Play with the fire

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"- Le 1, le 8, le 12 et le 14...QUINN...SORS-MOI LE 13 IL A RIEN A FOUTRE LA !

Rachel s'approcha de la barrière et observa le ballet des cavaliers et des taureaux. Les nuages étaient chargés mais l'atmosphère poussiéreuse sentait le printemps. Les hommes du ranch s'apprêtaient à marquer les bêtes pour la prochaine vente. Eliott esquissa un sourire en la voyant arriver.

- Ryan...

Il tourna la tête vers lui.

- Quoi ?

Le jeune homme lui fit un signe de tête en direction de la clôture. Le propriétaire du ranch serra les mâchoires et se retourna vers son employé.

- Rassemblez-les, j'arrive.

Il descendit de son cheval après l'avoir attaché à la barrière opposée et s'approcha de Rachel.

- Toi t'as encore un truc à me demander."

Elle esquissa un sourire.


Cela faisait un mois qu'elle travaillait au ranch et elle y avait fait beaucoup de changements. Les vacanciers ne venaient plus que trois fois par semaines, leur menu était fait maison : un plat et un dessert unique, Quinn avait redessiné le parcours qu'ils empruntaient, la vente directe des produits de la ferme avait repris et surtout les touristes n'étaient plus qu'au nombre de 10 personnes maximum. La salle qui les accueillait avait été nettoyée, rangée, optimisée. Le hall était dans les tons blancs avec des photographies du ranch accrochées au mur, le tourniquet à prospectus avait disparu au profit d'un portique en bois avec quelques infos sur la région, il y avait également un tableau derrière le comptoir qui comportait quelques chiffres représentant l'histoire du site. La salle de restauration quand à elle, avait subi un nettoyage très minutieux afin de faire ressortir les boiseries, adieu les présentoirs à sandwich et bonjour les réchauds. Ryan avait vu d'un œil critique tout ce que son employée avait fait mais comme toutes ses initiatives, celles-ci avaient payé car pour la première fois en douze ans la gestion de la venue des touristes avait donné des bénéfices plus large que ce que le ranch n'avait jamais eu et certaines personnes avaient même fait des dons assez généreux en remerciement de l'accueil qu'elles avaient reçu.


A côté de ça, Rachel avait bichonné la salle de pause et les vestiaires des employés, la salle de soins vétérinaires avait subi un lifting qui avait bien plue à Hannah, elle avait obligé Ryan à faire quelques travaux à la maison et surtout à débarrasser l'appartement au dessus du garage qui aujourd'hui n'attendait plus qu'un gros coup de peinture.


Elle allait toujours trois fois par semaine à la coopérative agricole où les ventes du ranch avaient augmenté sans exagération mais en étant plus réalistes par rapport au prix du marché. Elle s'entendait plutôt bien avec tout le monde et sa relation avec Ryan était devenue assez amicale. A priori donc aucune ombre au tableau...


Elle le regarda attentivement.

"- Ton aspirateur est foutu.

Il émit un petit sourire en coin et arqua un sourcil.

- Ok...Et ce que tu voulais vraiment me demander ?

Rachel fit une petite moue et hésita. Ils se disputaient souvent, elle était trop maniaque, lui trop bordélique, elle avait des idées bien arrêtées et prévoyait les choses en avance, lui ne fonctionnait qu'à l'instinct et ne se posait pas trop de question. Ils étaient totalement opposés et pourtant ils se comprenaient mieux que ce qu'ils voulaient bien croire. Elle joua un peu avec ses doigts et lança d'une petite voix.

- C'est pas un truc que je voulais te demander, c'est plutôt quelque chose que je voulais t'avouer.

Il la regarda baisser la tête et il serra les mâchoires. Elle avait cette sale manie de tout changer et de le mettre devant le fait accompli, ce qui le faisait enrager mais à l'évidence elle était plus clairvoyante que lui. Il ne le lui dirait jamais mais il adorait sa cuisine ou cette petite attention qu'elle avait en lui laissant un mot et une table bien agencée pour son repas alors qu'il sortait d'une journée de plus de douze heures, il aimait l'odeur de son linge depuis qu'elle s'occupait de sa lessive, cette ambiance cocooning qui régnait dans le salon le matin alors que tout était calme et bien rangé, il ne passait plus un quart d'heure à chercher ses clés avant de partir et il n'y avait plus yaourts périmés dans son frigo.

- Tu vas enfin oser me dire que tu as été dans le grenier et dans la chambre de mes parents sans me demander la permission.

Elle releva la tête et écarquilla les yeux. Ryan pouffa légèrement de rire.

- Y a tout qui ce sait ici Rachel.

- Ca veut dire quoi ?

- Que t'es pas discrète.

Elle secoua la tête.

- Dis celui qui a balancé les légumes que je lui ai préparé hier soir à la poubelle parce que c'était pas bon.

- Je voulais pas te vexer.

- Oui ben la prochaine fois mets-les dans le fond de la poubelle et pas au-dessus.

- Ok.

Ils se regardèrent. Elle avait testé une nouvelle recette de crumble aux légumes et au parmesan mais son plat n'avait pas eu le succès escompté. En se levant ce matin et en préparant le petit déjeuner, la jeune femme avait remarqué que son test culinaire avait fini à la poubelle. Elle avait alors grimacé en sachant que Ryan avait du se rabattre sur les restes du frigo et après de si longues journées ce n'était pas très sain pour lui. Rachel faisait très attention aux différents besoins de son patron, il travaillait si dur.

- Je suis désolée, j'aurais du le goûter avant.

Il secoua la tête.

- C'est pas grave.

Elle l'observa un instant en esquissant un sourire.

- T'es pas fâché ? C'est étonnant.

- Pour un repas raté ? J'espère que tu en loupera encore ça me confirmera que tu n'es pas parfaite.

Ryan serra les dents en terminant sa phrase et son regard capta celui de sa jeune employée qui murmura.

- Je parlais de ma visite au grenier et...

- Tu cherchais quoi ?

- C'était pas une curiosité malsaine je t'assure.

- Pourquoi alors ?

- T'as pas de photo de tes parents aux murs ou posé sur un meuble...La déco de la maison est impersonnelle.

- J'ai pas besoin de photo pour penser à eux.

- C'est pas ce que j'ai dit mais...

Elle le regarda et secoua la tête.

- Je sais que tu ne fonctionnes pas comme ça...Je suis désolée, j'aurais pas du.

- Je peux comprendre la démarche.

Elle plissa des yeux.

- Pourquoi t'es pas en colère ?

- Pourquoi je le serais ?

- C'était les deux pièces interdites...Dès le départ...Alors...

Ryan la regarda intensément.

- Rachel...Tu t'es littéralement octroyée des droits que tu n'avais pas ici, tu as fait une énorme révolution sans même me demander mon avis...Alors ton escapade au grenier n'est pas la chose qui m'a le plus horripilé.

Elle rigola légèrement.

- Ah oui et c'est quoi ?

- Le tapis du salon !

- Oh non t'exagère il était troué.

- C'était sentimental.

- Tu l'as acheté troué au marché au puce de Whitefish l'année dernière, tu crois que je suis pas au courant.

Il grogna légèrement.

- C'est Hannah qui a cafté ?

- Évidemment.

Ils rigolèrent et un peu plus loin Eliott secoua la tête en regardant Scott.

- Franchement faut être débile pour ne pas s'en apercevoir.

- Sérieusement ?

- Mais regardes-les.

Scott haussa les sourcils.

- Ouais peut-être mais il ne le dira jamais...Allez au boulot.

Rachel et Ryan entendirent le sifflement de Scott à l'encontre du chien et ils tournèrent la tête. La jeune femme se racla la gorge.

- Bon je vais y aller...T'as besoin de quelque chose ?

Il la regarda et serra les mâchoires.

- Non c'est bon...Tu fais attention à toi, la pluie ne va pas tarder.

- Je serais prudente...A ce soir.

- Ouais."

Il la regarda s'éloigner et respira profondément avant de remonter à cheval pour rejoindre ses hommes afin de commencer le marquage des bêtes.



Rachel se gara sur la parking et déchargea la marchandise avant de se rendre à l'intérieur du bâtiment où elle disposa les différents produits sur le stand. Dès sa première semaine au ranch, la jeune femme avait demandé à Ryan d'où provenait les autres denrées qui étaient proposées à la vente. Il lui avait alors montré qu'à l'arrière de la maison, il y avait un potager, un verger, un poulailler et trois ruches mais l'entretien du terrain laissait grandement à désiré. Les gars étaient déjà bien occupés avec les bêtes, les touristes et le caractère du patron, les cultures n'étaient donc pas très bien suivie. Rachel avait commencé à débroussailler le tout un matin sans en informer Ryan au préalable, elle avait pris l'initiative de replanter fleurs et légumes de manière plus raisonnable car il était évident qu'elle n'avait que très peu de temps pour s'en occuper. La cages à poules avait subi un grand nettoyage et les ruches disposées près des bosquets fleuris en hauteur du terrain.


Elle commençait à reconnaître certains clients maintenant et elle appréciait particulièrement de discuter un peu avec eux. Tous des habitués et des gens de la région qui avaient mille anecdotes, des compliments parfois un peu lourds mais jamais méchants ni vulgaires. C'était flatteur. Rachel était à l'aise dans son nouveau rôle mais parallèlement elle continuait à travailler sur ses cours de médecine générale afin de se remettre doucement dans le bain. Elle consultait régulièrement les forums des fac pour poser des questions, pour se maintenir au courant des dernières évolutions, des lois etc...


Kelly lui envoyait un mail par semaine pour l'informer de la santé de Dylan qui était toujours en soins intensifs afin de surveiller le risque de complication lié à sa greffe récente. Dans ses messages, sa meilleure amie ne lui parlait pas de sa famille ni de son fiancé et ce n'était pas la peine, Jeffrey la contactait de temps en temps pour lui dire qu'elle lui manquait, qu'il espérait qu'elle était épanouie et qu'elle lui reviendrait bientôt. Il minimisait les choses en lui disant que la bourse n'était pas trop cruelle avec son entreprise, piètre mensonge, McKesson pharmaceutique avait perdu 1/3 de sa cotation boursière en l'espace d'un mois. Certes sur plus de 100 milliard à l'année cela ne représentait pas grand chose mais les investisseurs étaient soudain devenus beaucoup plus frileux et même s'il ne lui en parlait pas, Rachel savait que Jeffrey tendait le dos. Elle s'en voulait de la position délicate dans laquelle elle l'avait mise même s'il lui soutenait que ce n'était pas grave, il était clair que leur couple dépendait avant tout des retombées de l'erreur magistrale que la jeune femme avait commise.


