Souk

Christian Lemoine

Il y avait là, sur cette bande de terre, en ce coin si densément peuplé, tout un charivari de chariots et de chars, de carrioles et de charrettes, et comme en grand apparat pèlerins et populace mêlés, qui se bousculaient et se haranguaient par-dessus les ridelles et les échines des bœufs. Tout cela composait pour qui l'observait de loin l'entrelacs fin et savant de guillochures colorées. Les voix de la même façon se mêlaient en une symphonie parfois criarde. « Ne passez pas-ici ! - Reculez-aussi vous-mêmes, par là donc, par là ! - Forcez-autant que pouvez, vous romprez-en ce lieu même, si ne consentez pas-à me laisser passer !.. » Cependant, malgré la hauteur des voix, la force parfois des abois et des cris, personne ne perdait sa bonne humeur ni son sourire. Étalés sur des grands tissus grossiers, les tubéreuses et les bulbes, les légumineuses et les céréales, venus du Darfour millet ou sorgho, des lointaines Somalies poissons séchés et coquillages, remontant par felouques les eaux fougueuses du Nil des onguents et des huiles, larges injeras d'Ethiopie et le puissant bérbéré, fasouliya de Port-Soudan ou criquets grillés du Tchad. Et au-dessus de tout cela, le soleil lançait comme un grand dais manigancé de mille poussières scintillantes.

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