Récit Sur la Côte Ouest. (2)

Etaine Eire

…Elle ouvrait sa bouche pour lui répondre et la refermait aussi tôt. Elle avait un reportage en cours et n'avait pas de temps à perdre avec ce bel idiot. Elle rougissait à cette pensée qui venait de lui traverser l'esprit. Furieuse contre elle-même, elle s'éloignait dans la direction de son logement.

Maria décidait de prendre la rue Skala, elle avait trop envie de voir si le restaurant « La Licorne » était toujours ouvert. Maintenant plus personne ne pouvait l'empêcher d'aller s'y rassasier. La jeune femme salivait d'avance de cette cuisine marocaine traditionnelle que servait ce restaurateur.

La demoiselle se sentait chez elle quand elle séjournait à Essaouira Mogador. Cette ville, classée patrimoine mondiale de l'humanité, était jumelée avec sa ville préférée au pays de ses ancêtres, Saint Malo. Les deux cités avaient été construite par le même architecte français, Nicolas Théodore Cornut né à Avignon au dix-huitième siècle.

Voyant que « La Licorne » était toujours là, Maria, heureuse, continuait son chemin jusqu'à La Maison Des Artistes.

Le réceptionniste l'accueillait avec un sourire de bienvenu en lui remettant les clés de sa chambre. En pénétrant, la petite suite « Florence », la première chose que remarquait Maria était la licorne qui trônait sur la table en thuya. Un sourire se dessinait sur son visage légèrement rosé. Elle posait un doigt sur sa bouche et caressait ses lèvres délicatement. En fermant ses yeux verts, elle se mettait à penser au beau Tony, elle ressentait une chaleur se diffuser dans tout son corps. Elle secouait sa tête en se disant qu'elle était vraiment folle de craquer pour un homme qu'elle ne connaissait pas et qui lui manquait de respect.

Maria décidait de prendre une douche pour calmer son excitation, elle en avait vraiment besoin ses vêtements commençaient à lui coller à la peau. Avant de s'allonger sur le lit, elle enfilait sa nuisette rouge préférée. La douceur du satin, sur sa peau laiteuse, la faisait frissonner de plaisir.

En posant sa tête sur l'oreiller, elle repensait à son frère Dyan. Ses parents l'adoptaient au Burkina Faso à l'époque où leur père était diplomate à l'ambassade de France. Pendant ses études de philosophie, il rencontrait Dianeline dont il tombait follement amoureux . Elle donnait naissance à leur fille Angy à la polyclinique qui se trouvait chemin Ponts des Deux Eaux à Avignon. La jeune fille ne voulait pas être mère, elle abandonnait donc ses droits parentaux avant de disparaître. Toute la famille se soudait autour de Dyan pour l'aider à s'occuper de son enfant. Il n'arrivait pas à tourner la page concernant la mère de sa fille et sombrait alors dans l'alcoolisme. Le vingt-trois juin de l'année dernière, le jour de la Saint Jean, il percutait un camion qui arrivait en sens inverse parce qu'il envoyait un message à un de ses potes de beuveries. Lui et sa fille Angy décédait sur le coup.

Les larmes de Maria s'écoulaient en repensant à tout ce gâchis…

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