No man's land ou comment disparaître à la photocopieuse à 9h du matin

Georges Beckett

Disparaissez.

Disparaître, c'est simple comme une signature. 

Déjà, étant gosse, je m'asseyais sur un oreiller à l'intérieur de la penderie de ma chambre, dans l'obscurité. J'avais pour tout éclairage ce vieux jeu vidéo en forme de minitel où votre vaisseau spatial slalomait dans un champ d'astéroïdes.

Et je disparaissais.

J'étais en route pour Alpha du Centaure. Là, assis au milieu de mes slips, mes chaussettes, mes pulls à cols roulés en acrylique, je m'envolais loin d'ici. Jusqu'à ce que ma mère me tire de là avec une claque parce que je n'avais pas disposé le couvert correctement. J'avais cette porte de sortie. Le vide intersidéral m'attendait dans la penderie de ma chambre.

C'est la raison pour laquelle, les gosses construisent des cabanes dans les arbres. Ou se cache sous leur lit. Derrière les doubles rideaux.

Puis on grandit.

On continue à construire des cabanes imaginaires. A jouer à Tom Sawyer.

Certains éprouvent la même sensation en conduisant de nuit sur l'autoroute.

Les ordinateurs simplifient tout : un fond d'écran paradisiaque aide à supporter les tâches de comptabilité.

Concentrez-vous suffisamment ; l'éclat vulgaire des néons et du linoléum des couloirs s'éteint. Le photocopieur s'évanouit. Un battement de cil et on oublie tous ces bâtiments idiots, pareils à des boites à chaussure bêtes et droites, cette fascination pour les angles droits et les courbes au compas. Les téléphones cessent de sonner.

Ouvrez les yeux : le voyant du photocopieur clignote en rouge, vous signalant un bourrage dans le magasin 1. Et même ça, ça ne vous met plus en colère.

Construisez votre cabane.

Racontez-vous l'histoire que vous voulez.

Et disparaissez.

Nous faisons ça tout le temps.

Mais ça ne me suffisait plus.

Le courrier est arrivé la semaine dernière, impossible de faire demi-tour.

Deux jours déjà.

Cette fois, ce n'est pas une de mes disparitions habituelles. J'ai incendié le ré-de-chaussé de ma pyramide de Maslow.

" Le plus difficile, ce sont les anciennes habitudes ", m'ont confié quelques initiés qui avaient eux aussi sauté de la falaise une fois dans leur vie.

Pour les habitudes, c'est vrai.

D'ordinaire, quand il fait beau, je me réfugie ici le samedi matin avec un croissant et un livre ; nous sommes mardi et l'heure du petit déjeuner est passée depuis longtemps.

L'enseigne en façade dit : restaurant Le Bretagne.

C'est au pied de chez moi. Le soleil donne en terrasse les matins d'été. Ce soir, 21 juin, la France affronte le Pérou en poule de la coupe du monde de football en Russie. Et tandis que les bars du centre ville, sous un soleil de plomb, préparent les tireuses à bière pour la fête de la musique, Madame Lelette attend dans sa robe à motif fleuri de papier peint. Accoudée au zinc comme un personnage fatigué de Bagdad café. Elle me dit :

" Il va falloir qu'ils choisissent, football ou fête de la musique. "

Elle se bidonne et ajoute :

" C'est pas le Pérou, si on perd le match. "

La terrasse du Bretagne ressemble à ces vieux clochards avinés qui engueulent les passants aux arrêts d'autobus, et qu'on regarde avec indulgence sans jamais leur lâcher un centime. A l'intérieur, dans la pénombre, la tiédeur du milieu d'après midi, au milieu de murs peints de ce vert pâle de chambre d'hôpital, il flotte un je ne sais quoi qui rappelle le parfum des anciennes demeures. Le souffle de milliers d'expirations imprégné dans de vieilles tapisseries. Un soupçon de graillon provenant des cuisines incrusté pour toujours dans les fissures des boiseries du plafond.

