Schizein

Alison

Violette adorait la peau laiteuse de Cassandre. Elle la serrait aussi fort qu'elle pouvait pendant que les perles d'eau ruisselaient lentement sur leurs deux corps. Cassandre prit place dans la baignoire aux cotés de Violette, sans pudeur. Elles se connaissaient bien, cela faisait longtemps qu'elles arpentaient les baignoires ensemble. Des petites, moyennes ou grandes, blanches, noires ou bleues, miteuses ou luxueuses. La décoration importait peu du moment que les hanches de Cassandre se collaient contre le bas du dos de Violette.

- Je pense qu'ils reviendront tu sais, je ne suis pas sotte. Puis, de toute façon tu t'en fous. 

Violette tira une bouffée de nicotine et la rejeta violemment. Elle savait qu'il était bien difficilement de continuer à vivre dans cette situation. Elle le savait, dans quelques minutes, quelques heures, quelques jours, elle serait séparée de Cassandre, à jamais. Soucieuse, elle regardait les gouttelettes de pluie frapper la vitre de la chambre, pensant à la future scission. Cassandra ne s'inquiétait guère, elle ne s'inquiétait d'ailleurs jamais. Elle se contentait de barboter dans l'eau chaude laissant Violette dans une profonde méditation. Cassandre restait souvent silencieuse, la parole n'était pas spontanée chez elle. Elle reflétait la douceur et la candeur de l'enfance, sans artifice, sans quelconque agressivité, sans réalité.

- Je ne plaisante pas Cassandre, ils vont nous séparer. 

Violette prit soin d'éteindre sa cigarette avant de caresser du bout des doigts la joue rosée de sa partenaire. Elle observait tant bien que mal chaque partie du corps de Cassandre qui était seulement vêtue d'une fine couche d'eau savonneuse. Elle l'aimait, elle l'aimait aussi fort qu'elle le pouvait. De la rousseur de ses cheveux ondulés, à son nez aquilin en passant par les nombreux grains de beauté qui ornaient son petit corps frêle, elle l'aimait tout simplement. Cassandre reflétait tout ce qu'elle ne pouvait pas être, tout ce qu'elle aurait aimé devenir et tout ce qu'elle enviait bien jalousement dans un petit coin de sa tête, au fond d'un tiroir mal rangé. 

Violette poussa doucement Cassandre sur le coté de la baignoire afin que ses pieds retrouvent le carrelage austère de la salle de bain. Elle attrapa le premier bout de tissu qui se trouvait à sa portée et se sécha vigoureusement les cuisses. Violette était la plus âgée, et sans aucun doute la plus forte. Derrière ses cheveux courts et noirs, on pouvait deviner des traits autoritaires et une carrure athlétique. Violette était sauvage et indocile. Elle remplaçait avec exactitude toute la famille que Cassandre n'avait pas pu avoir. Elle lui épluchait ses clémentines, lui lavait soigneusement les cheveux le matin, lui préparait tous ses repas. Mais toujours avec une certaine pudeur maladroite. Malgré ses airs de petit chef, elle avait cette drôle d'habitude de dormir agrippée à Cassandre, sûrement pour ne pas qu'elle s'envole, dans la nuit.

- Cassandre, ou as-tu mis mes pilules ? Je ne me sens pas très bien, il faut impérativement que je les prenne. 

Violette frotta énergiquement sa main sur son front, essayant de se rappeler le dernier endroit ou elle les avait vu. Ne trouvant rien dans sa mémoire trop encombrée, elle se gratta les avant-bras, nerveusement. 

- Cassandre, je cherche mes pilules et je ne les trouve pas. Ça ne m'amuse pas beaucoup, il faut que tu m'aides à les retrouver, s'il te plait. 

Elle mit la pièce principale sans dessus dessous espérant trouver les précieuses gélules. Elle chercha sous le lit, dans les petits recoins des tables de nuit, au fond des tiroirs de la commode en bois. Rien. Elle s'appuya de ses deux bras sur la commode et contempla attentivement son enveloppe charnelle dans la glace. Il était trop tard, elle entendit intrinsèquement un bruit sourd parcourir son esprit. Elle ferma les yeux et respira profondément pour faire taire le vacarme incessant. 

Et dans un souffle, Cassandre avait disparu.

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