Pénélope

menestrel75

Pénélope se couvrit la tête d'un voile et dut repousser par toutes sortes de ruses les avances des prétendants affirmant qu'Ulysse était mort et la pressaient de choisir un nouvel époux parmi eux.
Il y a longtemps qu'elle s'est endormie.
Il l'avait rencontrée dans les nuages.
Mais ce n'était qu'un mirage dont il se rappelle.
Il a voyagé des jours et des nuits pour la rejoindre.
Enfin, au petit matin d'un jour béni, impatient et un peu fatigué, il sort de sa voiture, cherche le numéro de la rue,
une jolie maison fleurie, lui avait-elle précisé.
C'est ici !
Il frappe à la porte, pas de réponse, il frappe à nouveau, toujours rien !
Il actionne la poignée, la porte n'est pas verrouillée, il entre.
Aucun bruit, il aperçoit le salon, la pièce est accueillante, chaleureuse.
Quelques bougies baignent la pièce d'une douce luminosité.
Ils se connaissent si bien, au travers de leurs mots,
au gré de leurs escapades littéraires qu'elle affectionne
quand il lui fait découvrir les méandres de l'amour, des désirs, souvent divers.
Mots croisés, mots offerts, mots mêlés, mots jumeaux, mots reçus, mots contraires, mots vivants, mots tremblants, mots vibrants, mots surprenants, mots durs, mots tendres, des mots , des milliers de mots lancés sur la toile et qui ont fini par les posséder...
Allongée, négligemment drapée dans un plaid de satin, elle semble profondément endormie! 
Il la regarde... Une grande émotion l'envahit. 
Elle est jolie, il aime l'ovale de son visage,
la douceur de ses traits, la blancheur de sa peau, sa bouche rose et fine, il est touché par son apparente fragilité.
Plutôt petite, elle est bien proportionnée.
Sa position ainsi que la seule étoffe qui l'habille, laisse apparaître seulement certaines parties de son corps :
sa nuque gracile, ses épaules sur lesquelles se dessinent deux charmantes petites fossettes, une partie de son dos, son petit sein droit rond et ferme se soulevant au rythme de sa respiration ,
ses jambes fuselées jusqu'à mi-cuisses, ses petits pieds…
Quel fascinant tableau !
Il ne peut s'empêcher de se pencher, d'approcher son nez de sa peau veloutée pour humer son odeur .
Enivré par ses flagrances, envoûté par le spectacle de ses charmes innocemment offerts à son regard ,
il brûle d'envie de retirer ce drap , de découvrir sa nudité , de s'allonger tout contre elle …
mais elle ne bouge pas , alanguie, les yeux clos, elle dort.
Alors ,il s'assoit à son chevet et en la contemplant encore et encore, rêve de la prendre dans ses bras protecteurs, de lui donner un langoureux baiser, de la butiner de ses lèvres gourmandes , de respirer ses moindres recoins , de vagabonder sur ses dunes blanches, de s'abreuver à sa divine source …
Il sourit , va-t-elle enfin se réveiller ? 
Il aime attendre, les préliminaires, l'éveil des sens en douceur en puissance jusqu'au paroxysme, jusqu'à l'extase
Il aimerait tant la voir onduler de désir et la faire fondre de plaisir...
Il pose sa main sur son épaule, elle pousse un soupir, se retourne légèrement en repliant ses jambes... 
 
En la regardant, alanguie, les yeux mi-clos mais le cœur grand ouvert, il repense à leur rencontre.
Ils s'étaientcroisés par hasard au carrefour de leurs désirs latents, sans l'avoir vraiment prémédité puisqu'ils n'étaient pas tout à fait conscients de leur(s) attente(s).
Une sensation diffuse avait suffi pour qu'ils échangent des mots. Jetés spontanément.
Il se rappelle la jalousie instinctive dont elle avait fait preuve, très vite.
Il la regarde, ému ; elle devine son regard sur elle et s'en trouve tout autant émue.
D'un geste en apparence fortuit, elle repousse ce plaid satiné, dévoilant ses jambes aussi satinées que le plaid.
« Nous nous sommes reconnus il y a longtemps sans nous connaître. Entre, approche-toi de mes pensées. »
Il aime infiniment la musique de ses soupirs.
Ils se retrouvent donc au fil de leurs pensées, ici et maintenant, dans cette maison fleurie, ailleurs et souvent, à se jauger au travers de leurs mots.
« J'aime cette maison fleurie.
Tu t'es dénudée à mes yeux, tu m'offres la vision de la vallée de tes cuisses.
Sais-tu comme j'aimerais que ta toison soit aussi fleurie que la maison ? »
Elle est sur le point de découvrir avec quelle facilité ses fantasmes jaillissent de son inconscient,
avec quelle vigueur étonnante ce qu'elle pensait être désirs refoulés représente son attente la plus secrète.
« Entre dans mon jardin, fleuris-le de tes poèmes, arrose le de ton romantisme.
Entre, approche-toi, sens-tu combien je suis émue de t'offrir mon impudeur ? »
Prière d'une fleur pour que le maître du temps l'arrose.
« Entre plus intimement dans ma tête, possède mes secrets, ceux que je ne veux pas t'avouer ni te dévoiler.
Laisse entrer ton romantisme de vieux fou slave, celui qui me chavire. »
Plongée dans son intimité, immergée dans son besoin de donner du plaisir.
 
