Parenthèse

ade

Une même parenthèse, deux visions.


La main sur la poignée de la porte, je me retourne. Dans le silence ouaté de notre alcôve, je le contemple une dernière fois.

Je souhaite graver ses traits et conserver l'image de cet homme qui, il y a encore quelques minutes, m'habillait de ses bras.

Ses doigts, compositeurs d'une ode sensuelle, ont parcouru ma peau, vibrant sous ses accords tendresse. Son regard sombre a su percer mes secrets interdits jusqu'à deviner toutes mes espérances.

Quand nos yeux se sont croisés, une folle attirance charnelle est née. Prélude incandescent de mille délices prometteurs.

Pourtant, il a patienté. Il m'a accordé le temps nécessaire pour venir à lui, il a accepté mon rythme afin que je me livre sans pudeur et sans crainte. Il n'a pas convoité ma vulnérabilité, ni même la fragilité que je tentais de dissimuler. Chez lui, tout n'était que gentillesse, respect et émotion.

Lorsqu'enfin je me suis abandonnée, ce fut une harmonie des sens. Il a su déchiffrer la partition de mon être, la gamme de chacun de mes soupirs. Sa langue de velours a sillonné chaque parcelle de mon corps, réveillant ainsi toutes mes cellules endormies.

Son étreinte fougueuse et singulière m'a portée jusqu'à des nuances de bien-être insoupçonnées, jamais, je n'avais ressenti cela auparavant.

Nous nous sommes inondés de plaisirs partagés, de douceur en caresses incessantes, nos peaux fusionnées se couvrant de sueur.

Je me suis enivrée de ses lèvres effleurant mes seins, de leur descente le long de mon ventre tout en volupté et lenteur pour faire éclore les frissons du supplice de l'attente. Nous étions ivres. Ivres de nos baisers, grisés par chacun de nos gestes.

Puis il s'est fondu en moi, son souffle et ses murmures se glissant au creux de mon oreille. Nos cris à l'unisson se transformant en une exquise mélodie jusqu'à l'ultime bonheur.

Au cœur de cette chambre d'hôtel, nous avons oublié qu'au dehors il n'y a que des fous. Nous avons effacé pour un instant nos blessures l'un contre l'autre. Nos âmes écorchées ont trouvé un semblant de repos.

Là, sur le seuil, à l'admirer, je me sens différente. Peut-être est-il celui qui me conduirait à une renaissance ? Peut-être est-il celui qui me permettrait de m'envoler pour une vie plus sereine ? Mais, j'aspire à des certitudes à présent et je ne suis pas prête à offrir mon cœur, jamais je ne reprendrai ce risque !

Alors, je sors et referme pour toujours cette parenthèse d'accalmie. Je m'engouffre à l'intérieur de l'ascenseur et me laisse avaler par la noirceur de la nuit avec au fond de moi, une petite étincelle qu'il a su allumer.

Je garderai ce précieux souvenir et aucune ombre ne viendra le détruire cependant, je vais continuer ma route seule afin de me protéger.

Je me donnerai à d'autres, sans illusions.

Je resterai celle qui n'a pas de nom. Celle que l'on cache. L'anneau que l'on ôte.

La fille de l'après-midi, la femme de passage.

Je demeurerai la nana à baiser, celle qui n'est pas destinée à être aimée.

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La porte s'est refermée et je suis là comme un con dans ce lit. Pourquoi je la laisse filer ? Je le savais, j'ai toujours su que sa fragilité était trop vive. Et moi, comme un imbécile, je pensais pouvoir la sauver. Je me croyais capable de recoller ses morceaux brisés.

J'ai attendu patiemment qu'enfin son regard fixe le mien. Pourquoi je ne voyais qu'elle alors que d'autres étaient à ma portée ? Je l'apercevais avec des connards et je n'espérais qu'une chose : qu'ils ne l'abîment pas et qu'un jour peut-être, elle et moi…

Je suis loin d'être un saint. Dans le fond moi-aussi, j'ai dû broyer des cœurs en ne laissant parler que mon cerveau reptilien, le fameux esprit de l'entre-jambe ! Quelle ordure ai-je été ! Prendre les femmes comme des jouets, faire mumuse et une fois terminé, classer et archiver.

Avec elle, avec mon Agathe, je ne voulais pas faire le goujat. Elle est venue déposer ses pétales en douceur, là, dans ma poitrine et voilà que mon cœur s'affole pour cette rose délicate. Voilà qu'il bat la mesure d'une symphonie jusqu'alors inconnue. Elle n'est pas devenue l'objet d'une conquête, elle est devenue ma quête. La quête de mon absolu, la quête de l'Amour unique, le jardin de mes plus belles rêveries.

Elle a emménagé dans ma tête laissant s'ériger son prénom en une joyeuse ritournelle. Dans chacune de mes pensées, dans chacun de mes gestes : Agathe, toujours Agathe.

Je ne voulais pas la souiller, je ne voulais pas la brusquer alors j'ai tenté de l'apprivoiser. Mais Agathe, on ne l'apprivoise pas. Agathe est un électron libre qui cache ses écorchures sous une façade d'indépendance. Toutefois, moi je sais. Je sais, qu'elle a besoin d'une épaule, je sais que sous cette apparente force réside un cristal prêt à se fissurer ! Et je voulais, je veux, la protéger !

Aujourd'hui je la perds. Aujourd'hui, le feu qui nous animait a incendié nos corps. Nous nous sommes embrasés. Nous nous sommes enflammés. Malgré tout, son être s'est consumé. Égaré, il ne me reste que le démon de son absence jouissant du vice de mon agonie.