A côté de cela, son père n'évoquait plus son nom, sa mère pleurait à chaudes larmes devant ses amies juste pour se plaindre, sa sœur se tendait et grognait dès qu'on parlait de Rachel et sa grand-mère se demandait encore comme une fille aussi gentille et attentionnée qu'elle, avait pu à ce point trahir sa famille, elle disait que le nom des Davies serait à jamais souillé par ses actes et que rien ne pourrait la racheter à ses yeux. Le seul membre de la famille qui temporisait les choses d'une certaine manière c'était Oliver. Bizarrement sa sœur lui manquait. Certes ils n'avaient jamais été très proches mais lui qui était si désinvolte, trouvait que tout le monde exagérait avec cette histoire et qu'après tout, au contraire, on parlerait d'eux encore longtemps. Il était le seul à connaître son numéro et à l'appeler, juste pour prendre de ses nouvelles. La première fois que Rachel l'avait eu au téléphone, elle en avait pleuré de bonheur. Lui se fichait de la presse et de ce qu'elle avait fait, du moment qu'il conservait sa Lamborghini.


Rachel referma la pochette contenant l'argent du jour et termina de nettoyer le stand avant de s'emparer de son sac. Arrivée à la porte une voix l'interpella. Une jeune femme blonde se tenait devant elle, très maquillée mais portant un vieux jean et une vieille chemise, elle semblait en totale contradiction avec le lieu où elle se trouvait.

"- Vous êtes Rachel ?

- Euh oui...on se connaît ?

La jeune femme esquissa un sourire en coin.

- Je suis Amanda...Vous bossez pour Ryan ?

Rachel fronça les sourcils.

- Oui...Je peux vous aider ?

Elle opina du menton en émettant un léger rictus puis elle la détailla de manière exagérée.

- Vous lui passerez le bonjour.

- Euh oui si vous voulez.

- Dites lui que j'aimerais bien le revoir.

- Pourquoi vous ne lui dites pas vous même ?...Le ranch est à 15 minutes.

- On ne s'est pas quitté en bon terme.

Involontairement Rachel esquissa un sourire mais elle le regretta aussitôt lorsqu'elle vit le regard noir que lui lança Amanda.

- Oui il m'a quitté ! Et si tu veux un bon conseil, ne t'accroche pas, il déteste les pots de colle.

- On n'est pas ensembles.

- Oh pitié tu vas me faire croire que t'en n'a pas envie peut-être.

- Je suis fiancée.

Amanda éclata de rire.

- Tu vis dans sa maison...Dix contre un que tu finis dans son pieu avant la fin du printemps.

Rachel ouvrit la bouche et secoua la tête.

- C'est une crise de jalousie ?

- Ryan et moi on est pareil, le Montana c'est notre vie, toi t'es une pièce rapportée...Je ne sais pas d'où tu viens mais sûrement pas de la campagne, pas quand on porte un jean Versace à 1500$

La jeune femme fronça les sourcils et se redressa.

- C'est un Prada et il fait 2000$.

Elle secoua la tête et sortit rapidement du bâtiment pour rejoindre sa camionnette. Elle claqua la portière et grogna fortement.

- Pauvre conne."

Passablement énervée, elle regarda le ciel en voyant les nuages menacer les environs. Rachel resserra sa veste autour de ses épaules et partit à pied pour rejoindre le centre-ville.


Elle marcha dix minutes et s'arrêta devant un salon de thé dans lequel elle prit un café et un muffin qu'elle savoura en regardant la montagne au loin. Elle tenta de repousser avec force les paroles d'Amanda. Elle travaillait pour Ryan, ils étaient amis, oui, mais ça s'arrêtait là. Certes il était beau garçon, ténébreux et mystérieux. Son épaisse carapace cachait une grande fragilité et ça le rendait d'autant plus touchant. Au fur et à mesure elle avait découvert que derrière son sale caractère, il était extrêmement prévenant et gentil, très attentionné. Mais elle ne le trouvait pas du tout attirant...Non...Elle était fiancée à Jeffrey...Elle...


Son rythme cardiaque s'accéléra et son estomac la chatouilla. Troublée Rachel ferma les yeux en soufflant légèrement, chassant son malaise du mieux qu'elle put, le minimisant dans un coin de sa tête. C'était ridicule.


Elle secoua la tête et termina son café avant de se lever. Elle marcha encore un peu dans les rues de la ville avant de s'arrêter devant une petite maison plein pied. Elle fronça les sourcils en lisant la pancarte affichée sur la porte et instinctivement entra le numéro dans son répertoire avant de poursuivre sa route. Elle entra dans un bureau de presse pour s'acheter des sucreries et parcourus les magazines de cuisines afin d'y dénicher quelques idées pour le ranch. Mais soudain son regard s'arrêta sur un journal, son sac tomba de sa main et elle se figea avant de se pencher pour attraper la revue. Elle écarquilla les yeux, l'estomac au bord des lèvres. Son cœur tambourina dans sa poitrine, ses yeux s'embuèrent et elle sortit très rapidement après avoir payé la gazette.


Elle s'installa sur un banc en face du parking de la coopérative et sortit son portable avant de composer un numéro. Après quelques sonneries une voix lui répondit.

"- Tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureux que tu m'appelles, j'ai eu une journée exécrable.

- Pourtant tu as l'air de bien t'amuser.

Il y eut un temps d'arrêt avant que Jeffrey ne reprenne la conversation.

- T'as vu la presse.

- Tu te fiches de moi ? Tu croyais que ça allait passer inaperçue ?

- Rachel...Ce ne sont que des torchons, tu te doutes bien que ce n'est pas fondé.

- PAS FONDE ?? Alors dis-moi que tu n'as pas été au gala des orphelins de la police avec Victoria Ashford à ton bras, que c'est un mensonge ! J'attends Jeffrey...

- C'était une idée de mon père, la bourse est...

- JE CROYAIS QUE TU T'EN FICHAIS DE LA BOURSE ??

- C'est le cas mais...L'entreprise a toujours eu de très bon rapport avec ta famille et...Je ne pouvais pas annuler ma présence au gala.

- Et donc tu t'aies dis que tu pouvais me remplacer par la première croqueuse de diamants de la côte Est...Tu couches avec elle ?

- Ne dis pas n'importe quoi bon sang, elle m'a rendu ce service parce que tu n'es pas là...TU N'ES PAS LA RACHEL...Je t'interdis de t'en prendre à moi parce qu'au cas où tu l'aurais oublié, je te rappel que c'est toi qui nous as mis dans cette situation, toi...Uniquement toi...Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? Qu'est-ce que tu voulais que je dise ? TU N'ES PAS LA...Je t'aime mais tu n'arrête pas de me repousser alors dis-moi ce que je suis censé faire ?

- Tu savais qu'il y aurait des journalistes, tu savais que je le verrai...C'était pourquoi ? Pour me faire culpabiliser ? Me punir ?

- Bien sûr que non...Tu es ce qu'il y a de plus important pour moi et...

- Arrête avec tes grandes phrases s'il te plaît...Tu n'avais qu'à dire non, seulement tu sais aussi bien que moi que ce n'est pas aussi simple d'exprimer un refus dans un milieu comme le notre...Regarde où j'en suis.

- Ca ne tient qu'à toi de revenir.

- Ah oui et après ? Pour que mon père m'ignore ? Pour que ma grand-mère clame haut et fort que je ne mérite pas de porter son nom de famille ?

Une larme coula sur sa joue et son cœur se serra.

- Je te l'ai dit avant de partir, tu ne pourras prendre le risque de voir ton entreprise s'écrouler à cause de moi...Ton père ne le permettra pas...La preuve !

- Rachel je t'en supplie rentre à la maison...C'est toi que je veux à mon bras.

Elle plaqua sa main sur sa bouche.

- Tu démissionnerais pour moi ?...Réponds-moi franchement.

Il y eut un long silence, beaucoup trop long pour que la jeune femme se sente rassurer.

- Rachel...Rentres à la maison...S'il te plaît mon amour.

- Je l'ai fait pour lui sauver la vie...Est-ce que c'est...Mon Dieu, personne ne...

Elle secoua la tête et essuya ses larmes.

- J'espère que vous avez passé une bonne soirée.

- Ne raccroches Rachel, écoutes-moi, je t'aime...Tu entends ce que je te dis.

- Oui mais je ne suis plus sûr que ça soit suffisant."

Elle raccrocha et éclata en sanglot alors que le ciel se déchirait, laissant des trombes d'eau inonder la ville.


Son cœur lui faisait mal, sa tête n'arrivait pas à se vider, ses gestes étaient imprécis et ses épaules pesaient une tonne. Dehors la pluie se déversait à torrent, le vent balayait la terre dans de grands tourbillons glacés. Le printemps était là et pourtant quand la météo se déchaînait sur les terres du Montana, on se croirait en plein hiver. Le couteau dérapa sur le plan de travail et elle se coupa mais la douleur n'était pas aussi forte que ce point lancinant qui lui coupait le souffle à chaque inspiration. Ses larmes recommencèrent à couler en repensant à ce moment sur la plage du Costa Rica, Jeffrey à genoux lui offrant sa bague de fiançailles les yeux brillants d'amour. Elle avait toujours pensé que l'amour pouvait tout supporter y compris la presse, les exigences de la bourse et le protocole ultra chic de leur famille respectives Mais aujourd'hui elle ne pouvait que se rendre compte de la difficulté à surmonter, comme des sommets infranchissables : la bonne conduite, le regard des autres, les ragots et l'argent, encore et toujours. Elle se sentait seule, personne n'arrivait à soutenir sa démarche alors que son acte n'avait été dicté que par une dévotion sans faille. Si elle avait pu elle aurait donner son propre cœur à Dylan. Ses sanglots redoublèrent et ses jambes flageolèrent à tel point qu'elle se retrouva assise sur le sol de la cuisine.



La pluie et le vent agitaient tout sur leur passage. Ryan frissonna une fois de plus avant de fermer le portail et de secouer la tête. Il se tourna vers Scott et Eliott.

"- C'est bon allez-y je m'occupe du reste.

- T'es sûr que ça ira ?

- Oui c'est bon je vais faire le tour pour voir si on a rien oublié...Merci.

- A demain boss.

- Ciao.

Il les salua et jeta un rapide coup d'oeil à chaque installation pour voir si tout était fermé et si aucune bête n'était restée dehors par ce temps. Une fois rassuré, il remonta l'allée vers la maison.


