de cartes ? Que maman a surveillé l'Etang sa vie, pleurnicha timidement Nénuphar, cassant le lit paisible du non-dit, sur lequel il pendaient face au spectacle.

- La véritable histoire de Nénuphar est connue des Stratèges, mais sous serment de l'Hésychasme. Depuis la Tour, rien n'est édit. Seuls en Haut-Lieu de la Cité sait-on à l'avance. J'en sais qu'elle n'a jamais rentré par le Catermichel, le retour à sa terre ayant été barré. Certains disent que Nénuphar a croisé un des Tireurs de Cartes du Ciel, car elle cherchait trop profond, un jeu lourd en impôt. Tombée sur une rare force du destin, un rôle loin de Riveronde lui a été assigné, là-même la bannissant.

- Pourquoi ?

Face aux lacunes, Haleine-de-Brie dit ce qu'il put, faisant confiance en sa future percolation.

- On comprendra seulement les plans une fois atteints leur terme, à leur tour d'autres viendront nous échapper. Une cause s'observe seulement à sa confirmation. Ainsi la Tour est arrivée si haut, par la connaissance de ceux ne pouvant rien en dire. Mais de son pavillon elle nous préserve. Les riverondains vraiment n'y voient qu'un long échaufaudage, bien qu'il nous soit promis de nous amener à la victoire.

Pour Nénuphar, Haleine-de-Brie était l'unique riverain soucieux de son chargin, craignant son affliction vouée à la griffer à vie. Ce soir les dires sèchaient ses larmes, versées par la carence à exprimer son mal; précieux même après la descente; pour les années à venir, adressant la souffrance en lui mettant des raisons; d'une souffrance bridant ses sommeils d'intolérables gémissements.

- Je dois rejoindre le sol où elle est enterrée. elle erre encore… Je suis ce qu'elle n'a jamais eu et elle m'appelle.

Nénuphar n'osait encore mentionner le cahier, où dessins et écrits apparaissaient; préférant référer à des rêves et des visions; de peur qu'on finisse par le lui confisquer.

Haleine-de-Brie compatit à la douleur d'enfant, n'acceptant pas souffrance et injustice. Il répondit selon les textes de Riveronde.

- Il existe un grand arc, pour le Ciel de courber. Sur de faibles épaules, il ne peut reposer. Ainsi les géants maintiennent la charpente, balançant son poids. A tout autre elle casse les épaules, vertèbres une à une; laissant les plus humbles s'en charger. Leur taille leur vient du coeur, au paysage ne s'observe; le coeur lui-même d'une pulsion indistincte; battante, entière. Ceux qui, face à destin égal, donneront leur vie, soulèvent l'arc de terre, malgré les affrontements sous cette enceinte bâtie sur leur fardeau. Déçu ou triste, le coeur d'un géant ne peut longtemps souffrir sa peine, car il en a encore la place. Il oublie sa douleur; car il en a la force. Ainsi ils ont survécu, vécu par-dessus; de la perte de l'enfant; de n'être qu'une paria, d'avoir été victime, parce qu'ils en ont la taille. Les géants tiennent la coupole sous laquelle l'autre fait la guerre, ignorant tout. Aucun coup ne peut les flétrir, si ce n'est en eux une corruption. Pour tous, les géants maintiennent le Ciel, pour celui de demain, celui qu'on nomme avec justesse : le prochain.

Haleine-de-Brie savait l'enfant ne pas trouver l'apaisement, sans aider le gémissement du parent ayant subi la cruauté. Après une latence pour la petite de visionner, il termina.

- Nénuphar a pointé vers l'avenir, et tu regardes l'anamnèse, n'acceptant qu'elle fasse signe d'avancer. Je veux t'aider, enfant, car ton coeur est si grand. Il ne se résoudra aux prosaïsmes, et a encore la place pour la souffrance des autres. A mi-chemin, lorsque sur tes épaules l'arc se mettra à peser; que tu regarderas sans corruption la guerre prosaïque, toi et ta mère vous retrouverez. Mais tu ne peux rester ici, dans cet hiver. Ici pour toi, la pièce est trop petite.

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