Agathe, j'ai sous mes doigts la douceur de ta peau. Les draps portent l'effluve enivrante de ton parfum capiteux. Mon plexus semble encore ressentir tes lèvres fines.  J'entends nos souffles au diapason de nos désirs. Et alors que mes mains sont à présent vides des tiennes, il me reste les stigmates de nos âmes accordées.

Agathe, putain, Agathe, pourquoi ne comprends-tu pas que je ne suis pas un de ces chiens qui t'ont mise en lambeaux ? Pourquoi ne parviens-tu pas à tuer cette peur qui te morcelle ? Cet effroi qui te paralyse et te dévore ?

Il aurait fallu, pour te garder à mes côtés, que je reste l'ami. Cependant c'était plus fort que moi, tout, absolument tout en toi me poussait à l'amant. Tout ou Rien. Tu m'as offert ton Tout et là, dans ce lit, isoloir de notre émoi, il ne me reste Rien. A qui la faute ? A ces types qui ont fait de toi une roseraie d'épines en faisant faner le mot confiance et c'est moi qui saigne de t'avoir approchée.

Et pourtant, j'ai lu dans tes yeux Agathe. Je l'ai vue cette étincelle qui éclairait ton regard. J'ai compris, dans nos étreintes, que pour toi, j'étais différent mais, toujours ces mais destructeurs, ces mais qui ont clos une parenthèse que je désirais points de suspension.

Le fil du souvenir se tisse, les rues nous éloignent pas à pas et je n'en peux plus. Je n'en peux plus de te savoir si loin d'un Nous. A moi de détruire les murs de ton labyrinthe et de tracer le chemin me menant vers toi.

Parce que tu es mes ailes et c'est avec toi que je souhaite voler par-delà les orages du passé.

Parce que pour moi tu as un nom Agathe.

Parce que je refuse que des mains indignes te salissent à nouveau.

Parce que j'enrage qu'on puisse bafouer celle que tu es.

Parce que je ne veux pas que tu sois l'autre, celle des commérages, celle que l'on cache.

Parce que je souhaite plus que tout que tu sois enfin Toi, Agathe.

La porte s'est refermée et je suis là comme un con dans ce lit à te laisser filer. Néanmoins, je ne suis pas en mesure de renoncer.

Peut-être demain, peut-être dans un mois, mais je te jure Agathe que dans mes bras, tu trouveras ton éclat.

 

  • Je découvre vos textes et ils sont tous merveilleusement bien écrits !

    · Ago about 2 months ·
    Eau

    chaleur

    • Merci infiniment pour ce chaleureux compliment !

      · Ago about 2 months ·
      Ade wlw  7x7

      ade

  • Les flammes jumelles sont-elle faites pour s'entendre ?... s'entendre vraiment dans la réalité du possible ?
    En tout cas, ta belle flamme sait s'y prendre dans tes écrits Ade... Merci !
    CDC pour que demeure l'éclat à tout jamais :)

    · Ago 10 months ·
    Photo0486

    Apolline

    • Les flammes jumelles je ne sais pas, mais les complémentaires peuvent s'entendre, je pense. Merci pour l'éclat :-) et merci à Toi :)

      · Ago 10 months ·
      Ade wlw  7x7

      ade

  • Quel beau hasard. Je pensais justement à toi ces derniers jours... et paf! Un joli texte traversé de tournures stylistiques que seule toi à le secret.
    Ce texte était chaud et ce n'était pas en raison de la canicule, mais des sentiments chaleureux qui se dégageaient des mots. Embrass"Ade"

    · Ago 11 months ·
    Avatar

    Olivier Bay

    • C'est marrant, j'ai pensé à toi également il y a peu... Merci Olivier, ton passage ici est toujours pour moi un immense plaisir. Et merci également pour tes mots qui touchent toujours ma sensibilité. J'espère pouvoir te lire très bientôt. "Bay"cot

      · Ago 11 months ·
      Ade wlw  7x7

      ade

  • Liée plutôt :)

    · Ago 11 months ·
    W

    marielesmots

    • :)

      · Ago 11 months ·
      Ade wlw  7x7

      ade

  • Quelle superbe musique, que celle de tes mots liées aux sentiments..., quand le coeur parle...c'est superbe Ade,

    · Ago 11 months ·
    W

    marielesmots

    • Merci beaucoup pour tes mots. C'est dans le coeur que se joue la plus douce des symphonies.

      · Ago 11 months ·
      Ade wlw  7x7

      ade

  • Ade tu as le talent, l'amour de conter nos sentiments humains, et j'en suis troublé car j'ai rêvé ta partition cet été est-ce la chaleur qui aiguise et fait bouillir nos sens ?
    J'en suis donc tout retourné :))

    · Ago 11 months ·
    Mycjq3xv

    Christian

    • Ou les sens qui font de l'air une fournaise? Vraiment merci Christian pour tes mots qui font toujours chaud au coeur (j'espère que tu as retrouvé le bon sens ;-) )

      · Ago 11 months ·
      Ade wlw  7x7

      ade

  • Très belle écriture... Agathe devrait écouter son coeur ♡ et pas que les sensations de son corps enfievré... fort jomiment d'ailleurs ;-) très beau textes...bisous ma belle

    · Ago 11 months ·
    12804620 457105317821526 4543995067844604319 n chantal

    Maud Garnier

    • Merci ma Mauve. Gros bisous

      · Ago 11 months ·
      Ade wlw  7x7

      ade

    • ♡♡♡♡♡♡

      · Ago 11 months ·
      12804620 457105317821526 4543995067844604319 n chantal

      Maud Garnier

    • ♥♥♥♥♥

      · Ago 11 months ·
      Ade wlw  7x7

      ade

  • +++

    · Ago 11 months ·
    Poussin (2)

    maruki

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