« Je voudrais que tu restes exactement dans cette affolante posture quelques minutes…
Il me faut absolument réparer un oubli. Veux-tu bien ? »
Elle le regarde intensément, lui sourit, abaisse les yeux pour lui dire qu'elle accepte, en se demandant bien ce qu'il a pu oublier !
Il se retourne et s'éloigne sur un nuage de murmures.
Elle est amusée de sentir qu'il n'est pas si facile de rester sans bouger.
Elle ferme les yeux, repensant à la découverte qu'elle avait faite.
Elle se savait passionnément éprise de ses mots…
Jamais personne ne lui avait écrit de si merveilleuses lettres, aussi romantiques qu'érotiques…
Et il en jouait, elle en était consciente.
Au début, elle lui en avait voulu ; à présent, elle accepte de reconnaître que ses mots sont des caresses,
un baume et qu'elle en a inconsidérément besoin.
Soudain, elle sent quelque chose sous son nez.
« Je ne pouvais laisser dans ce charmant jardin tant de fleurs perdues.
Je ne connais pas tous les noms de ces fleurs,
mais je les ai cueillies pour te conter fleurette
et te démontrer qu'elles sont bien mieux à leur place en ton jardin. »
De petites fleurs qu'il a prises au ras des jardinières ou sur la pelouse.
Les yeux de la belle éveillée après avoir été la belle endormie maintenant follement éveillée brillent étonnamment.
Il pose la première sur son front.
Puis glisse une autre entre ses lèvres.
Entre ses doigts, trois ou quatre petites fleurs dont il caresse la poitrine de la belle qui soupire.
Elle esquisse le geste d'attraper ses mains ; il se dérobe.
Il parsème alors son jardin secret du reste des fleurs, tentant de les insinuer dans sa toison.
« Aimes-tu que je parfume ainsi ton intimité ? »
« Entre en mon humanité, parfume-la, embaume-la. »
L'émotion pèse sur sa voix. Elle est non seulement audible mais visible.
L'émotion n'est pas nouvelle, c'est une femme ardente. Mais la cause est nouvelle.
Elle sent confusément qu'elle doit s'envoler, qu'il n'y a pas, qu'il n'y a plus d'échappatoires…
car elle ne veut surtout pas y échapper.
 
Il a pour habitude (bonne ou mauvaise, à chacun d'en juger) de laisser sa spontanéité croître selon ce que son intuition lui révèle.
Elle s'est trouvé étonnée, voire quelque peu déstabilisée par l'acuité de son intuition.
Il lui a dit dans un sourire qu'elle sentait mais qu'elle ne voyait pas combien il « sentait ».
Mais que sentez-vous donc, voulait-elle lui demander.
Elle aime à se dire indomptable, il a ri en lui rétorquant qu'elle n'était qu'indomptée.
Elle s'offre le confort de se poser la question, (pensant par cet artifice tromper ses désirs) pour savoir s'il va s'installer dans ses pensées, s'il va pénétrer au tréfonds de ses envies à elle.
Elle sait qu'il sait qu'il faut qu'elle avance, qu'il ne lui sert à rien de tenter de reculer.
Il sait qu'elle s'est regardée dans son miroir, plus d'une fois, se détaillant comme elle ne l'avait jamais fait depuis longtemps. Et elle a l'intuition qu'il sait.
Il sourit muettement à l'idée qu'elle est parfois agacée de se sentir devinée, percée à jour. Elle ressent à ces moments-là une possession à distance. Cela l'étonne, cela lui fait doucement peur, cela lui fait terriblement envie. Elle n'ose y croire. Elle n'ose surtout pas se l'avouer les yeux dans le reflet de son miroir.
Il ne la cherchait pas. Mais il l'a trouvée.
C'est elle qui l'a reconnu.
Et depuis cet instant fulgurant, fugitif, sa tête s'embrase, tout autant que son corps manifeste une émotion nouvelle, curieuse ; non ,
Il sait bien qu'elle ne le connaît pas vraiment ; mais il sent qu'elle l'a reconnu. Il sait qu' elle ose à peine se dire que voilà peut-être, enfin, ce maître qu'elle n'attendait pas.
Des mots alors lui incendient l'esprit, embrasent son sexe et la forcent malgré elle à se cambrer, tendant son cul rond comme un appel…
Va-t-il oser ? Va-t-il mettre ces mots crus qu'elle détestait avant lui et qui, maintenant, la troublent ?
Elle repense dans un fracas d'images, de souvenirs de lectures, de films, à la légende de Galatée.
 