Ici votre mauvaise haleine et votre t-shirt de la nuit, n'ont pas plus d'importance qu'une chiure de mouche au plafond. Vous voilà absous de votre tignasse mal peignée. Posez vos fesses le long du zinc, commandez un café allongé et vous voilà libéré de l'appel des open space, affranchi du vomi humain giclant des double porte de verre coulissantes des building dès la débauche sonnée. Vous disparaissez du livre de la vie.

J'ai trouvé une nouvelle cabane.

Déjà mon cœur ralenti.

" Tiens voilà, François ", dit madame Lelette, la joue plissée contre sa main en coupe, le visage partagé par un rai de lumière.

Ils arrivent par vague, toujours à la même heure, réglés comme des automates fatigués. La taille du pantalon remontée au milieu du ventre. Chaussettes boulochées et apparentes. Leur démarche rappelle celle des machines sauterelles des premiers Star Wars. Une mécanique saccadée qui semble vouloir se vautrer à chaque pas.

Papy Joseph, 84 ans, est surnommé " le maire du quartier " par les habitués. On le voit dès 7 heures le matin allez acheter le journal, puis faire la tournée des bars.

" Il a toujours été célibataire " me chuchote madame Lelette.

Mais c'est plus pareil, maintenant. Non c'est plus pareil, m'apprend-t-elle en tirant un poil de moustache à la pince à épiler, un miroir de poche chromé ouvert telle une coquille Saint Jacques dans l'autre main.

" Voyez , avant, c'était une station service. "

Elle quitte le miroir des yeux et désigne la supérette de l'autre côté de la rue.

" Au coin, y'avait une entreprise de déménagement. "

Là où se dresse sur le boulevard une rangée d'immeubles, telle un grand élevage de bobo, il y avait un caviste et un grand garage automobile. Autant de clients qui s'en sont allés, expulsés par la limace rampante de l'immobilier.

Madame Lelette soupire.

Elle recolle ses yeux dans le miroir de poche et s'affaire autour d'un poil récalcitrant. Un genre de marée noire de rimmel goudronneux lui encolle les cils. Ses paupières griffées de rides sont  peintes au vert canard. Au mur, derrière sa silhouette ramollie sous les bras et la mâchoire, un tableau blanc Velleda annonce :

" Saint du jour : Renée."

Au dessus de la machine à expresso, massive et rutilante comme une locomotive à charbon, trône une photo de son restaurant au moment de sa superbe. A côté sur le mur, un miroir, vestige d'un ancien anniversaire, dit  :

" Chez Lelette, l'assiette est toujours pleine. "

Au centre du miroir, la photo d'une belle femme brune, aux lèvres pleines et souriantes sous deux yeux bleu perçants.

" J'étais pas mal, à l'époque. Ça ne me rajeunit pas. "

Madame Lelette range le miroir et la pince sous le comptoir, puis s'accoude au zinc, le visage appuyé contre sa main. Lascive. L'auriculaire caresse sa lèvre inférieure.

" A mon âge, plus la peine de se maquiller la bouche. "

Elle rit.

Son regard bleu se perd sur le trottoir d'en face. A l'extérieur, les silhouettes, accablées par l'haleine brulante de l'asphalte qui se trouble, se hâtent pour rentrer regarder le match.

C'était une autre fois où j'avais disparu. Avant la finale de 1998, France-Brésil. Le plus étrange est que ça se passait dans une caserne. J'effectuais mes 10 mois obligatoires de service militaire. De nombreux supporter étrangers affluaient en ville pour soutenir leur équipe, et il nous devions faire les guignols en treillis aux abords de la gare. Fusils Famas en bandoulière. Le plan vigie-pirate effectué par des appelés fumeurs de joints, c'était plutôt comique. Ce qui me faisait supporter toute cette pantomime guerrière ridicule, c'était que toutes les nuits je disparaissais. Je me volatilisais.

Mais je garde cette histoire pour la fin.

Madame Lelette astique un verre derrière le zinc avec un chiffon à carreau pour occuper ses doigts. Ils s'agitent dans la langueur du plus long jour de l'année. Elle crie vers la terrasse :

" Comme d'habitude, François ? Le plat du jour et un carafon de rosé ? "

L'ardoise cloutée à la façade annonce en lettre de craie blanche :

" Blanquette de veau, ou steak frite. "

A côté des plats, il est écrit entre parenthèses : maison.

