Pas le dedans

Adrien Crispyn

Je suis sortie hier, dehors est sans danger.

La foule est veuve de ses humeurs d'autrefois.

Pas un cri, pas un coup, les couteaux sont rangés.

Ni du fort ni du faible ce n'est ici la loi.


Le sacrement ne nous avait pas protégées.

Des maux avaient gelé l'eau sale de leurs âmes.

Leurs yeux sur nos yeux au sang ont dessiné

Un océan de rage, une forêt de drames.


Et la fin hélas feint de se produire vite.

Un œil épargné mais les narines qui s'enfuient.

Un néon qui grésille, une ruelle qu'on évite.

Débattues, combattues, abattues la nuit.


Quarante années passèrent, le ciel ne changea pas

Mais les quais, les chemins et les villes tout entières

Changèrent d'apparence et la clarté nous frappa.

Sitôt, nous fûmes avalées par la lumière.


Dehors est sans danger, te répété-je souvent,

La tempête est passée, nous sortons du coma.

Néanmoins, c'est en nous qu'est l'amer à présent.

L'écume s'amoncelle et affleurent nos traumas.


Massacrées par leurs bouches, nos amours candides

Tombent en ruine et s'éparpillent au gré du vent.

Ton regard est éteint et mon âme est aride.

Chérie, dehors est sans danger, pas le dedans.

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