Pourquoi ne jouer qu'à un jeu à la fois ?

colonelle

- « Eh Truc ! Tu viens ?!? ». Il était rare qu'il m'appelle comme ça. C'était plutôt « Je t'aime… Moi non plus » avec  Machin. Oui, on s'aimait, oui mais…

- « Il y a eu 1500 morts… » dis-je en tenant la rampe que les exposants avaient placée pour reconstituer le froid de l'air et de l'eau au moment du naufrage. Pour la commémoration, ils y avaient mis le paquet. Une expo sensorielle. Ils avaient été si doués que je m'étais mise à imaginer la mort. La barre, comme collée à mes doigts, me laissait des petits picotements d'orties. Le pire, c'est que j'aimais ça : penser que je n'aurais pas été dans LE canot de sauvetage. Que ma vie n'était qu'un CDD précaire. Qu'en 1912, tout le monde avait péri. Alors, pourquoi pas moi, là, dans cette pièce ?

 

- «M'enfin… ! » m'étais-je exclamée, excitée telle une maigre puce. De froid, j'avais les jambes en compote et machin voulait déjà s'en aller ! Soudain, toutes les petites molécules engourdies de mon corps me figèrent sur place. Mais par l'esprit, je voulais juste revenir en arrière pour faire partie de l'équipage. Ils y étaient presque tous passés.

 

J'eus un instant une pensée émue pour cette légende disant que les musiciens du paquebot avaient continué à jouer alors qu'il sombrait. Un stradivarius qui coule à pic. C'est très poétique, comme ça, juste dans un bref mouvement continu, de la surface de l'eau jusque dans les profondeurs.

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