Comme si ça changeait quelque chose.

" Aujourd'hui on veut surtout du bio, même si c'est industriel. Les gens sont cons, quand même. "

Papy Joseph sirote un ballon de blanc dans un coin. Sous sa casquette à carreau toute droite issue des brigades du tigre. Veste en tweed vert chasseur et pantalon trop court. Ses chaussures, c'est plus la sensation de deux gros plâtres de cuir noir confortables pour ses pieds gonflés. Un journal est ouvert sur la table à la page des sports depuis une heure.

Madame Lelette contemple de nouveau son reflet dans le miroir de poche. Sa bouche se tort de côté ; quelque chose dans l'arrangement de ses cheveux gris, coupés à la Jean Seberg dans A bout de souffle, lui déplait.

" Mais ce qui marche le mieux c'est la carbonnade de bœuf à la flamande " me confie-t-elle.

L'index dressé, elle ajoute :

" Maison. "

Elle s'échappe vers l'arrière salle et la cuisine en boitillant légèrement. Puis s'arrête à mi chemin et me montre son pied comprimé par la lanière d'une sandale à semelle de corde.

" C'est là, sous le pied, la plante. Ça me fait un mal de chien, comme une aiguille. "

Elle rit et s'enfonce dans l'obscurité de la salle de restauration. La grande pièce à l'arrière que vous traversez pour gagner les toilettes. Grande à y organiser un banquet de mariage. Entassez-y soixante ou soixante dix personnes à déjeuner, et vous pourrez quand même allonger vos jambes sur le côté de la table. Murmurer des mots doux à votre fiancée sans être entendu par votre voisin. Les rideaux rouges tirés changent les lieux en aquarium rougeoyant. Le même clair-obscur que sur un tableau de La tour. Les radiateurs de fonte en accordéon attestent de l'authenticité de l'ancienne affiche Suze jaunie et encadrée au mur comme un Rembrandt. Chaises et table rectangulaires alignées au millimètre. Nappe à carreaux rouge et menus pliés en deux au milieu.

Aucun client.

Pas comme autrefois. Parfois, ils vous semblent distinguer dans la pénombre leurs fantômes ripaillant et se bidonnant, un peu ivre. Et il y a ce silence guérisseur. Le pouls de la ville qui bat en sourdine. Presque le bruit de la mer dans un coquillage.

Ça me rappelle mon ancien boulot. Au moment où les fonds d'écran d'îles désertes avaient cessé de fonctionner sur moi, j'avais du trouver une autre combine. Une autre cabane où disparaitre. Je descendais seul au sous-sol de l'entreprise après une réunion éprouvante, en compagnie de tous ces gens en costume et tailleur, bien coiffés et bien habillés, qui causaient indicateurs de performance et sécurité des flux informatiques. Toutes ces conneries que je me suis cognées pendant quinze ans, j'y ai survécu grâce aux toilettes du sous sol de la boite. Près du parking sous-terrain. Il y avait une douche que personne n'utilisait. La cabine des toilettes vous pouviez y dormir parfaitement allongé. J'ai essayé. Et quand vous étiez assis sur le siège abaissé, tout n'était plus que perception subaquatique de la réalité. Le ronron des grosses bouches d'air conditionné ressemblait au chant des baleines. Un étage plus haut, des hommes et des femmes en bras de chemise guerroyaient à grand renfort d'e-mail, plaçaient " in fine " au début de chaque phrase, pour quelques points de salaire supplémentaires. Et moi, j'étais simplement engloutis sous des tonnes de bétons, assis sur le trône, à écouter les baleines chanter. A regarder les grains de poussière virevolter comme du plancton sous la borne d'évacuation " sortie ".

Et je disparaissais.

