Pour un prénom

colonelle

Geneviève

Si WLW m'avait permis d'ajouter une photo à mon nom

J'aurais pu vous montrer mes galons

Si WLW m'avait laissée mettre une photo de couverture

Je n'ai pas de rime en –ure

 

Vous ne savez pas ce que vous ratez…

 

 

 

Menottes aux poignets, j'entrai, accompagnée de Gugusse Blond et Gugusse Brun, dans la salle d'attente du psy. Je ne connaissais même pas son nom, mais mon avenir allait se jouer là. Sortir ? Pas sortir ? Il est sûr qu'il me dira :

- "Mademoiselle Lartimont, durant 5 ans, votre attitude a été pour le moins exemplaire. Vous avez mené de front deux préparations à diplômes de Master 1. D'une part, Gestion Comptabilité et d'autre part Droit des Finances. Vous vous êtes montrée très serviable auprès des personnels du réfectoire lors de ses dernières semaines de grève, avez suivi un stage en interne d'Aide à la Personne Âgée. De surcroit, vous avez confié à certaines détenues que vous entreteniez une passion pour le métier d'Écrivain Public. Tout concoure à vous réhabiliter plus tôt que prévu… Vous avez émis le souhait de trouver un emploi, pour le moment de vacataire, forcément, Mademoiselle Lartimont, vu votre passif… Enfin… de vacataire dans la Fonction Publique d'État au Ministère des Finances. Je peux, si vous le désirez, envoyer une lettre de recommandation aux RH, enfin… de soutien, forcément, Mademoiselle Lartimont, vu votre passif. Retrouver une vie sociale est difficile, tout reconstruire au bout de tant d'années ne sera pas simple Mademoiselle Lartimont, aux vues de votre passif. Mais vous me comprenez et surtout, cela ne semble pas vous faire peur. Et surtout, surtout,  je ne voudrais pas décourager une bonne âme comme la vôtre. Vous avez envie de vous réinsérer et c'est bien. Vous avez envie de vous tourner vers l'avenir et c'est bien. Envie de montrer que l'on peut sortir de prison la tête haute. C'est bien. C'est bien !

Et ce n'est pas donné à tout le monde de lever la tête et de rester digne, après ce qui s'est passé. La mort de votre époux aurait pu vous anéantir, vous démolir totalement mais non, non… ! Quel espoir vous représentez pour l'administration pénitentiaire, Mademoiselle Lartimont !!!"

 

Blabli blabla… Faire 5 ans au lieu de 10. Retourner dehors, être libre. Le psy parlera des circonstances atténuantes, c'est évident. Il n'avait qu'à pas vouloir l'appeler Geneviève, la gosse ! Oui, non, c'est pas ça les circonstances atténuantes. Mais c'était quand même parti de ça : pour une histoire de prénom. Ce connard a sorti un flingue d'un seul coup. D'où ? J'ai essayé pendant 5 ans de savoir comment il avait pu s'en procurer une. Pouf ! Comme ça ! Sortie d'un tiroir de la chambre. Il aurait pu la tuer elle, il l'avait braquée, putain ! Braquer sa propre fille. Pour un prénom super moche. J'ai été super héroïque n'empêche. J'en ai rêvé plus de mille fois. Le bond que j'ai fait ! Bionique ! L'arme s'est retournée contre lui. À vrai dire, bien fait pour sa gueule explosée. Bien fait.

Une salle d'attente de psy, ça a le même style que la salle d'attente de votre docteur. Vous visualisez… ? Ben voilà… C'est comme ça.  Là, avec des sièges liés entre eux. Pas la peine de décrire, je suis restée debout et suis très vite passée. Quand on a des menottes, c'est fou comme on passe en priorité chez les médecins !

Lui, d'ordinaire si froid. D'ordinaire. Non, je ne l'ai rencontré qu'une fois… Bref, il a ouvert lui-même et m'a serré la main plus que chaleureusement. Il m'en a même pas voulu de garder un visage fermé, sans bonjour. Il m'invita à s'asseoir.

- "Mademoiselle Lartimont, durant 5 ans, votre attitude a été pour le moins exemplaire. Vous avez mené…

- Je suis schizophrène, Monsieur.

- Vous dites ?

- C'est bien comme ça qu'on dit ? Quand on se prend pour quelqu'un d'autre, qu'on entend parler des potes invisibles ? ». Il se mit à tourner très vite les pages de mon dossier grand ouvert sur son bureau.

- "En aucun cas il n'est mentionné…

- Bah ! Pourtant. Ça vous la coupe, hein ? Moi qui suis un espoir de l'administration pénitentiaire. Du moins j'imagine que c'est comme ça que vous m'appelez avec le Directeur. L'Espoir de l'Administration Pénitentiaire… Mmh ?

- Pourtant Mademoiselle Lartimont, vous avez mené de front…

- Rien à battre du Ministère. Ça, c'était pour satisfaire mon Prof. Cyril. Rien à foutre des chiffres.

- Cyril… Votre professeur attitré au sein du CNED ?

- Hein ? Non. Cyril, seulement. Mais vous ne pouvez pas le voir. Shizo, vous comprenez ?

- Bien bien… Et vous pouvez me parler de votre ami… Cyril ?

- Non. Il préfère rester incognito. Il est très secret. De Ghislain, peut-être, par contre.

- Ghislain ? Ah. Oui, et qui est-il ?

- C'est un bon ami.

- Mais c'est fantastique ça, Mademoiselle Lartimont ! C'est un Visiteur Carcéral ?

- Non, il est très fréquemment en opération ici et là. Difficile de le croiser. Il est à la fois pompier de jour et policier la nuit. Le feu ou la planque.

- Le feu… Ou la planque… Mademoiselle Lartimont. Seriez-vous en train de vous moquer de moi ? Je crois que je comprends votre petit jeu, Mademoiselle Lartimont. Je suis désolée, mais la décision de vous faire sortir de prison est d'ores et déjà prise. Il est vrai que… Ici, vous avez toujours été nourrie, logée et blanchie, mais il ne faut pas avoir peur d'affronter un nouveau lendemain ! Inutile de vous faire passer pour ce que vous n'êtes pas".

 

Le rendez-vous n'a pas duré très longtemps. Irrévocable, la décision. Le lendemain, je récupérai mes petites affaires que j'avais laissées à mon arrivée. Des trucs sans réelle importance. Je traversai la rue. Vision du film Les Ripoux : Lhermitte attendant Noiret à sa sortie de taule, avec l'idée de Tabac-PMU en tête.  

Un « bon ami » me fit un signe. Il devait ne pas être d'astreinte, ce soir…

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