Lorsqu'il passa la tête dans l'entrée il grimaça avant de faire demi-tour sur la terrasse. Si Rachel apercevait des traces de boue sur le parquet du couloir, elle allait encore lui faire une scène. Il balança ses chaussures dans un coin abrité de l'estrade et secoua son manteau avant de l'accrocher. Puis il remonta vers la cuisine en secouant ses cheveux. A mi-chemin il s'arrêta, Rachel se tenait assise près de la cheminée, un livre ouvert mais le regard perdu dans les flammes. Ryan s'arrêta et s'appuya sur le chambranle de la séparation du couloir, il la regarda attentivement en fronçant les sourcils.


Quand Hannah lui avait annoncé le nom de la personne qui travaillerait pour lui un mois plutôt, il avait trouvé cela étrange, il avait refusé et pesté avant de se pencher sur le net. Il connaissait son nom mais ça s'arrêtait là. Les différentes pages qu'il avait consulté ce jour là, lui avait appris qu'elle était médecin, chirurgien en pédiatrie. Il avait haussé les sourcils c'était rare que les riches rentières ait un boulot à plein temps. Puis il avait écarquillé les yeux en apprenant qu'elle venait d'échapper à 25 ans de prison pour avoir volé un organe : un cœur destiné à la fille du gouverneur du New Jersey et qu'elle l'avait greffé à un de ses patient. La presse disait aussi qu'elle avait été rejetée par sa famille et que son père lui avait coupé les vivres même si visiblement elle n'en avait pas besoin. Ryan s'était longuement interrogé sur sa venue au ranch. Elle était toujours médecin, alors pourquoi se cacher ici et travailler pour lui. Et puis il l'avait vu passer la porte d'entrée lors de son premier jour, en tenue de sport, essoufflée et transpirante, elle semblait totalement faire abstraction de son statut, de son nom et du lieu d'où elle venait. Ryan n'avait pas évoqué le sujet, ce qui l'intéressait c'était le ranch et rien d'autre. Si elle voulait bosser pour lui qu'à cela ne tienne mais il ne laisserait rien passé.


Et au comble de l'ironie, celle qui devait avoir des domestiques à foison chez elle, se retrouvait à passer la serpillière et à lui faire à manger. Et elle le faisait très bien en plus. Ses capacités et son efficacité n'étaient plus à démontrer, alors il lui avait fait confiance, il l'avait accepté, elle et toutes ses manies, toutes ses exigences. Depuis un mois qu'elle était là, tout semblait plus facile, plus calme. Il adorait sa cuisine, il adorait leurs confrontations, houleuses au début alors que maintenant c'était un jeu. Inconsciemment il aimait sentir son parfum en rentrant à la maison, cette odeur orientale et chaude de vanille et d'épices qui l'encerclaient totalement lorsqu'il rentrait dans la salle de bain, à tel point qu'il ne se rendait même pas compte qu'il fermait les yeux un très court instant comme pour s'en imprégner. Les seuls fois où ils s'étaient retrouvés ensembles au petit déjeuner, il l'avait observé furtivement, grignotant sa biscotte tout en lisant son livre. Elle repoussait souvent ses cheveux pour dégager ses yeux verts qui étaient souvent tristes bien qu'elle ne laissait pratiquement rien transparaître de ses états d'âmes. Ca avait été sa condition d'ailleurs.


Elle était belle, douce, elle se voulait forte mais quand elle avait les épaules basses comme ce soir, Ryan savait qu'elle se sentait plus vulnérable, plus seule et plus triste qu'elle ne voulait bien l'avouer. Il serra les dents en constatant que son cœur battait rapidement...bizarrement...


Ryan frappa contre la cloison et elle tourna la tête vers lui. Elle tira les manches de son pull et trembla légèrement. Ses yeux étaient éteints et elle était visiblement tendue.

"- T'es pas couchée ?

Elle regarda sa montre.

- J'ai pas vu l'heure.

Elle se releva en soupirant et Ryan l'observa attentivement.

- Ca été ton après-midi ?

- Ouais...

Elle fronça les sourcils en soufflant.

- Euh...La recette est dans le coffre et...Ah oui euh...T'as le bonjour d'Amanda.

Il arqua un sourcil.

- Oh...Elle est de retour dans le coin.

- Elle aimerait beaucoup te revoir.

La petite grimace que fit Rachel alerta Ryan.

- Elle t'a pris la tête ?

- Elle m'a fait une crise de jalousie pourrie...Rappelles-la s'te plaît, j'ai pas envie de me taper ses remarques débiles trois fois par semaine...Je vais aller me coucher, ton plat est dans le four.

Elle jeta son livre sur la table basse commença à avancer mais Ryan lui barra la route.

- Je ne l'ai jamais rappelé.

- Ben visiblement c'est ça le problème.

- Et je n'ai pas l'intention de le faire.

- Mais tu fais ce que tu veux...C'est ta vie privée Ryan, moi je bosse pour toi tu te souviens ? On n'est pas ensembles, on n'est pas ami, on n'est rien du tout...Je bosse pour toi alors ce que tu fais de tes journées et avec qui tu le fait ça ne me regarde pas d'accord ?...Je suis fatiguée.

- Si ton après-midi c'est mal passé, tu t'en prends pas à moi c'est clair ?

Elle serra les dents.

- Dans ce cas finis-moi les travaux dans le garage que je puisse débarrasser le plancher comme ça il n'y aura plus aucun problème.

Il fronça les sourcils.

- Je ne savais pas qu'il y en avait un.

Ils se regardèrent intensément et tout d'un coup une larme coula sur la joue de Rachel. Le cœur de Ryan sursauta.

- Qu'est-ce que t'as ?

- Rien...Je suis juste fatiguée mais...Certainement moins que toi alors...Excuses-moi je...

- Arrête, si ça ne va pas tu sais que tu peux me parler...C'est à cause d'Amanda ?

Elle fronça les sourcils.

- Non, je n'ai pas d'opinion à avoir sur votre relation, c'est...

- On n'était pas vraiment ensembles, à vrai dire je n'ai jamais vraiment été avec qui que ce soit...J'ai pas le temps pour ça et...

- Ryan je m'en fiche d'accord, ça ne me regarde pas...S'il te plaît, demandes à Mike de terminer la peinture dans l'appart.

Elle le contourna mais il la rattrapa par le bras.

- Te sauves pas comme ça.

Il accrocha son regard et la jeune femme frissonna en sentant sa main autour de son bras.

- Dis-moi ce que t'as.

- Non, mes états d'âmes n'ont pas leur place ici tu te souviens ? Mes problèmes personnels doivent rester là où ils sont...C'est ce que tu m'as demandé de faire dès le premier jour.

Piqué au vif, il la relâcha et serra les dents.

- Alors fais une autre tête et changes de ton !

Inconsciemment il avait haussé la voix, la jeune femme trembla et ses yeux s'embuèrent. Elle aurait tellement voulu se confier à quelqu'un, pleurer sur une épaule, ressentir une chaleur bienveillante. Sa gorge se serra et elle lutta pour ne pas éclater en sanglot une nouvelle fois. Elle se sentait tellement seule. Au prix d'un immense effort, elle se redressa et hocha la tête avant de prononcer d'une toute petite voix tremblotante.

- Oui patron."

Et elle s'échappa dans les escaliers avant de s'enfermer dans sa chambre. Ryan leva la tête vers le plafond avant de se rendre compte qu'il avait les poings serré et que son cœur battait beaucoup trop vite pour qu'il l'ignore totalement.



Elle n'avait pas eu la force de se glisser sous ses draps, elle avait longuement pleuré ne sachant pas de quoi serait fait son avenir. A bout de force morale et physique, Rachel s'était profondément endormie. Son sommeil était si lourd qu'elle n'entendit pas la porte s'ouvrir vers 2h du matin. Très discrètement Ryan était entré pour vérifier qu'elle allait bien. Il avait serré les mâchoires en la voyant sur son lit avec encore des traces de larmes sur son visage. Il avait attrapé une grosse couverture et l'avait recouverte. Puis son geste s'était arrêté à quelques millimètres de son visage, doucement presque de manière invisible, il avait déplacé une mèche de ses cheveux, son doigt avait frôlé sa peau. Et ce fut comme si une flamme l'avait brûlé de son index jusqu'à son cœur. Il se trouvait au bord d'une limite qu'il s'était toujours refusé à franchir. Mais en la regardant dormir à cet instant précis, en l'entendant respirer, en percevant ses tremblements de peurs et de froids, un sentiment inconnu pour lui s'empara de tout son être, quelque chose d'ultra puissant, qui le fit chanceler.


Avec beaucoup difficultés il ressortit de sa chambre et posa son front contre le bois en respirant doucement. Cette nuit il ne dormit pas vraiment, il était bien conscient que la situation n'était pas réaliste et que ça ne donnerait rien. Il se devait d'être objectif et de ne pas commettre d'erreur. Si bien que lorsqu'il se leva quelques heures plus tard, il mit un point d'honneur à être cordial sans excès en se jurant de ne plus avoir autant de contact avec elle. Et par là même occasion, Mike devait à tout prix finir les travaux dans l'appartement au dessus du garage.


Il descendit au rez-de-chaussée et constata que pour la première fois en un mois, Rachel ne s'était pas levée avant lui. Il attrapa une tasse, mit la cafetière en route et souleva le couvercle de la boîte à biscuit. En attendant que le café ne s'écoule il s'installa à table et feuilleta les revues culinaires que la jeune femme avait rapporté puis il tomba sur le journal contenant la photo de Jeffrey et Victoria, et il comprit enfin le désarroi de Rachel. Il secoua la tête en murmurant.

"- Pauvre type."



Le soleil avait visiblement chassé les nuages de la veille, les environs étaient teintés d'une magnifique couleur dorée. Rachel resserra ses bras autour de sa taille et pénétra dans la cuisine où elle s'arrêta d'un coup sec. Elle écarquilla les yeux.


Un set de table était dressé avec une tasse, un verre de jus d'orange et une assiette de pancakes, certes c'était le paquet du congélateur à réchauffer au micro-onde mais l'intention était là. Elle ne put s'empêcher d'esquisser un sourire.



"- Non j'en ai besoin demain au plus tard...ouais ça me va...vous m'envoyez le devis par mail...merci...au revoir."

Ryan raccrocha et griffonna quelques mots sur son agenda. Elle le regarda attentivement en serrant les dents, ses cheveux étaient humides signe d'une douche récente, son tee-shirt était à moitié coincé dans son jean et ses muscles se dessinaient parfaitement derrière le tissu.