Les toilettes du Bretagne, ne comptez pas trop y pisser une main appuyée au  mur. Le siège est cassé. Il faut le tenir à la verticale pour ne pas manquer sa cible. Au tirage de la chasse, vous vous écartez brusquement en voyant l'eau monter. Il vous semble que la cuvette va déborder. Le niveau de l'eau grimpe presque à ras bord pour redescendre lentement ensuite, laissant la cuvette à demi-pleine. Le lavabo fonctionne avec un de ces leviers à actionner avec le genou. Une serviette éponge est suspendue à un clou à côté du miroir ébréché.

Madame Lelette revient en boitillant des cuisines, une assiette de blanquette fumante à la main. Elle dépose l'assiette devant François. Le grand maigre au visage couleur de fraise écrasée avachi sur la terrasse. Un ancien cadre de la GMF en retraite. Paupières closes, jambes étendues devant lui, les bras croisé sur le ventre, affalé en plein soleil, il semble endormi. Ou mort.

Madame Lelette le bichonne. Elle le freine. C'est elle qui appelle le taxi quand, en fin d'après-midi, ses jambes se changent en guimauve.

" Il me fait des ennuis avec les chauffeurs, cet idiot. Mais je l'aime bien. "

Bien sûr, elle ment au taxi en expliquant que François est handicapé. Non, non, il n'est pas saoul, c'est seulement ses jambes, vous voyez ?

Ce type gérait des grands compte client, il y a peine un an.

Puis il a disparu, lui aussi.

Il se réveille au bruit de l'assiette cognant le bois de la table. Dans son regard, on voit passer des trains de chagrin qui ne s'arrêtent jamais en gare ; le carafon de rosé devant lui est vide. 

" Un autre carafon, François ? C'est le dernier, hein ? Pas de taxi, ce soir. "

Il secoue la tête. Ses cheveux ras brillent comme un hérisson argenté.

" Tu veux de la moutarde avec ta blanquette ? "

Les grillades sont du jour. Les plats en sauce, Madame Lelette les cuisine la veille.

" C'est meilleur réchauffé. "

Le boudin purée marche bien aussi. S'il reste des plats du jours invendus, ils sont servis le lendemain.

" Du coup, ils ne sont plus du jour. Je triche un peu. "

Elle sourit de sa plaisanterie et s'accoude à nouveau au zinc, le regard bleu perdu dans le vide. Dehors, les berline défilent à toute blinde sur le boulevard. Trop vite. Comme sur ces anciens films d'actualité en noir et blanc où les gens marchent en accéléré.

Autrefois, Madame Lelette habitait au dessus de son restaurant, au premier étage

" J'aimais bien, mais je n'en dormais plus, mon pauvre Monsieur. "

Les habitués finissaient toujours par monter chez elle ivres morts pour quelques after tardifs. Et elle ne veut plus, Madame Lelette. Elle doit se reposer, maintenant.

" La nouba à 64 ans et 32 ans de business, c'est plus pour moi ! "

L'agitation stérile du vrai monde entre par effraction dans la moiteur et la pénombre tropicale du Bretagne : le téléphone hurle. Une sonnerie de vieux jeux vidéo Nintendo. Et ça me rappelle des mauvais souvenirs, avant que je disparaisse. Papy Joseph, le nez sur la page des sports sursaute, comme tiré d'un songe. François est assoupi sur la terrasse. Madame Lelette décroche :

" Bah dame, c'est pas mon problème ! "

Un accent bien de chez nous qui rappelle Arletti. Une pause. Un soupir. 

" Ouais, ouais, je vous rappellerai. "

Elle raccroche le téléphone filaire, louche sur ses ongles peints, et dit :

" Dame, il est complètement baisé, lui. Les gens sont baisés. "

Et le temps reprends son cour. Au ralenti. Tout doucement. Comme un ruisseau de confiture.

