perplexités inassouvies

Louise Mc.

A la noirceur des nuits de glace et à mes perplexités inassouvies.

Il faut s'en remettre aux errances fantomatiques, là, sous les nuages lourds de pluie retenue. La musique s'écoule dans ma tête comme une marée lourde de silence. C'est une sève toxique qui épaissit le sang, vide la tête. Elle oriente les pensées, dicte l'allure et change la couleur du prisme par lequel on perçoit l'image du monde.

Certaines rues comportent des spectres qu'on oublierait volontiers. D'autres n'évoquent que la solitude des jours studieux, ceux que l'on passe dans la poussière diffuse des bibliothèques. Il est là mon jardin secret aux extases fanées, entre les rayons de livres mal éclairés.

Il y a les échos de voix sans visage, les bouts de phrases qui sont tombés de nos mains, les regards qui ne se croisèrent pas. Ou peu. Arrachés, dérobés à la silhouette flottant le long de cette route qui n'en finissait plus. C'était un ruban d'asphalte que l'obscurité avait avalé par endroits, et sur lequel se reflétait la lumière fragile des étoiles artificielles. Leur éclat était triste, discret, mais sonore.

Et c'est d'un pas indolent que je parcours la ville, méprisant les solitudes des autres, qui ne m'intéressent pas. Mon regard se tourne parfois vers les cendres du ciel dont les fragments liquides éclatent sur mon visage ouvert. La fleur n'a pas tremblé. Mais le fruit défendu n'a laissé derrière lui que l'amertume de son écorce.

Mes mains, elles, restent résolument dans le fond de mes poches. Elles ne disent rien, elles reçoivent et subissent les affections qu'il eût mieux valu étouffer.

Mes doigts sont couronnés d'un sang qu'ils n'ont pas versé. Il aurait dû couler en abondance, jusqu'à ce qu'il ne reste plus du spectre que la toile livide de son passage. Son visage s'efface déjà sur les bords. Sa voix aussi, se dissipe lentement dans la rumeur de la ville et la clameur du vent. Mais il reste les mots, et il reste les gestes.

Et l'hiver meurt avec soi.

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