Suite 1 - Abracadabrantesque

menestrel75

Mot après mot, regard après regard, l'horizon se précise et ressemble étonnamment aux horizons rêvés et disparus.

Elle est tellement étonnée par son accueil, par cette sorte de galanterie légèrement affectée mais elle est certaine que tout dans son attitude est voulu, raisonné.
 
Il se rassoit en l'invitant d'un geste à prendre le fauteuil juste face à lui. Il la regarde, le regard souriant. Instantanément, son calme incroyable l'agace.
Elle sait qu'elle ne doit pas se laisser entraîner dans ce jeu-là,
elle n'est pas de force, tous ses désirs refoulés depuis des jours et des jours suintent sur sa peau.
Il ne fait pas si chaud, mais elle transpire légèrement,
elle sort un petit mouchoir de son sac et se tamponne la lèvre supérieure, en songeant que ses aisselles transpirent aussi.
 
« Ce geste est charmant, et même élégant, mais pourquoi donc avez-vous si chaud ?
Seriez-vous venue en vélo ou avez-vous couru ? » lui dit-il avec l'esquisse d'un sourire taquin.
 
« J'ai marché vite, je ne voulais pas être en retard… » et en répondant trop vite, elle comprend qu'il a réussi à la mettre en défaut.
 
« Deux coupes, s'il vous plaît » demande-t-il au maître d'hôtel.
Le rustre, pense-t-elle, il ne lui a même pas demandé si elle aimait le champagne.
 
Elle le regarde, elle ne l'imaginait pas ainsi (pourtant, combien de fois a-t-elle essayé de le dessiner, d'imaginer sa stature, combien de fois l'a-t-elle déshabillé dans ses rêveries…); assez imposant, ce regard tellement calme et pénétrant, sa façon d'être habillé, avec une certaine recherche mais dans un style décontracté.
Pas de cravate, costume de velours noir ; mais il est vrai qu'elle pense depuis bien longtemps que si un homme arrive à la séduire dans ses vêtements, si elle le trouve beau dans ses gestes et langage, elle sait qu'elle le trouvera beau une fois dévêtu !
                   Les défauts disparaissent face à la beauté d'un coeur !
 
Elle reprend son petit mouchoir, se donner une contenance,
elle en profite pour le regarder discrètement, une main calmement posée sur sa cuisse, l'autre sur l'accoudoir du fauteuil.
Et toujours ce léger sourire au bord des lèvres…(encore une expression idiote, où donc pourrait être le sourire ? comme les larmes aux yeux… encore que… parfois, c'est comme si de son sexe coulaient des larmes).
 
« Alors, chère Madame, qu'avez-vous donc à me dire ? Vous n'êtes pas venue à ma rencontre pour rester silencieuse ? »
 
" Offrez-moi ce verre de vin qui rend fou
Passez vos mains dans mes cheveux
Tirez ma tête en arrière 
Et buvez le sang de mes artères
Faites-moi tressaillir
Faites-moi languir
Prenez mes seins de vos lèvres
De mes mamelons, mordez-en le bout 
Et puis, et puis … »
 
C'est ce qu'elle voudrait dire, crier, lui lancer à la figure…
 
« C'est vous, cher Monsieur, qui m'avez donné rendez-vous, c'est à votre initiative qu'a lieu cette rencontre ; qu'avez-vous vous-même à me dire ? »
 
IL sourit plus largement, se penche pour prendre une coupe qu'il lui tend, en la regardant au fond des yeux.
Son regard lui fait le même effet que la vague de mots dont elle est submergée depuis des semaines…
Emotions, pulsions, envies mêlées… Elle se dit absurdement qu'elle a eu raison de mettre une culotte.
 
Il la regarde, ébahi.
Il la regarde, ravi.
Il se regarde, la regarde.
Il a peine à croire la réalité.
Il se retrouve face à lui-même
En se retrouvant face à elle.
Face à eux.
 