Elle soupira en se rappelant la sensation de son doigt glissant sur la peau de sa joue cette nuit. Elle n'avait pas ouvert les yeux pour ne rien gâcher parce que d'une certaine manière ce simple geste l'avait rassuré. Elle l'avait senti hésiter et prolonger sa présence, elle avait même entendu sa tête se poser contre la porte. Elle ne comprenait pas ce qu'il se passait entre eux, elle ne savait pas si elle devait laisser les choses se dérouler de cette façon compte tenu de sa propre situation mais elle ne pouvait pas nier ce qu'elle ressentait. Il l'apaisait par ses gestes même s'il ne la touchait pas. Il la valorisait sans dire un mot. Il l'attirait...Oui plus qu'elle ne voulait bien le croire.


Elle frappa l'embrasure de la pièce et il releva la tête en la regardant attentivement.

"- Salut.

- Salut.

Elle se racla la gorge et s'approcha doucement.

- Merci pour le petit déjeuner.

Il planta son regard dans le sien.

- De rien.

Elle contourna le bureau et s'adossa contre la table. Il serra les dents en sentant son parfum et il se tourna pour s'asseoir près d'elle.

- Tu vas bien ?

Elle hocha la tête.

- Oui...Je suis désolée d'avoir été aussi agressive avec toi hier soir, tu n'avais pas à subir ma mauvaise humeur.

- Disons que pour une fois on a inversé les rôles...D'habitude c'est moi qui fait ma tête de cochon.

Elle pouffa légèrement de rire.

- Je te laisse la place avec plaisir.

Il l'observa quelques instants.

- Tu veux en parler ?

Elle soupira longuement.

- Je crois que ça ne servirait à rien.

- Ca te soulagerait peut-être.

Elle secoua la tête.

- Ma sœur dirait que c'est juste un caprice...Que j'exagère tout et que...La solution ça serait de ramper jusqu'à Miami, de supplier mon père de me pardonner et d'accepter de travailler dans son cabinet huppé de chirurgie esthétique.

- Mais t'en a pas envie.

- Non.

Ils étaient assis l'un contre l'autre, très proche, si bien qu'il pouvait distinguer très nettement les tremblements de son corps.

- Je suis venue ici parce que j'en avais marre de les voir me juger sans même ouvrir la bouche, comme si tout d'un coup j'étais devenue le vilain petit canard de la famille, l'élément le plus raté...J'ai mis de la distance pour essayer de comprendre ce que je pouvais représenter maintenant. Quand la commission disciplinaire m'a retiré ma licence j'ai eu l'impression de perdre ce que j'étais, de ne plus savoir ce que je devrais faire pour exister. Alors oui c'est peut-être exagéré comme le pense Jeffrey mais...

Elle leva la main et essuya une larme sur sa joue. Ryan fronça les sourcils.

- Mon externat a démarré lors de ma seconde année de fac et...je n'avais jamais mis les pieds dans un milieu hospitalier en tant que futur médecin, je me suis pris une claque monumentale dès la première journée. J'ai effectué une garde de 72h où j'ai couru du labo à la radiologie, j'ai brancardé des patients, changé des bassins...J'ai tout fait, tout raté, tout recommencé et j'ai tout supporté pendant les onze ans qu'ont duré mes études et puis j'ai rencontré Dylan. Il avait quatre ans à l'époque, j'étais en quatrième année et j'effectuais un stage aux urgences. On lui avait diagnostiqué une cardiomyopathie légère à la naissance mais qui commençait à se dégrader. Il aurait pu être un patient comme un autre, je n'avais pas encore fait de choix d'orientation mais ce jour là il m'a regardé et il m'a dit : Je vais mourir.

Elle redressa la tête et esquissa un sourire.

- Les adultes ont tous des réactions stupides face à la mort, c'est tellement tabou. On a même peur du mot...Du coup je lui ai répondu : Mais non dis pas ça tu es trop jeune.

Elle grimaça.

- Ce qu'on peut-être con des fois.

Ryan esquissa un léger sourire.

- Il m'a dit : si Rachel je vais mourir parce que mon cœur est trop fragile pour vivre . Ce jour là on a...Parler longtemps de la mort, de la maladie, de sa première année à l'école maternelle. Il était déjà tellement avancé pour son âge, tellement mature, il parlait sans faire d'erreur dans ses phrases, il...était tellement au clair sur ce qu'il voulait ou sur ce qu'il ne voulait pas. En rentrant chez moi ce soir là, en regardant mon père je me suis dit que...jamais la chirurgie esthétique ne pourrait m'apporter une aussi belle leçon de vie. Les enfants n'ont pas de tabou, ils n'ont pas de réflexions profondes, c'est spontané, naturel et vrai...Il n'y a pas de faux-semblant, pas de mensonges...Ils ressentent les choses, ils les partagent...Ce que je voulais faire c'était ça...Un partage d'émotion, de vérité et de sincérité...Je voulais une leçon de vie...quotidienne.

Elle esquissa un large sourire en laissant échapper une larme, elle avait tant de souvenirs partagés, tant d'émotions mais tout semblait si loin aujourd'hui.

- Et je l'ai eu...Pendant les quatre ans qu'à duré mon internat, pendant cette dernière année à l'hôpital des enfants. Je ne pensais pas que tout s'arrêterait comme ça mais...j'ai pas réfléchi. Je ne pouvais pas réfléchir alors oui c'était un caprice, un excès de zèle peut-être mais après avoir passé sept années à le côtoyer, à respirer en même temps que lui, à attendre inlassablement les résultats de ses examens jusqu'à en être frustrée à chaque fois qu'ils n'étaient pas bons, après m'être battue pour qu'il soit sur cette fichue liste...j'aurais du faire quoi ? Accepter sans rien dire qu'une gamine de douze ans dont on n'avait jamais entendu parler débarque en tête de liste à cause d'un pot de vin ? Les parents de Dylan venait d'hypothéquer leur maison pour ses frais médicaux...j'étais censée leur dire quoi ?

Elle renifla et Ryan serra les dents.

- J'ai pris le jet et...je suis partie à New York le chercher.

Elle se leva et souffla doucement alors que ses larmes coulaient sur ses joues.

- J'ai pas pensé aux conséquences...je voulais le mettre dans son thorax, refermer et l'entendre battre...je voulais lui sauver la vie...lui donner une chance.

Elle posa sa main sur le haut de sa poitrine.

- Je lui aurais donné le mien si j'avais pu mais...

Rachel secoua la tête.

- A leurs yeux ca ne vaut pas une rhinoplastie, ni un réseau de produits pharmaceutiques qui coûte des milliards, ça ne vaut pas un gala en présence du Président ni une place au soleil dans un des meilleur country club du pays...mais est-ce que pour autant ça fait de moi quelqu'un de mauvais ? Est-ce que j'ai vraiment enfreint la loi en lui donnant ce qu'il aurait du obtenir depuis le début ? J'arrive pas...

Elle hoqueta légèrement.

- J'arrive pas à comprendre pourquoi c'est moi qui me retrouve au banc des accusés, pourquoi c'est moi qu'on rejette et qu'on regarde avec mépris alors que tout ce que j'ai fait c'était pour sa vie. On ne devrait pas avoir à la négocier...c'est pas...j'ai rien fait de mal...je...

- Arrête...

Il s'approcha d'elle et glissa sa main dans ses cheveux pour l'attirer jusqu'à lui. Elle se cogna contre son épaule et éclata en sanglot. Ryan sentit les soubresauts de son corps et son parfum se heurter avec violence contre lui, son cœur se serra et il ferma les yeux.

- J'ai rien fait de mal...je voulais juste lui sauver la vie...pourquoi personne n'arrive à le comprendre ni à trouver ça bien ?

- Arrête...Ca ne compte peut-être pas mais moi je trouve ça magnifique, t'as risqué ta carrière pour lui...Tu lui as donné du temps et c'est ce qu'il y a de plus précieux parce qu'il va pouvoir le savourer, chaque seconde...c'est grâce à toi.

Il baissa légèrement la tête et posa son nez dans ses cheveux. Son estomac se tordit violemment face à la peur que lui inspirait cette proximité mais il ne pouvait pas agir autrement, elle avait besoin d'être rassurée.

- Tu sais très bien que les gens qui te critiquent ont tord, je ne te connais que depuis un mois et pourtant je sais que ta principale qualité c'est ton altruisme, tu es généreuse et bienveillante, si ta propre famille, qui te côtoies depuis trente ans ne le sais pas c'est qu'ils ne te connaissent pas, même si je suis sûr qu'ils t'aiment à leur façon.

Elle releva un peu le menton et le posa sur son épaule alors qu'il décalait un peu son visage. Son nez reposa contre sa tempe et elle sentit son souffle contre sa peau qui se couvrit de chair de poule.

- Je suis complètement perdue. Je sais plus ce que je dois croire ni ce que je dois faire.

- Tu es toujours médecin Rachel. Ils t'ont peut-être retiré ta licence en chirurgie et en pédiatrie mais tu es toujours médecin, à toi de savoir si ça suffit ou pas. Il n'y a pas qu'en milieu hospitalier que tu peux te battre pour la vie des enfants...tu pourrais...

Il serra les dents et ferma brièvement les yeux.

- Tu pourrais rentrer à Miami, prouves-leur que tu peux remonter la pente même si c'est sur une autre route.

- Et épouser Jeffrey ?

- C'est ce qui est prévu non ?

- Oui.

Sa voix était faible, elle frissonna et instinctivement Ryan glissa un peu plus sa main sur sa tête, la rapprochant davantage de lui. Rachel tourna son visage sur le côté et elle entendit les battements de son cœur à travers son tee-shirt. Elle ferma les yeux et respira profondément avant d'esquisser un sourire.

- Tu sens bon.

Il glissa sa main le long de sa colonne vertébrale et de son autre main il lui frotta le bras comme pour la réchauffer.

- Berckley s'est réveillé du mauvais pied et le terrain n'est pas encore tout à fait sec.

Elle pouffa de rire. Berckley était leur plus gros taureau, le plus beau aussi. Il avait un peu plus d'un an et il venait d'entrer dans sa période idéale de reproduction, ce qui le rendait très susceptible. Elle se recula légèrement et il la relâcha. Lorsqu'elle releva le visage vers lui, il fit une petite moue avant de lever la main pour essuyer les traces de ses larmes.

- Je suis une petite fille pourrie gâtée.

- Tu es quelqu'un qui agit avec son cœur...sans forcément utiliser sa tête pour réfléchir mais...

Il fronça les sourcils.

- Je ne crois pas que ce soit une si mauvaise chose.

Elle haussa les épaules et regarda sa montre.

- Je dois aller en ville pour poster le courrier et faire deux, trois courses, tu as besoin de quelque chose ?

- Un nouveau moteur pour un Puma CVX 230.

