Noces du ciel et de la terre

lemaghrebin

A la mémoire de Barbara...la marocaine! Ton rêve a été si doux...si éphémère que je ne m'en suis jamais remis!

(Extrait du roman : Barbara, la marocaine!)

Les premières pluies précoces sont toujours les prémisses d'une bonne année agricole, cela fait rêver les agriculteurs de mon petit village niché dans les collines des « sehouls » à la banlieue de la capitale.

Les enfants chantent en chœur les louanges de la pluie en arabe dialectal (audio ci-contre):

A chta ta ta ta ta….

Ô fils d'agriculteurs !

Ô Bouzekri, maître boulanger !

Fais-moi cuire mon pain de sitôt !

Pour que je puisse le servir chaud en dîner pour mes petits !

A chta ta ta ta….ô fils d'agriculteurs…..

Pour les agriculteurs de mon petit village, ceux que la vie citadine n'a pas encore (jusqu'à quand ?) séduit, ces premières pluies sont les bénédictions du ciel à la terre, celle-ci ne tardera pas à les lui rendre encore plus généreusement en printemps quand elle accouchera de sa merveilleuse végétation : une explosion des couleurs à ravir le cœur !

De tous les souvenirs de mon petit village natal  je garde ces moments magiques où les premières pluies effleurent la terre vierge déclarant les noces du ciel et de la terre d'où naîtra cette belle nature que le printemps nous révèle toute la splendeur !

Quand ces premières pluies viennent au contact de la terre en soulevant un léger film de poussières que je sens plein les narines, j'ai toujours cette sensation d'être en communion avec ma vraie nature humaine et tout autour de moi s'offre à mes yeux émerveillés un spectacle inouï de cigognes blanches qui, fuyant, l'hiver glacial de l'Europe viennent chercher un hiver plus clément dans mon petit village natal.

Ces milliers d'oiseaux migrateurs qui commencent leur périple fin août déjà me rappellent mes compatriotes qui font le chemin inverse exactement au même moment pour se rendre en Europe à la recherche d'un pain que maître Bouzekri ne pouvait plus leur servir chaud!

En majorité des fils d'agriculteurs ayant quitté leur village natal, ils se lancent dans l'aventure de l'Eldorado européen qui se transforme rapidement en cauchemar !

Les rares agriculteurs qui tiennent le coup comme mon père finissent souvent par baisser les bras et s'ils ne décident pas de migrer ils désertent leurs champs pour venir s'entasser dans des bidonvilles terreaux de tous les extrémismes !

Je fus un de ces rares rescapés qui ont grandi dans ce bas monde qu'est le bidonville sans pour autant sombrer dans la délinquance et c'était grâce au courage de mon père qui a travaillé dur pour nous assurer une éducation correcte et nous immuniser des dérives de la délinquance qui nous guettait dans chaque ruelle de notre bidonville.

Je lui rends hommage aujourd'hui en reprenant ces refrains de la belle chanson « te ressembler » que vient de sortir Francis Cabrel (aujourd'hui même le 16 octobre 2020) :

T'as jamais eu mon âge
T'as travaillé trop dur pour ça
Toutes les heures du jour à l'usine
À l'entrée du village
Le soir, deux jardins à la fois
Et tout ça pour que tes enfants mangent
Ça, je le sais bien, j'étais là !

Ça en prenait du courage
Pour se lever, à ces heures là
Bien avant, le jour de partir
Dans le pas d'éclairage
À mains nues sur le guidon froid
Et tout ça pour que tes enfants dorment
Ça, je le sais bien, j'étais là !

On s'est pas dit "Je t'aime"
On s'est pas serré dans les bras
Concernant l'amour, il fallait
Tout deviner nous même
On nous laissait grandir comme ça
Et, tu vois on a grandi quand même
Je le sais bien, j'étais là !

D'avoir eu tant de chance
Quelques fois, je me sens fautif
Je regarde autour
Ma maison est immense et mon jardin décoratif
Et, je sais depuis ton lointain au delà
T'as gardé un œil sur moi.

Pour mon père, il fallait que je manie avec dextérité l'unique arme dont je disposais : ma matière grise ! C'était l'unique échappatoire de ce bas monde qu'est le bidonville…étudier, étudier et encore étudier ! pour être parmi les brillants sinon le plus brillant… et je l'étais !

Cette extirpation de la pesanteur de l'enfer bidon villageois je la dois aussi à Barbara ! Il était quasi impossible d'échapper à la pesanteur du bidonville sauf à maîtriser avec brio la langue de Molière pour réussir les études qui se faisaient en français et elle m'y a aidé !.

Barbara était de ces oiseaux migrateurs venus d'Europe à la recherche d'une chaleur humaine qu'elle n'a pas retrouvé dans le froid glacial des cœurs des occidentaux qui ont tourné à jamais le dos à la nature humaine !

Elle m'a tendu la perche de la langue, mon arme de bataille, et j'ai fait le reste ! Elle s'enorgueillissait mais elle me reprochait d'avoir quitté mon village. Elle me trouvait, toutefois, l‘excuse de l'absence d'écoles dans mon village natal et m'implorait de retourner, en ingénieur agronome fier, labourer la terre de mes ancêtres quand les premières pluies daigneront apposer un premier baiser sur le visage de la terre en annonçant une bonne récolte que les enfants ne tarderont pas à chanter les louanges avec leur chant innocent :

"A chta ta ta ta ta….

Ô fils d'agriculteurs !

Ô Bouzekri, maître boulanger !

Fais-moi cuire mon pain de sitôt !

Pour que je puisse le servir chaud en dîner pour mes petits !"

  • j'entends le vent, cette chanson triste et gaie, qui amène pluie et senteurs

    · Ago about 16 hours ·
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    Gabriel Meunier

    • Merci Gabriel, seules les âmes sensibles y prêtent attention, pour d'aucuns, à l'entendre, ils bouchent leurs oreilles car c'est juste un vent assourdissant et désagréable !

      · Ago about 16 hours ·
      Noces du ciel et de la terre

      lemaghrebin

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