« Eh bien, en effet, je vous dis que je suis charmé de vous rencontrer, de pouvoir mettre un visage sur celle avec qui j'ai correspondu. Charmé parce que vous êtes charmante, chère amie,
Alors, buvons donc à cette rencontre, tout simplement ! »
 
IL voit la brillance de son regard, la légère transpiration sur sa lèvre, cette tension qu'IL sent en elle le ravit.
Il boit une gorgée puis lui tend son verre…
« Donnez-moi le vôtre, vérifions si nous saurons nos pensées mutuelles… »
 
« Offrez-moi ce calice de vie
Recouvrez-moi d'une
parure de baisers 
Invitez-moi au repas de fêtes
Faites-moi tournoyer sans les aires
Offrez-moi un envol pour ce monde
Faites se déverser ma fontaine
Faites couler ma cascade… »
 
Tout en goûtant à son verre, et osant le fixer dans les yeux,
elle se voudrait plus audacieuse, elle voudrait le déstabiliser,
lui faire perdre ce calme, cette assurance…
 
Il a perçu l'envol de ses pensées durant quelques secondes,
il lui sourit, à la fois taquinement et tendrement.
 
« Nous conversons depuis longtemps, nous nous sommes beaucoup écrit, nous avons parlé chacun de soi, nous avons pénétré l'univers intime de l'autre, et en confiance et sans grande pudeur, je dirais même en toute impudeur, oui ou non ? »
 
« Bien entendu… mais je crois vous avoir beaucoup plus révélé de moi que vous ne l'avez fait, manipulateur que vous êtes ! »
 
« Je viens de lire vos pensées, enfin, je crois les avoir senties, devinées…je l'ai vu aux paillettes qui ont envahi vos yeux, à l'accélération de votre respiration…
Pourquoi vous retenez-vous de me dire votre émotion ?
Vous ne cessez de gigoter dans votre fauteuil…ce qui me permet d'apercevoir que vous avez de fort jolies jambes…et je vous remercie d'avoir mis des bas et non un horrible collant ! »
 
Elle est abasourdie de l'intuition de cet homme, cet homme qu'elle a tant attendu de découvrir, elle se sent mise à nu, dévoilée, découverte, dépossédée de ses pensées secrètes.
 
« Vous savez que cela a été un profond plaisir pour moi de me préparer à cette rencontre ; je ne prends jamais de bain, vous le savez d'ailleurs, mais pourtant, ce matin, je me suis glissée dans une eau très chaude, parfumée, j'ai pour la centième fois imaginé ce moment, mes pensées virevoltaient dans tous les sens, vers vous, évidemment, c'est çà que vous voulez entendre ? »
 
Sans vraiment bouger, il lui tend la main, sans rien dire, juste du regard l'inviter à lui donner sa main. Il regarde sa main, ses doigts, retourne sa main, dépose un baiser sur son poignet, puis un autre sur le bout de son index, le laissant contre ses lèvres, en la regardant intensément, entrouvrant légèrement ses lèvres.


Elle frissonne, ne s'attendait tellement pas à ce baiser-caresse torride, elle le regarde, regarde sa bouche, puis ses yeux encore ; malgré elle, son doigt caresse ses lèvres, va-t-elle glisser son doigt dans sa bouche ; il semble attendre, son regard toujours brûlant.
 
« Votre doigt porte un parfum très doux, celui de votre peau, je suppose ; je devine qu'il a bon goût ; pourquoi hésitez-vous à me le donner ? »
 
Elle sait qu'il sait qu'être ainsi en public, même si le bar très cosy est calme et permet de ne pas avoir de voisins à 50 centimètres, la paralyse un peu. Ne lui a-t-elle pas dit qu'elle était assez pudique ? Mais ne lui a-t-elle pas avoué qu'il lui mettait le feu aux entrailles ?
 
IL lèche tout doucement l'extrémité de son index,
le saisissant un peu entre ses lèvres, ce baiser la fait frissonner, la bouscule, des images l'assaillent, est-ce le champagne,
est-ce le trop-plein de sensations, d'envies, son sexe trempe la jolie culotte qu'elle avait choisie, elle en est aussi heureuse que troublée, presque honteuse qu'il devine…
 
« Puis-je vous demander une faveur ? » lui demande-t-il, avec son doigt toujours entre ses lèvres.
Elle ne peut faire qu'un signe de la tête, tant elle est émue.
 
« Donnez-moi votre culotte… »
 
« Me donnerez-vous votre slip ? »


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