Elle pouffa de rire, depuis quelques jours le tracteur du ranch était tombé en panne, ce qui rallongeait la liste des dépenses et les inquiétudes du propriétaire.

- Je peux toujours chercher.

Elle se retourna et sortit du bureau. Ryan la suivit dans l'escalier pour rejoindre ses hommes. Au même moment Eliott, Scott, Quinn et Hannah entrèrent dans la grange. Rachel et Ryan se trouvaient trop en retrait pour les voir. La jeune femme s'arrêta au milieu des marches et se retourna.

- Je te remercie Ryan...pour tout ce que tu as dit et...je voudrais...j'avais tord hier soir.

- Sur quoi ?

- Quand j'ai dit qu'on n'était rien.

Le rythme du cœur de Ryan s'accéléra et il serra les mâchoires. Rachel planta son regard dans le sien.

- Je voudrais qu'on soit ami....

Elle fronça les sourcils

- J'en ai besoin...j'ai besoin de toi, parce que pour la première fois depuis un mois je me sens rassurée et je sais que je peux compter sur ta vérité et en ce moment c'est hyper important pour moi...alors...

- Tu devrais arrêter de faire des grandes phrases.

Il leva la main et caressa sa joue en esquissant un sourire.

- Je veux que tu me promettes un truc.

- Quoi ?

- Parles-moi...de n'importe quoi, n'importe quand...parles-moi, parce que ce que je déteste par dessus tout c'est un simulacre de vérité, pas dissimulation d'accord ? Si tu ne vas pas bien, tu dois me parler.

Il avala péniblement sa salive et son regard transperça le sien.

- Mike est en repos cette semaine mais je peux le rappeler pour les travaux à l'appart.

Rachel ouvrit la bouche mais elle fut incapable de parler. Elle se contenta de secouer négativement la tête avant de murmurer.

- Ca peut attendre.

Elle se mordit la lèvre avant de grimper d'une marche et de déposer doucement un baiser sur sa joue. En contre bas Hannah écarquilla les yeux.

- C'est nouveau ça ?

- Ils sont super en phase oui mais ça...c'est nouveau oui.

Eliott rigola et Scott esquissa un sourire avant que le groupe ne rejoigne la salle de pause. Plus haut, Rachel se recula et souffla doucement.

- A ce soir.

- Ouais."

En sentant ses lèvres sur sa peau, Ryan avait fermé les yeux discrètement, son corps s'était tendu et son cœur semblait s'être arrêté de battre. C'était ridicule...



"- Oui merci...vous pouvez me livrer demain ?...jeudi au plus tard ?...ok ça marche merci...au revoir.

Il raccrocha et souffla doucement avant de jeter son portable sur la table. Hannah le regarda attentivement. Elle aurait tant voulu soulager les responsabilités de son neveu de temps en temps.

- Ca y est tu en as un ?

- Oui un moteur neuf, faut espérer qu'il tienne le coup celui-là.

- Le dernier a fait dix ans c'est déjà bien.

Il haussa les sourcils et joua avec un morceau de courgette dans son assiette. Il avait l'air tendu et toujours aussi préoccupé.

- T'as d'autre soucis en tête on dirait.

- Non, je réfléchissais à la prochaine vente des Appaloosa.

- T'en a prévu combien ?

- Les deux mâles : Atoll et Birdy et la jument Bambi.

- C'est pour quand ?

- La semaine prochaine.

- Et tu vas toujours à Denver ?

- Oui.

La vétérinaire fronça les sourcils avant de se tourner vers Scott.

- Tu ne vas pas pouvoir l'accompagner, Sally doit accoucher dans un mois maintenant.

- C'est pour ça que je passe la main à Quinn.

Il lui tapota l'épaule.

- Tu vas adorer te taper la route avec lui pendant quinze heures.

Ryan grimaça et plongea le nez dans son assiette. Hannah se mordit la lèvre.

- Et...tu...

Il leva les yeux vers elle en haussant les sourcils.

- Quoi ?

- Tu vas venir à la fête du printemps organisée par la ville cette année ?

- J'ai jamais eu le temps d'y aller, c'est pas aujourd'hui que ça va changer.

- Ben justement tu pourrais en profiter pour la faire découvrir à Rachel.

Ryan reposa sa fourchette et la regarda attentivement.

- Ben t'as qu'à l'emmener toi.

Quinn secoua la tête en rigolant.

- Oh Ryan ça te ferais du bien de sortir un peu.

Il se leva et soupira.

- Elle est fiancée alors arrête de vouloir me caser.

Il s'échappa de la salle et Hannah fit une petite moue. Eliott lui caressa le dos.

- Bien essayer mais il va falloir être plus subtil si tu veux mon avis."



La porte s'ouvrit et un homme d'environ soixante ans aux cheveux grisonnants sortit de la pièce.

"- N'oubliez pas les règles d'hygiène Roger et tout ira bien, on se revoit la semaine prochaine pour faire le point, d'ici là appelez-moi si ça ne va pas.

- Merci docteur.

Il lui serra la main avant de se diriger vers la salle d'attente où il ne restait plus que Rachel.

- Mademoiselle Davies c'est ça ?

- Oui.

Il était midi et demi et les consultations du matin venaient de se terminer. Elle en avait profité pour prendre rendez-vous afin de rencontrer le docteur Arthur Wallace. Il referma la porte derrière elle et lui indiqua un siège.

- Alors vous vouliez me voir par rapport à l'affiche que j'ai mise sur ma porte.

- Oui, j'ai vu que vous cherchiez un assistant en vue de votre futur remplacement.

- Je suis censé partir à la retraire dans un an et j'aimerais partir sereinement en sachant mes patients entre de bonnes mains. Au téléphone vous me disiez que vous étiez médecin sans plus de précision, vous ne m'en voudrez pas si je vous dis que j'ai préféré me renseigner en consultant le fichier de l'ordre national.

Elle baissa la tête car elle savait très bien ce qu'il avait pu découvrir. Et rien que pour ça, elle savait qu'elle ne pourrait jamais trouver de poste adéquat, compte tenu de sa situation, personne ne voudrait s'associer avec elle.

- Il vous a fallu beaucoup de courage pour me passer ce coup de fil.

Elle releva la tête et le regarda.

- Je sais ce qu'il s'est passé et je ne suis pas là pour vous juger. Il y avait peut être d'autres méthodes pour faire ce que vous avez fait mais le plus important c'est que ça ait marché. Il va bien ?

Rachel savait qu'il parlait de Dylan.

- Oui très bien.

- Tant mieux. Alors dites-moi, vous étiez pédiatre et chirurgien, vous n'avez donc pas exercer la médecine générale depuis la fin de votre externat.

- Non mais je me suis replongée dans mes cours de la fac et...

- Ne vous inquiétez pas Rachel, ce n'est pas bien sorcier, c'est comme le vélo. Vous avez de très bonnes références et je ne doute absolument pas de vos compétences, c'est la raison pour laquelle je veux bien vous faire faire un essai.

- C'est gentil.

- Quelles sont vos disponibilités ?

Elle grimaça.

- Euh pour l'instant je n'ai que le jeudi de libre.

- Vous travaillez ailleurs ?

- Aucun rapport avec la médecine, je suis gouvernante dans un ranch de la région.

Le médecin rigola.

- Oh vous travaillez pour Ryan ?

Rachel rigola.

- Oui.

- Très bien alors disons tous les jeudis.

- Est-ce que ça suffira ?

- Pour l'instant oui.

- Est-ce que je dois...je ne sais pas, prévoir quelque chose euh...

- Votre joli sourire et votre vérité. Soyez la plus sincère possible, ils n'aiment pas les faux semblants et les phrases détournées, soyez franches et ne leur montrez pas que vous hésitez, vous gagnerez votre galon à tout les coups."



"- Ce n'est qu'une égratignure, ça sera vite oublié.

Hannah se releva et retira ses gants.

- Pas de quoi compromettre la vente.

Ryan souffla, la jument qui devait faire partie de la vente de Denver venait de se blesser sur une des clôture de son enclos. Une tuile de plus. La semaine qui se déroulait devant ses yeux, semblait être semée mauvaises nouvelles et on n'était que mardi.

- Merci.

Il se tourna vers Scott.

- On en est où avec Berckley ?

- Il fait toujours sa tête de mule, il ne veut pas l'approcher.

Ryan leva les yeux au ciel.

- Il me casse les pieds à faire sa fine bouche, il a quoi contre cette vache ?

La vétérinaire éclata de rire.

- Il fait peut-être sa tête de mûle mais ça ne veut pas dire qu'elle ne l'attire pas.

Il la regarda en haussant les sourcils.

- Quoi ? Il lui tourne autour, laisses-lui un peu de temps, il finira bien par se rendre compte qu'il l'apprécie et...il ira vers elle.

Ryan secoua la tête.

- T'es dingue ou quoi ? On parle d'un taureau d'une tonne et demi et d'une vache en chaleur...c'est pas un speed-dating...prépares ta seringue parce que si à la fin de la semaine il ne l'a pas sauté, je le transforme en bœuf.

Il s'éloigna à grand pas et Hannah souffla de désespoir.

- Quel romantisme!

Scott rigola.

- Eliott t'as dit d'être subtil ok mais là c'est un peu trop.

- Ouais."



Rachel claqua la portière de sa camionnette et s'emmêla les mains en voulant sortir son téléphone de son sac. Elle décrocha maladroitement.

"- Allo ?

- Bonjour.

Elle se figea et avala péniblement sa salive.

- Salut.

- Tu vas bien ?

- Oui et toi ?

Jeffrey soupira.

- Oui mais tu me manques. Je suis désolé pour notre dispute mais je ne supporte plus la distance, j'ai besoin que tu sois à mes côtés.

- Je sais mais...je travaille sur moi-même en ce moment et j'ai besoin de temps.

- Moi j'ai besoin de toi alors je te demande de rentrer.

- Pas maintenant Jeffrey, j'ai trouvé un poste dans un cabinet chez un médecin généraliste et...je voudrais essayer.

- Pourquoi tu ne le fais pas ici ?

- Avec mes parents qui plombent l'atmosphère de toute la Floride ?

- Ca suffit Rachel ! Tu te rends compte que tu réagis de manière complètement excessive, c'est disproportionnée tout çà, tes parents ont le droit d'être en colère parce qu'au cas où tu l'aurais oublié tu as failli aller en prison pour vingt cinq ans.

- Je croyais que tu me soutenais ?

- Mais bien sûr que oui.

- On dirait que tu as changé d'avis.

