Souvenirs de lire

Marcel Alalof

Souvenir de texte

Pendant mes années avec Danielle,je suis parti en vacances avec des romans de Sollers,le seul auteur à ce jour qui m'a permis de sauter autant de pages que je le voulais,sans provoquer en moi honte ou culpabilité.J'ai compris avec lui,que le lecteur n'était pas obligé de tout lire.Grâce à lui,j'ai compris que tout le monde pouvait écrire.Puis,je suis passé aux essais de Sollers,où j'ai découvert tout autre chose et son talent.Tout cela pour dire qu'on peut être grand écrivain sans savoir raconter une histoire.Aux confins de l'Ile-De-France,dans le lycée où j'ai fait mon internat,j'ai côtoyé celui qui m'a fait connaître "Les chants de Maldoror".Le livre était sur sa table,dans la salle d'études.Mais,il ne m'a jamais parlé du livre qui,sur le bureau,était son secret.Des années plus tard,je cherche presque par hasard Lautréamont dans les rayons  de "Gibert Jeune".Je me dis qu'il n'est plus vendu, car il n'est pas au rayon Littérature.Je vais m'en aller,renoncer;mais,au passage ,j'interroge le vendeur,ici présent.Il me répond qu'il est au rayon Poésie.Je le feuillette,sans le lire ou presque,mais je le sens.Je le prends d'occasion,parce que les quelques notes manuscrites, écrites à l'encre bleue dessus,me séduisent.Je lis "Les chants de Maldoror"pendant des années.Quand je l'ouvre,il fait le vide autour.Je lis quelques autres livres aussi,mais à quoi bon; ce sont des accidents de parcours,ou des "parents pauvres".J'ai découvert que la poésie était capable de tout.On ne meurt jamais quand on s'appelle Isidore Ducasse,etc .... Et avec un seul livre,on dispose de toutes les formes d'art ,en poche.Demander à Dali,De Chirico,aux surréalistes,ou aux vivants,par exemple.Et le lire.En août 1972,je suis assis au café "Le Luxembourg".A cette époque et pendant ce mois,"Le Monde" publie,sous forme de feuilleton "Le joueur d'échecs" de Stefan Zweig,qui me fascine.J'acquiers toutes ses oeuvres,à une époque où il n'était pas encore republié en France.Lui,Lautréamont,font partie de la famille. Merci à eux.

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