Alors, le temps s'échappe, le temps les dépasse, le temps explose les minutes qui suivent.
Face à face, l'un après l'autre, les vêtements délicatement tombent au sol
Pour dénuder leur beauté, libérer leur sensualité pour qu'elle s'envole.
Partition de coquineries, rondes de langues, croches de caresses.
On pose les premières notes d'un concerto joué de tendresse
Pianissimo, les mains découvrent, s'immiscent et touchent
Les peaux frissonnent, la libido trépigne, les corps se trémoussent.
La Belle endormie ne dort plus, elle voyage, elle vole, s'envole.
Dénudée par le vent de ses désirs, elle pose ses yeux sur les désirs de celui qui la regarde.
« Entre, je t'en prie, entre en moi, par mes paupières, descends jusqu'à mon cœur.
C'est ainsi que tu pourras découvrir mes antres qui t'espèrent. »
Doucement, elle écarte ses jambes qui s'entre ouvrent frissonnantes,
Découvre la beauté d'une tige épanouie par la rosée du désir, haletante.
Il se penche sur la Belle éveillée aux yeux clos, il caresse sa peau du bout de son nez.
« Entre en moi par chaque pore de ma peau, c'est ainsi que je jouirai de ton audace. »
Elle frissonne. Son âme tressaille. Elle peine à ne pas ouvrir les yeux.
Il la recouvre tout doucement du plaid satiné, le plaçant dans un drapé indécent.
« Entre dans mes désirs, défonce la porte de mes peurs, caresse mon âme.
Ne t'arrête pas devant mes peurs, je t'attends depuis des années. »

Passionnément, elle hume le parfum suave d'un fruit prêt à être cueilli, 
Pose sur sa pulpe gloutonne un baiser passionné au nectar de vie, 
Et stimule son sceptre rose pour que l'envie éclose :
Elle ressent l'ivresse croître à chaque lapée pour décupler ces désirs.
Au rythme de son souffle, elle danse des jeux de mains un peu coquins.
De haut en bas, ici et là… embrase ses courbes, explore chaque recoin. 
Sa langue adroite tangue et navigue au plus profond de cet antre étroit 
Dans une caresse précise, elle la lèche et la savoure de manière délicate.
Dans une prière de soupirs, elle le supplie de pouvoir pénétrer son sanctuaire,
Moment salutaire qu'elle attendait patiemment et qu'elle vénère.
Dans cette union en phase, baisers et caresses semblent vouloir d'avantage :
Les premiers va et vient apportent toute la beauté et la profondeur du partage.
Chaque seconde passée pousse à l'ivresse de nouvelles sensations,
Assortiment de positions avec comme seule limite, leur imagination.
Ils goûtent insatiables aux plaisirs de la chair de longs moments durant,
Montant crescendo, tempérant la fougue, revenant à l'assaut inlassablement,
Mélangeant les saveurs, cuisine de délices sucrés et salés,
Patiemment faire monter la sauce, puis la laisser reposer. 
Gourmands de nature, ils profitent de l'intensité de l'instant,
Sachant que bientôt explosera cette bombe à retardement.
L'hydromel à la puissance infinie monte en ébullition 
Annonçant la libération, paroxysme de plaisirs et de passions.
Sans un mot le rythme s'accroît, la respiration s'accélère,
Ils perdent le contrôle, foudroyés par la clarté de l'éclair.
Les atomes crochus s'entrechoquent en millions d'électrons 
Et dans cette fusion ultime, ils s'envolent dans un flux de passion.
Allongé à côté d'elle, il l'enlace et baigne dans cette jouissance
Repus d'amour on ne dit mot, là le silence est roi… délivrance.
L'émotion est intense, le ressenti inégalable,
La profondeur des pensées est impénétrable.
 Peinture de WYETHS (1929)
 
 
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