- Non ! Mais tu me manques et je ne supporte plus l'idée que tu sois loin de moi. Tu refuses de me dire où tu te trouves, tu refuses de m'inclure dans cette pseudo reconstruction et...

- Une pseudo reconstruction ? Jeffrey c'est toute ma carrière qui est remise en cause, toi tu t'en fous, tu as ton entreprise et...

- Mon entreprise est en chute libre parce que ma fiancée a volé un cœur, parce que ma fiancée n'est pas là pour faire une conférence de presse afin de s'expliquer clairement, parce que ma fiancée m'a tourné le dos alors qu'on devait assister à des galas et des avants premières très importantes, MA FIANCEE NE SAIT MEME PLUS QUELLES SONT SES PRIORITES A SAVOIR NOTRE MARIAGE PAR EXEMPLE !

- Tu m'as dit que tu me soutiendrais quoi qu'il arrive.

- Oui c'est vrai mais c'était avant de savoir que mes investisseurs me demanderaient des comptes, c'était avant de savoir que tu préférais ta carrière et tes états d'âmes à notre couple et à notre avenir. Tu sais très bien que tu n'aurais pas besoin de travailler si tu m'épousais.

- C'est nouveau ça ? C'est quoi cette idée ? Tu veux me passer la bague au doigt et me coller l'image d'une Mme McKesson surfaite comme on dépose un mannequin de cire en vitrine ?

- JE VEUX QUE TU RENTRES A LA MAISON, JE VEUX QU'ON SE MARIE, JE VEUX QU'ON REPRENNE NOS PROJETS, JE VEUX QUE TU TIENNES TA PLACE, TON RANG ET QUE TU ARRETES DE TE PRENDRE LA TETE POUR CETTE CONNERIE DE COEUR GREFFE BORDEL ! RENTRES A LA MAISON, FAIS CETTE CONFERENCE DE PRESSE ET ON EN PARLERA PLUS !

Rachel ouvrit la bouche et son souffle se coupa.

- Oh mon Dieu.

- Rachel je t'en supplie.

- C'est le discours que t'as servi ton père ? Ou le mien ? Ou ton conseil d'administration ?

- J'ai un certain rang à tenir, jusqu'à présent la question ne s'était pas posée mais aujourd'hui c'est différent.

- Et je devrais y adhérer sans broncher ?

- Je t'aime. Je te l'ai déjà dit et je te le répète, tu es importante à mes yeux mais aujourd'hui que la situation est bancale, je me rends compte que tu es sur le même pallier que mon travail et je refuse de le perdre à ton profit, j'ai travaillé trop dur Rachel.

- Et moi non ?

- Tu as fait tes propres choix sans mesurer les conséquences, tu n'as pensé qu'à toi, sans même te soucier des répercussions qu'il y aurait sur ton entourage, en particulier sur moi et mon entreprise qui je te le rappelles vaut des milliards de dollars, je fais marcher l'économie de ce pays, je n'ai pas le droit à l'erreur comparé à toi. Alors évidemment, tout ce que je t'ai dit le jour de ton départ je le pensais et je le penses toujours mais maintenant il faut que tu rentres.

- Pour toi ? Pour McKesson Pharmaceutiques ? Et moi là dedans je suis où ?

- C'est pareil.

- Non ça ne l'est pas Jeffrey.

Une larme coula sur sa joue.

- Soit tu acceptes de me donner du temps, soit tu ne m'en donnes pas et dans ce cas...

- On ne se donne pas rendez-vous dans huit mois...ouais j'ai compris le message.

- Je ne veux pas te quitter, moi aussi je t'aime et...j'ai besoin de ton soutien, tu étais le seul.

- Il n'y a pas que toi qui soit perdu Rachel.

A l'autre bout du fil elle entendit qu'on appelait son fiancé.

- Je dois y aller j'ai une vidéo conférence dans cinq minutes.

- Est-ce que tu vas me rappeler ?

- J'en sais rien...je t'enverrais un mail à la fin de la semaine...au revoir.

Il raccrocha sèchement et Rachel pleura silencieusement. Elle s'installa sur le banc en face de la coopérative et pleura encore et encore. Jusqu'à ce qu'elle sente une présence en face d'elle. Elle releva la tête et s'empressa d'essuyer ses larmes. On lui tendit un mouchoir.

- Tu sais ce qu'il te faudrait ?

Elle secoua négativement la tête.

- Un billard.

Elle arqua un sourcils et le jeune homme qui s'installa à ses côté rigola.

- Je plaisante pas, c'est le meilleur remède contre les chagrins d'amour.

Curtis était le garçon qu'elle avait rencontré lors de son premier jour dans la région. Ils étaient devenus amis à force de se voir à la coopérative, ils rigolaient bien et ne se prenaient pas la tête. Il lui avait donné beaucoup de conseils qu'elle avait utilisé à bon escient.

- Je t'invite ?

- C'est gentil mais je dois rentrer.

- Ce soir ?

- Curtis...

- Quoi ? Tu t'es disputé avec ton fiancé, ça arrive, maintenant faut vider ton sac...allez un billard et une bonne bière, ça te fera du bien. On sera plusieurs et tu pourras rencontrer ma sœur, elle a hâte de te voir.

Elle se mordit la lèvre. Ca faisait longtemps qu'elle ne s'était pris un peu de temps pour elle, une petite soirée loin du ranch et de tout ses ennuis, lui permettrait peut-être de se vider la tête.

- Ok.

- Cool...20h chez Bonnie's ?

- D'accord.

- A ce soir...fais attention sur la route."

Elle leva la main et le salua avant de repartir vers le ranch.



Elle reposa sa brosse à cheveux et sortit de la salle de bain avant d'attraper son sac et de descendre les marches. Elle fit un dernier tour dans la cuisine pour vérifier qu'elle n'avait rien oublié et au moment où elle s'apprêtait à partir la porte d'entrée s'ouvrit sur Ryan qui pestait.

"- Vraiment rien dans le crâne celui-là.

Il redressa la tête et s'arrêta en la regardant. Elle portait un legging noir, une tunique sans manches fleurie, des escarpins, ses cheveux étaient lâchés et elle était légèrement maquillée.

- Tu sors ?

- Euh...

Elle fronça les sourcils, ne sachant plus quoi dire, elle ne s'était pas attendu à le voir avant de partir. La jeune femme avait l'impression d'avoir été prise en faute sans même savoir pourquoi.

- Oui.

Elle regarda sa montre.

- T'es déjà là ?

- Anton a eu raison de ma patience.

Rachel esquissa un sourire.

- Qu'est-ce qu'il a encore fait ?

Ryan secoua la tête.

- Je viens de mettre deux heures à rentrer les quatre génisses parce qu'il les a enfermé dans le mauvais box...tu vas où ?

- Euh...en ville.

- Toute seule ?

- Non.

- Avec qui ?

- C'est un interrogatoire ?

- Je me renseigne c'est tout, t'es pas du coin alors...

- Alors tu me flic ?

- Mais bien sûr que non, c'est bien si tu t'aères un peu la tête, ça te feras du bien.

- Je crois aussi.

- Ok.

Il s'avança vers elle afin de se diriger vers la cuisine.

- Fais attention à toi.

Elle planta son regard dans le sien.

- Je sais me débrouiller.

- J'ai pas dit le contraire...mais fais attention à toi quand même, dans le coin les routes de nuit c'est pas évident.

- Je serais prudente.

Il la contourna et se dirigea vers le frigo pour en sortir une bière qu'il décapsula. Rachel se mordit la lèvre discrètement.

- Tu sais...je peux rester si tu...

- Non c'est bon vas-y, profites de ta soirée.

- Ton assiette est dans le four.

- Je vais m'en sortir Rachel.

Elle rigola.

- Ok...je ferais pas bruit en rentrant.

- T'as pas intérêt...et s'il te plaît ne le ramène ici.

Elle écarquilla les yeux.

- Qui ?

- Le mec pour qui t'as mis du parfum.

Elle le regarda sans savoir quoi dire.

- Il y a de l'orage dans l'air avec Jeffrey ?

- On s'est pris la tête à cause de la bourse et de son père, j'ai besoin d'une soirée cool...ce n'est pas tordu c'est...

- Ca fait longtemps que vous êtes ensembles et vous avez des projets alors même si aujourd'hui ça semble compliqué...fais pas de conneries Rachel.

- J'en n'avais pas l'intention.

Il secoua la tête.

- T'es une grande fille, je ne te jugerais pas, je te dis ça pour toi...pas pour lui.

Il se dirigea vers elle et déposa un baiser sur sa joue.

- Fais attention à toi s'il te plaît.

Ils se regardèrent intensément.

- T'es très belle.

- Merci."

Il s'éclipsa et la jeune femme soupira doucement avant de s'en aller.



La musique était trop forte, la chaleur était étouffante, il y avait beaucoup de monde et personne ne s'entendait parler. Curtis avait ameuté tout ses copains qui étaient déjà bien imbibés, les filles n'étaient pas en restes et ne cessaient de les allumer de manières outrancières avec leur gestuel ou leurs vêtements trop courts et trop moulants. Rachel croyait qu'elle passerait une bonne soirée mais c'était tous le contraire.

"- Bon alors tu l'as met dans le trou ?

Le copain des Curtis éclata de rire et la jeune femme leva les yeux au ciel avant de reposer sa queue de billard et d'attraper son sac.

- Je crois que je vais rentrer.

- Mais ça fait même pas une heure que tu es là.

- J'ai eu une longue journée Curtis, je vais rentrer...je te remercie pour la soirée.

Elle se dirigea vers la porte mais arrivée sur le parking, il la rattrapa par le bras et la coinça contre sa camionnette.

- Tu me dois un baiser cendrillon.

- Pardon ?

Il empestait l'alcool.

- Il est bien minuit quelque part.

- Je suis fiancée je te rappel.

- Arrête tes conneries.

Il serra son corps contre le sien et elle sentit la bosse de son jean contre son bas ventre, elle tourna la tête et serra les dents avant de lever le genou et de le frapper très fort. Il hurla de douleur et se plia en deux.

- T'arrivera peut être plus facilement à décuver maintenant.

- Ouais...merci...un point pour toi.

Il se redressa tant bien que mal.

- Je suis désolé.

- On en reparlera quand tu seras sain de corps et d'esprit."

Elle s'enferma dans la cabine et démarra pour rentrer au ranch.



"- Non mais quel crétin.

Elle referma la porte doucement et retira ses escarpins pour ne pas faire de bruit. Elle se dirigea vers la cuisine et posa son sac sur la table avant d'ouvrir le frigo pour attraper une bouteille de soda. Elle soupira.

- Bien joué ma pauvre fille.

- Moins fort !

