NON

Laurent Cacciatore

Comme un cri, au crépuscule des Dieux.

C'est l'une de mes propres sœurs qui m'a un jour balancé à la gueule, alors que j'étais encore adolescent, avec le cinglant rationalisme intellectuel qu'on lui connait, que le mot rêve appartient au même champ lexical que les mots illusion ou mensonge. J'y vois un cynisme des plus malhonnêtes.

Est-ce pour cela que les gens se sentent menacés par moi? Suis-je "trop beau pour être vrai"? Est-ce que je demande trop d'efforts? J'incarnerais un idéal utopique, donc inatteignable? Pourtant, toutes ces petites expressions de la culture populaire, comme autant de frappes chirurgicales sur la fantaisie, ne sont-elles pas assez révélatrices de la façon dont la bien-pensance politiquement correcte tend à nous laver le cerveau pour nous forcer à aller contre notre nature profonde. Dire d'une idée ou d'un objet qu'il est original est un compliment, mais le dire d'une personne est souvent ironique. 

Tout le monde aspire à "une vie de rêve", tant il est vrai qu'on n'a même plus besoin de la rêver soi-même: on nous la vend assez, sur écran géant, précuite, à emporter, à grand renfort de marketing; mais plus personne ne croit à la magie. Avouez qu'elle est pas mal, celle-là! Ou du moins, pas publiquement. La magie, le rêve, la spiritualité, c'est pour les enfants, les "âmes simples" et les "originaux" que j'évoquais plus haut...



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