La sensation que j'éprouvais en 1998 pendant la coupe du monde de foot était la même. Outre cette ridicule mascarade vigie-pirate aux abords de la gare, nous autres bidasses appelés sous les drapeaux, nous montions la garde aux deux entrées de la caserne. A l'intérieur de deux guérites, larges comme une cabine de chiotte, que nous rejoignions de nuit par tranche de deux heures avant d'aller nous recoucher ; vous passiez le relai à un autre appelé, avant d'y retourner de nouveau deux heures plus tard. Quand vous dormez arnaché d'un treillis, par tranche de deux heures, sur des paillasses à ressort, à un bras tendu les uns des autres, vous encaissez les ronflements et les flatulences de chacun. Vous ne dormez pas vraiment. Vous flottez entre deux états, dans l'interstice mystérieux entre la veille et le rêve. Dali employait déjà cette méthode : il s'assoupissait face à sa toile une cuillère à la main. Lorsque le bruit de la chute de la cuillère le réveillait, il commençait à peindre. Et donc un gars vous secoue, et c'est de nouveau à votre tour d'aller monter la garde avec votre Famas déchargé. Je préférais la guérite de l'entrée Sud. Au Nord, un pervers en imperméable venait nous narguer la nuit derrière la grille et se branlait devant nous. C'était peut-être le treillis ou le fusil qui le motivait. Ou nos crânes rasés. Au sud, personne n'entrait de nuit. Aucuns jeunes engagés de retour de bringue dans leur grosse bagnole pour vous emmerder en refusant de vous montrer leur carte militaire. Nous avions cette mini-pipe à eau qu'on se refilait à tour de rôle. Elle était fabriquée dans une petite bouteille de shampoing, du genre qu'on emporte pour prendre l'avion. Elle tenait dans une poche de treillis. En vous accroupissant derrière la partie opaque de la guérite, vous pouviez vous collez des bangs de beuh. 

Tout était si calme à trois heures du matin, là-bas, à la guérite sud.

Avec les bâtiments des officiers qui découpaient le ciel étoilé. Le ronron des automobiles en sourdine derrière les hauts remparts de béton de la caserne. Les gradés et les troufions endormis. Et moi, seul dans ma cabine de chiotte vitrée, devant ma barrière électrique en berne, je me sentais protégé comme par les parois de ma penderie autrefois. En sécurité. A l'extérieur, on se battait, divorçait, ruminait. Moi, j'inhalais des pipes d'herbe, et je planais. Je disparaissais. C'était comme si soudain, le monde guérissait de ses maux. Ces moments de grâce où vous savez quoi faire. Ou les solutions à vos angoisses, vos problèmes, naissent, avant de mourir au petit jour. Et à la levée des couleurs, rien n'était réglé.

J'ai cherché cette sensation toute ma vie.

Ma cuillère de Dali. Ma cabane de Tom Sawyer.

Dès que je quitte le Bretagne, ça me reprend. Palpitation, rumination anxieuse sur ma décision. Du haut de mon appartement au quatrième étage, je me penche à la fenêtre. Je regarde en bas, de l'autre côté de la rue, vers le Bretagne. J'essaye de retrouver la penderie de mon enfance et la guérite du service militaire. Cette sérénité indescriptible et salutaire qui me fait oublier la vaisselle sale dans l'évier, la douche que je n'ai pas prise,  ma décision de disparaître. En bas, François s'est endormi, le deuxième carafon de rosé est vide. Il ne s'éveille pas au tintamarre des klaxons et des trompettes ; la France a remporté le match face au Pérou.

Ma dernière disparition, je la dois à mon ancien patron. J'ai dis à tous le monde que c'était pour écrire un livre. Il fallait bien trouver une raison à ma fuite. Les toilettes du sous-sol ne me suffisaient plus. Ni les fonds d'écran aux couleurs des iles Fidji. Et je suis trop âgé pour me cacher dans un placard. Je devais agir. Me tirer dans le pieds pour de bon. Sauter de la falaise. Construire une dernière cabane.

Mon patron n'a pas fait de difficulté.

Il attendait, assis, là, dans son grand bureau, feignant de lire Le monde. Et il a simplement dit :

" Vous vouliez me voir ? Eh bien, signons les papiers maintenant ! "

Deux jours que je suis chômeur.

Je n'avais jamais disparu aussi longtemps.

Deux jours.

C'est pas le Pérou.


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