Elle sursauta en poussant un cri et Ryanse redressa du canapé sur lequel il était couché.

- Bordel Ryan tu m'as fichu la trouille.

Il esquissa un sourire en haussant les sourcils.

- Tu rentres tôt, est-ce que Monsieur Crétin a eu mal ?

Elle le regarda avant d'éclater de rire.

- Oui.

- Tant mieux.

Il se releva et se dirigea vers elle.

- Qu'est-ce que tu fais encore debout ?

Il reposa son portable sur la table et grimaça.

- Ma jolie gouvernante toute chétive était de sortie, j'étais inquiet, tous les cow-boys du Montana ne sont pas aussi cool que moi.

- Tu frimes là.

- Évidemment...tu me racontes ?

- Curtis Stanton.

Il écarquilla les yeux.

- Là t'as fait dans l'abruti de compet'.

- Il est gentil.

- Il a la médaille d'or des abrutis Rachel.

- Il a toujours été gentil.

- Il t'a emmené au billard ?

- Oh...

- Il les emmène toutes au billard.

- Je voulais juste passer une bonne soirée, c'est trop demandé ?

Il la regarda attentivement, il comprenait son besoin d'alléger son quotidien, laissant dans une infime partie de sa tête l'ensemble de ses préoccupation. Malheureusement ce qui aurait pu être intéressant pour elle ne se trouvait pas à Whitefish, la ville ne recelait pas grand chose qui pouvait la distraire, elle qui connaissait l'effervescence de Miami. Ryan soupira tout en réfléchissant, elle voulait qu'ils soient amis, c'était une chose facile à faire mais la limite du trouble qui l'agitait lorsqu'il était près d'elle, semblait si fragile qu'il ignorait si c'était une bonne idée. Son regard capta le sien et la réponse fut évidente.

- Le week-end du 10.

Elle le regarda de manière incrédule.

- C'est la fête du printemps à Whitefish.

Il haussa les épaules.

- Ca te tente ?

- Avec toi ?

- Tout le monde sera là mais au moins tu t'amuseras plus qu'au Bonnie's Club, billard et mauvaise bière à la clé.

Elle acquiesça doucement.

- Oui je veux bien.

- Ok ça c'est fait...ensuite...

Il se tourna et fouilla dans un tiroir avant de lui tendre un petit paquet.

- C'est quoi ?

- Ouvres.

Elle décacheta le papier et s'en débarrassa avant de découvrit un livre. Son cœur se mit à battre bizarrement, il était en vieux cuir et le titre en lettres dorés : A l'Est d'Eden. Elle souleva délicatement la couverture et se figea en lisant d'autres mots : Edition originale 1952. En dessous il y avait une autre inscription : A Carmen avec tout mon amour James. Rachel leva les yeux vers Ryan et il esquissa un doux sourire.

- Je me suis dit que tu aimerais mieux lire ce roman en sentant l'odeur du vieux papier plutôt qu'en version de poche tout droit sortit d'une imprimerie numérique.

Le rythme cardiaque de la jeune femme s'accéléra alors que Ryan poursuivait.

- Elle voulait faire une fac de lettres mais elle a eu le coup de foudre pour un cow-boy et...elle a préféré vivre de sa deuxième passion.

- Les chevaux ?

- Ouais...certain soir, elle s'asseyait sur la terrasse et elle lisait jusqu'à ce que la luminosité soit trop faible, alors mon père sortait sa vieille lampe à huile et on profitait de l'air libre, été comme hiver. Quand j'étais petit je m'installais contre elle et je l'écoutais lire pendant des heures. Et puis quand je n'ai plus réussi à me tenir sur ses genoux, je m'installais sur les marches et j'écoutais encore...j'ai pas arrêter d'écouter jusqu'à ce qu'elle ne soit plus là pour me faire la lecture.

Il avala doucement sa salive en repoussant sa peine et il posa son doigt sur le livre.

- Y en a pleins au grenier...profites-en ils n'en sortent jamais...et je suis sûr qu'elle trouverait ça dommage que personne ne leur face prendre un peu la lumière.

- Merci."

Rachel leva sa main et caressa sa joue. Il parlait très rarement de ses parents et les seuls moments où il faisait, la jeune femme savait que c'était très dur pour lui, ça mettait en avant ses peurs et sa fragilité. Ca le rendait touchant et attendrissant. Et dans ces quelques instants où il se livrait totalement, elle ne voulait qu'une chose, l'attirer à elle, l'apaiser et l'entourer d'affection.


Ils se regardèrent longtemps. Ils étaient proches l'un de l'autre. Ils se cherchaient sans vraiment le comprendre. Puis doucement elle attrapa sa main, inconsciemment ses doigts s‘entremêlèrent aux siens et elle l'attira derrière elle. Il se laissa guider et ils entrèrent dans le salon. Elle attrapa le briquet de la cheminée et le lui tendit. Il fronça les sourcils avant d'allumer les bûches dans l'âtre. Puis elle se réappropria sa main, elle s'installa sur le canapé et le força à faire de même. Il n'y avait plus aucune lumière à part celle des flammes qui dansaient face à eux. Ryan la regarda et hésita quand il la vit lui tourner le dos pour prendre appui contre lui. Il serra les mâchoires avant de lever le bras pour qu'elle s'installe plus confortablement. Et là dans le silence du salon. Elle ouvrit la première page. Et d'une voix très douce elle commença à lire : La vallée de la Salinas est en Californie du Nord. C'est un long sillon à fond plat entre deux chaînes de montagnes. La rivière y déroule ses méandres jusqu'à la baie de Monterey...


Ryan posa sa tête sur le dossier du canapé et soupira. Ce fut un long soupir, pas de lassitude ni d'ennui, non, plutôt un soupir qui relâche toutes les tensions, qui apaise l'esprit, qui chasse les soucis, un soupir de bien être, comme une félicité nouvelle qui vous redonne le sourire et dont vous voudriez prolonger indéfiniment la durée. Il percevait le dos de Rachel contre son torse, il la sentait respirer, il ressentait sa chaleur. Il baissa la tête et se tourna légèrement vers elle. Il l'observa quelques secondes avant de pencher la tête et de déposer un baiser à l'arrière de son crâne. Il ne savait pas ce qui se passait et sur le moment il s'en fichait. Il était bien. Elle semblait être bien. C'est tout.



Le soleil commençait doucement à inonder le séjour. Ryan grimaça légèrement avant qu'une douce odeur de café ne s'insinue dans ses narines. Il ouvrit un œil puis l'autre et se frotta le visage avant d'apercevoir Rachel assise sur la table basse, deux tasses à la main.

"- Salut.

- Salut.

Il se redressa.

- Quelle heure il est ?

- 6h.

Il écarquilla les yeux et se redressa rapidement mais elle leva le bras pour l'arrêter.

- C'est bon pas de panique...tu ne risqueras rien de ta journée en allant travailler un peu plus tard que d'habitude.

- Rachel...

- Ne commence pas à hausser le ton...Eliott est là depuis 5h30, j'ai fait des modifications de planning. Aujourd'hui c'est lui demain ça sera Scott et ainsi de suite. Toi c'est le lundi et le dimanche. Et j'ai fait pareil pour le soir, vous serez deux à faire la clôture comme ça tu n'auras plus besoin de terminer à 23h...tu sais c'est pas si bête, s'ils commencent plutôt le matin, ils finissent plutôt l'après-midi et s'ils terminent plus tard le soir, ça veut dire qu'ils ont commencé plus tard le matin, l'un dans l'autre tout le monde s'y retrouve.

- Et t'as fait ça sans m'en parler !

- Oui...je savais que tu allais râler de toute façon.

Elle lui tendit la tasse.

- Café ?

Il secoua la tête et elle le rejoignit sur le canapé.

- J'ai fait des gaufres.

- Merci...ça va ?

Elle le regarda attentivement et esquissa un sourire.

- J'étais un peu à l'étroit mais j'ai bien dormi...toi aussi visiblement.

Elle leva la main et caressa sa joue.

- Tu as l'air plus reposé.

- Peut-être oui...

Il s'étira légèrement.

- Mais le canapé c'est pas ce qu'il y a de plus confortable.

La jeune femme regarda son café et Ryan serra les dents. Le fait de s'endormir dans ses bras et de passer la nuit à ses côtés avait certainement du la mettre mal à l'aise par rapport à Jeffrey, la situation était tendue et il s'en voulait de ne pas faire assez d'effort pour la tenir éloigner mais le problème c'est qu'elle l'attirait de plus en plus.

- Je voudrais te parler d'un truc.

- Je t'écoute.

- J'ai peut-être trouvé une piste.

En la voyant se mordre la lèvre, il comprit qu'elle parlait de sa carrière.

- Où ça ?

- A Whitefish, un cabinet sur la route principale.

- Arty ?

Elle fronça les sourcils et il précisa.

- C'est le seul qui part bientôt à la retraite et qui cherche un associé, futur remplaçant...tu commences quand ?

- Euh jeudi.

- C'est ton jour de repos.

- Ben justement, c'est pour ca que j'ai convenu avec lui que j'irais à son cabinet tous les jeudis.

Il la regarda sévèrement avant de se lever du canapé.

- Ryan qu'est-ce qu'il y a ? Ecoute si ca ne te convient pas c'est pas grave, je peux lui dire que pour l'instant ce n'est pas le bon moment et...

- Arrête un peu... bien sûr que tu vas y aller mais pas pendant ton seul jour de repos.

- Ben disons que le reste c'est...

- C'est sans importance...je vais appeler Hannah pour qu'elle refasse la chasse aux CV et toi...tu vas te concentrer sur ton vrai boulot.

- Non attends une minute, je ne veux pas arrêter de travailler pour toi.

- Tu ne peux pas tout faire.

- Ce n‘est pas ce que j'ai dit mais...en travaillant ici, j'ai trouvé un équilibre qui me permet d'être plus sereine alors je ne veux pas que tu m'enlèves ça.

- Il va bien falloir te trouver une remplaçante parce que tu ne seras pas toujours là Rachel.

- C'est ce que tu m'as dit le premier jour où je suis arrivée et regardes-moi...je suis là, pour l'instant je n'ai pas l'intention de m'en aller.

- Tu épouses Jeffrey dans huit mois.

- Oui je sais inutile de me le rappeler.

- Je n'aurais pas besoin de le faire si...

Il la regarda attentivement.

- Si quoi ?...si la situation entre nous n'était pas aussi bizarre ?

- On joue avec le feu.

- On n'a rien fait de mal.

- Non...mais c'est pas facile de rester impassible quand je passe une bonne partie de la nuit à te regarder dormir en tenant dans mes bras.

