(Ivresses -) prélude

Louise Mc.

Le regard mobile mais le corps fixe, je savais que mon attention s'était déjà détachée des autres, mélangés à la fumée, troubles dans un nuage de basses fortes et de voix qui se croisaient. Quelques fois, l'un d'eux retenait mon attention par un trait particulier de son visage, un angle inattendu ou une inflexion de voix singulière. Mais l'individu fondait aussitôt dans la confusion générale et je l'oubliais.

Sa présence à ma gauche, dont j'avais perdu la sensation à mesure que ma conscience s'évaporait dans des rêveries lointaines, s'était brusquement rappelée à moi. Un bras s'enroulait autour de moi. Vaguement irritée, je ne parvenais pas lui rendre la qualité de ses attentions, jusqu'à ce que je mesure la portée de ce qui était dit à mon oreille distraite. Son visage s'était s'approché avec quelques mots sur les lèvres. Étonnée par leur sens, j'avais trouvé qu'ils détonaient sur ce fond sonore. Quelque chose à mon adresse exclusive, dont seule je pouvais saisir la référence. 

Le couloir, l'ascenseur étroit, les rues, le pont, la nuit, le bruit, tout se fondit dans un parcours confus dont je n'avais plus la sensation que de lui, parcellaire, se manifestant à mes sens par fragments, et pourtant bien vivant. Il fallait s'arrêter, marcher vite, s'interrompre au milieu du pont devant les regards curieux de passants nocturnes, puis reprendre d'un pas plus vif. Pas une goutte d'alcool ne s'était immiscée dans mes veines, et pourtant, cette ivresse me donnait le vertige. Je repris mon souffle contre lui, appuyé au mur de la station de métro. Les mots revenaient se loger dans mes cheveux où il avait plongé ses mains. Ceux qui, prononcés plus tôt, avaient secoué tout ce qu'il y avait de vaguement inquiet en moi, embrasé ce qui sommeille dans les affres de mon subconscient. 

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