Réflexion Nocturne

Antoine Combeau

Réflexion nocturne, ou ces questions qui nous hantent tous lorsque la lune s'éveille et que notre esprit s'évade entre deux bars.

Hiver 2013, je sors une nouvelle fois de ce bar où mon âme vacille chaque nuit. La neige entassée au fil des semaines craque sous mes pieds, mon crâne diverge entre une perte de raison et cette envie qui m'envahit, m'évader. Je me pose sans cesse les mêmes questions, pourquoi suis-je si différent, pourquoi ma vie n'a aucun sens, pourquoi je me perds sans cesse afin d'essayer de comprendre ? Mon corps titube sur les pavés, encerclé par ces halos de lumières qui bercent mon ombre, j'allume une cigarette dans l'espoir que le temps s'accélère. Mes questions deviennent un peu plus vraisemblables, fuyant le sens existentiel de ma vie pour revenir à quelque chose de concret. On parle tous d'un certain mal-être, de cette envie de crever, d'en finir, de changer, d'évoluer, de partir… Tout le monde parle de cette crise de l'adolescence comme une mode qui est arrivée de nul part il y a 20 ans. Mais est-ce qu'une seule personne s'est vraiment intéressée au problème, a questionné des dizaines de jeunes souffrant de ce malaise ? On nous parle du changement de notre corps, de notre ouverture d'esprit. En toute simplicité, on nous avoue que cette société utopique de notre enfance n'est qu'un mensonge, qu'Orwell s'était tout simplement trompé de quelques décennies. Ils se corrigent sans réellement s'excuser de ce monde qu'ils ont eux mêmes bousillé.


« Hey ! » et merde qu'est-ce qu'ils font là sérieux ? Cette bande de potes que j'ai tout simplement voulu oublier afin de pouvoir changer. Une nouvelle invitation dans un énième bar que je ne peux refuser … en même temps qui oserait ? Imaginez-vous dans cet état de dépression, cette impression de léthargie, pensant que ce sentiment de compagnie momentanée pourrait tout changer. Alors je les suis, et me retrouve tel un pilier bancal face à cette serveuse dont la pensée perverse que j'ai, m'éveille.
« Un whisky coca s'il te plait » enfin du moins c'est l'impression de ce que j'ai pu prononcer si on enlève les bafouillages du gars légèrement amoché.
Mes yeux se baladent entre le fond de mon verre et ces spots qui m'aveuglent à chaque mouvement, se figeant sans prévenir sur cette magnifique blonde dont le bassin brasse l'air.
« On va fumer une garrot ? » merci Bastien qui me sort de ce songe hanté par cette fille que je ne reverrai jamais. À peine la porte franchie qu'une brise frappe ma joue faisant l'effet d'une claque qui me refait descendre de manière éphémère. Ma cigarette se consume, les discussions fusent, mon cerveau s'évade à nouveau inconsciemment. Je pense à demain, et ce mal de crâne qui me fera regretter le moindre verre. Je pense à cette phrase… c'est la dernière fois que je bois autant.

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