Rachel trembla légèrement.

- C'est pas facile pour moi non plus tu sais...j'ai...j'ai l'impression d...d'être une allumeuse mais je...je te jure que...

Il s'approcha d'elle en fronçant les sourcils.

- Dis pas n'importe quoi, tu n'as rien à te reprocher, tu veux qu'on soit ami et je suis d'accord mais pas comme ça...

Il fit un geste vers le canapé.

- Je peux pas être proche de toi comme ça, c'est trop dur...tu me fiches la trouille Rachel.

Elle ouvrit la bouche pour parler mais elle ne savait pas vraiment quoi dire. Elle tira sur les manches de son pull et baissa la tête.

- Je suis désolée.

- Non...s'il te plaît regardes-moi...

Elle releva le visage vers lui et son cœur s'accéléra. Ryan serra les mâchoires et avala péniblement sa salive, il la regarda avec une incroyable envie d'envoyer balader tout ses principes, tout ce qu'il voyait c'était son regard paniqué, sa peau claire recouverte d'une légère chair de poule et ses lèvres rosées qui tremblaient et qu'il voulait goûter.

- Je me répète peut-être mais tout ce que tu fais, tu le fais avec ton cœur.

Il secoua la tête et hésita à poursuivre.

- Quand tu me fais profiter d'une soirée comme celle-là ce n'est pas manipulateur c'est ta délicatesse et ta bienveillance...c'est ton cœur qui parle et forcément...

Il croisa son regard et soupira.

- Le mien a juste envie de lui répondre.

Le souffle de la jeune femme s'accéléra et elle haussa les sourcils.

- Comment tu veux que je reste indifférente à un discours pareil ?...Ryan...tu ne comprends pas, c'est pas seulement ce que je peux faire, de manière inconsciente ou non...c'est aussi toi...qui nous mets dans cette situation...ce que tu m'as dit hier matin c'est pratiquement mot pour mot le réquisitoire que m'a tenu Jeffrey le jour où je suis partie mais...ça n'a pas eu le même impact. De sa part c'était comme si c'était normal, une suite logique parce qu'on est fiancé et que...il me connaît depuis six ans mais...toi...tu...as calmé mon inquiétude et tu m'as donné une parenthèse apaisante...c'est déstabilisant pour moi aussi. Tu n'es pas le seul à avoir peur de ce qui passe.

Ils se regardèrent intensément, conscient qu'il ne leur fallait pas grand chose pour que tombe la barrière qui les séparait mais la situation n'en serait pas plus facile après et ils étaient totalement lucides sur la question.

- Tu as tout bouleversé mais dans le bon sens Rachel...et je voudrais que les choses ne changent pas parce que tu ce que tu fais pour m'aider est important alors...

Ryan serra les dents.

- On n'a rien à se reprocher alors on va arrêter de se prendre la tête et on va être ami parce que je ne veux pas qu'on se déchire, je ne veux pas tout gâcher parce qu'on ne sait pas comment s'y prendre...tu crois qu'on peut faire ça ?

Elle hocha la tête.

- Oui, je suis d'accord.

- Bien...alors je vais voir avec Hannah pour te trouver un ou une remplaçante et je vais te dégager ton planning...et oui j'ai entendu pas trop dégagé non plus.

Il esquissa un sourire.

- Tu verras Arty est cool.

Ryan souffla doucement, vida son café et se dirigea vers le couloir avant de se retourner vers Rachel qui n'avait pas bougé.

- Ca va aller ?

- Oui.

- Je vais appeler Mike pour qu'il finisse la peinture.

- Ok.

- Ca sera peut-être mieux si...

- Si on met de la distance ?

Il hocha la tête en serrant les dents.

- Oui...je vais à Denver ce week-end.

- Pour les Appaloosa ?

- Oui.

- Tu rentres quand ?

- Dimanche soir.

- D'accord.

Il attrapa sa veste et ses clés et souffla doucement.

- Fais attention sur la route."

Elle hocha la tête sans répondre et il sortit en claquant la porte.


Une fois dehors, il ferma les yeux, leva la tête vers le ciel en repoussant de toutes ses forces son irrésistible envie d'elle. Il s'installa sur les marches et enfila ses chaussures avant de se frotter le visage. Une chose était sûr, s'il travaillait, il ne penserait pas à elle. Et travailler était la seule chose qu'il savait faire.


Dans le salon, Rachel repositionna le rideau après avoir vu Ryan s'éloigner à grand pas. Elle partit s'asseoir sur la canapé et attrapa le livre qu'il lui avait prêté. Elle serra les dents avant qu'une larme ne coule sur sa joue. Puis une autre et encore une autre...et tout d'un coup elle se retrouva à pleurer à chaudes larmes en ressentant une douleur lancinante qui tapait contre ses côtes.



Le bureau était propre, les dossiers très bien rangés, le suivi des patients étaient minutieux. Rachel aimait beaucoup la façon de travailler du vieux médecin. Celui-ci l'avait accueilli pour son premier jour avec un grand sourire et beaucoup d'amabilité. Il lui avait préparé une petit dossier contenant les mots de passe de son ordinateur, les informations relatives au paiement de ses patients, son partenariat avec différents prestataires : laboratoire, pharmacie, cabinet de radiologie, confrères, spécialistes et hôpitaux ou cliniques. Il faisait surtout de la consultation en cabinet, toujours sur rendez-vous pour ne pas être dépassé par les horaires : de 8h à 12h30 et de 14h à 18h30. Il ne faisait pas de gardes d'urgences la nuit ou le week-end mais en contre-partie il payait une petite somme pour s'en dispenser. Et enfin il ne faisait qu'une journée de visite à domicile : le vendredi et ça dans un rayon de 20 kilomètres pas plus.


Il lui tendit un autre dossier.

"- Ensuite Mme Garon, 68 ans. Elle est veuve depuis un an, son mari est mort d'un infarctus du myocarde massif en se levant du lit. Ils n'ont jamais eu d'enfants. Hypertension et cholestérol en antécédents, jamais d'intervention chirurgicale, dernière prise de sang il y a 6 mois avec un cholestérol total 2g/l, IMC à 20, traitement per os : atorvastatine 10mg 1cpm/jr et ramipril 1,25 1cpm/jr et depuis un an paroxétine 20mg 2cpm/jr

- Anti-dépresseur ? Elle a un suivit psy ?

- Non elle refuse catégoriquement d'y aller.

Rachel fronça les sourcils.

- Vous lui prescrivez un anti-dépresseur à 40mg/jr sans suivi médical spécialisé ?

- Jusqu'à il y a un mois c'était son neveu qui lui prescrivait son traitement, il est médecin à Missoula, elle est arrivée chez moi avec une ordonnance comportant : un anti-dépresseur paroxétine 50mg/jr et un anxiolytique alprazolam 4mg/jr en me demandant de la lui renouveler.

La jeune femme écarquilla les yeux.

- J'ai considérablement diminué la dose comme vous pouvez le constater mais bien sûr ça ne règle pas le problème de fond.

- Oui.

Il lui tendit un autre dossier.

- Et enfin le petit Jackson Hanan 11 ans, ses parents tiennent une imprimerie à la sortie de la ville. Pas d'antécédent particulier, maladies infantiles habituelles : varicelle et oreillon, rhinopharyngites à répétitions, vaccins à jour...Sa mère a pris rendez-vous pour des vomissements répétés depuis 24h.

- D'accord.

Elle respira profondément et posa son stylo.

- Voilà pour aujourd'hui, des questions ?

- Non.

- Je vous laisse gérer les choses comme vous l'entendez, je serais là si jamais vous en avez besoin mais je n'interviendrais pas dans la mesure du possible d'accord ?

- Ok.

- Alors à vous de jouer."



Il raccrocha le harnais près de la poutre et soupira. Il vérifia que tous les box étaient bien fermés, puis il éteignit la lumière principale avant de verrouiller la grande porte et de se diriger vers le hangar numéro deux. Ses hommes finissaient de récupérer leurs affaires. Il passa l'entrée et se dirigea vers les escaliers pour grimper dans son bureau mais Eliott l'interpella.

"- Tu as vu que le stock de compléments alimentaires est...

- Oui j'ai vu c'est prévu pour demain.

Le jeune homme écarquilla les yeux face au ton agressif de son patron. Celui-ci grimaça.

- C'est tout ?

- Ca va ?

- Oui mais j'ai une montagne de paperasse en retard, un taureau d'une tonne qui fait le timide et un moteur de tracteur qui s'est perdu dans le Montana ! Si t'as rien d'autre à me dire rentres chez toi Eliott.

- Ok...à demain.

Mais Ryan était déjà en haut de l'escalier. Scott s'approcha de son collègue.

- Pourquoi y tire la tronche ?

Il esquissa un sourire.

- Parce qu'à mon avis ça commence à être sérieusement tendu à la maison."



Il balança ses clés et remonta le couloir avant de s'arrêter à mi-chemin. Elle était allongée sur le canapé, endormie, des livres de médecine étalés autour d'elle et sur la table basse. Il souffla avant de serrer les dents en se souvenant qu'on était jeudi et qu'elle avait travaillé pour la première fois avec le docteur Wallace. Il se massa la nuque avant de se diriger vers la cuisine et aperçut le set de table avec le petit mot : Ton plat est dans le four, bonne nuit. Il prit appui sur le comptoir et ferma les yeux. Ils ne s'étaient pas vu depuis deux jours. Depuis leur dernière conversation, Ryan avait mis un point d'honneur à garder ses distances avec elle. Elle se levait très tôt le matin pour lui préparer son petit déjeuner avant d'aller courir et elle ne revenait que lorsqu'il était partit. Si elle avait quelque chose à lui demander, elle lui envoyait un message par téléphone et le soir, elle s'arrangeait toujours pour être dans sa chambre au moment où il rentrait à la maison. Sauf aujourd'hui, elle avait travaillé sur ses anciens cours et en proie à une intense fatigue émotionnelle, elle s'était endormie sur le canapé.


Il releva la tête et hésita légèrement avant de se diriger vers le salon. Il referma les livres, éteignit la lumière principale et attrapa un plaid assez épais pour la recouvrir. Il l'observa quelques secondes en sentant son cœur s'accélérer. Puis il se baissa et déposer un très léger baiser sur son front.

"- Bonne nuit."


Il coupa le four, monta dans sa chambre avec son assiette en se disant que ce week-end serait plus facile car il serait à Denver. Loin d'elle et de tout ce qu'elle représentait depuis un mois.


Dans le salon, Rachel ouvrit les yeux et laissa échapper une larme en resserrant le plaid contre elle.

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