Rhapsoder

menestrel75

Rhapsoder c’est compiler et citer en désordre, mal arranger; parler, écrire à tort et à travers. 

« Je suis bien peu en poésie pour le moment; j'étouffe et suis en vraie langueur physique. Je rhapsode et recouds à travers cela de vieux articles pour une publication de portraits » (Sainte-Beuve)
Une rhapsodie est une œuvre instrumentale ou orchestrale de forme libre, composée de thèmes juxtaposés, d'inspiration populaire ou régionale telles les Rhapsodies hongroises de Liszt.
Alors, je reprends une vieille rhapsodie, sur un thème inversé, comme une suite de neo poèmes, accompagnés d'une mélodie silencieuse, à l'inverse de l'ouverture rhapsodique de Pelléas !


Je suis là, seul, immobile, au centre du salon de la maison aux volets bleus.
Il semble qu'il ne se passe rien, ou si peu de chose, et pourtant l'atmosphère est remplie d'un je ne sais quoi d'indescriptible,
une espèce de dualité entre un angoissant mystère et une stimulante exaltation.

Mais chut ! Tout ici se murmure.
Quelques bruits de pas, un souffle léger me frôle : quelqu'un s'approche, l'artiste est là, tout près de moi.

Sa main m'effleure lentement, comme pour me saluer, me rassurer aussi peut être.
Je perçois sa respiration, calme et apaisante, quelques secondes passent, elle se concentre sans doute.
Puis elle pose un doigt sur mon do, et déjà c'est une première vibration.
De la seconde main, c'est un premier accord, et aussitôt je ressens une harmonie exceptionnelle, qui donne le la.
Ces doigts font alors leurs gammes en gestes délicats, et m'embarquent pour Cythère dans une valse de sensations.

Elle n'a pas de partition, tout est émotion, improvisation.
Ses arpèges me parcourent en tous sens, ses glissandos délicats me ressuscitent. Serait-ce un adagio?
Ce premier mouvement est plutôt andante, c'est une douce sarabande.
Les notes continuent de s'égrener sous ses doigts, je ne suis plus l'instrument, je suis sa musique et je m'éparpille dans cette apesanteur.

La dominante est tonique, il n'y a aucun bémol à la clé ; c'est flamboyant, c'est du ré majeur.
Une ouverture, mieux un récital ; elle là pour moi et je suis tout à elle.
Quelques staccato stimulants, des trilles aériennes et caressantes,
et c'est dans une rhapsodie que me sentant prêt à défaillir, qu'elle change de cadence dans une descente smorzando des plus apaisantes.

Puis elle reprend l'impromptu qu'elle décline avec d'habiles variations :
ses mains légères vont et viennent avec la volupté d'un ange offrant son rêve d'amour.
Elle est toute à son art, je suis transcendé.
Je n'étais qu'un piano, qu'une naturelle anatomie destinait à de classiques sonates, me voilà un orchestre à moi tout seul. 

De mes duos de musique de chambre, je suis propulsé dans le final, allegro grazioso d'une symphonie fantastique.
L'artiste est totalement habitée par son œuvre, et l'instrument s'abandonne entièrement à son interprétation.
On voudrait arrêter le temps, rendre cette communion éternelle, prolonger cette envolée lyrique dans un mouvement perpétuel.

Le tempo est savamment contrôlé, et le crescendo des dernières mesures est maîtrisé avec une divine sérénité,
mes cordes se tendent un peu plus pour vibrer davantage, le final est en chœur, brillantissime,
et s'étire, langoureusement, de son point d'orgue vers un soupir rédempteur.
Soudain, un murmure se faufile… s'amplifie…
Une main se pose au creux de mes reins…
 
« J'ai eu en ta personne un merveilleux professeur.
Tu m'as fait découvrir la musique des sens,
Le rythme des envies romantiques
Et des désirs érotiques… Tu es chez Ton Ariane,
Je t'accueille en ma tour, tu es le seul à y accéder,
Tu es le seul à donner à Ariane l'attente de tes fessées,
Mais pour l'instant, je dois appeler ma soeur jumelle,
c'est elle qui ôtera ton bandeau,
C'est elle et elle seule (avec moi) qui te mettra nu… »


C'était dans un autre temps, un temps révolu, les temps changent, comme les gens

  • Une rhapsodie qui m'emporte si bien dans des rêves en folie...

    · Il y a 4 jours ·
    Louve blanche

    Louve

    • Bien content d'avoir contribué à vous faire voyager

      · Il y a 2 jours ·
      Cavalier

      menestrel75

  • Magnifique ! Grandiose ! Une symbiose, une symphonie fantastique et vice versa ! Accord des on, ondes, vibrations, notes de musique où les mots sont inutiles, j'aime le silence immobile d'une rencontre... qui rend tout contre, quand les sens se répandent, quand les sons, les échos se répondent.
    " Quel est ton nom ? Mélodie, Mélodie Nelson. "
    Mélodie, harmonie, rhapsodie de Liszt, rhapsodie en bleu, en gris, petite musique de nuit ne nuit jamais.
    De la portance, de l'importance des choses, de l'impermanence des choses et des gens.

    · Il y a 5 jours ·
    63fcd1e4da yeux 1152

    sensitive

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