Suite 3-Abracadabrantesque

menestrel75

Elle prend conscience d'être sous le charme de sa voix, basse, rauque par moments ; et le regard qu'il pose sur elle est souvent comme une caresse.
Elle est tellement avide de caresses, tellement en manque de ces caresses.
Ce diable d'homme qui a réussi à la faire venir, elle, si prudente, si craintive même ; bien qu'elle tente de s'en défendre, elle éprouve une confiance instinctive.
Ce qui augmente sa crainte de tomber dans ses rets.
Elle reprend sa coupe et se remplit la bouche du champagne encore frais ; elle le regarde, se sentant rougissante de faire ostensiblement des bulles avant de boire …
 
« Moi aussi, j'aimerais. J'aimerais beaucoup… Le feriez-vous vraiment ? »
« Là, je ne comprends pas ; que voulez-vous dire ? Qu'aimeriez-vous donc ? »
 
Elle est estomaquée qu'il ait deviné ; mais a-t-il vraiment deviné ou fait-il encore semblant, pour la provoquer ?
« Je comprends votre hésitation… le lieu ne s'y prête guère… Plus tard peut-être…Ailleurs… »
« Ailleurs ??? »
« Mais oui, nous n'allons pas passer toutes les heures à venir dans ce bar, aussi confortable soit-il !
N'avez-vous pas faim ? »
 
S'il savait la faim qui la tenaille ! Elle est affamée…
Elle ferme les yeux, le souffle lui manque… Entendre ce mot « faim » l'a plongée dans une rêverie intenable…
 
« J'ai faim de toi, de tes mots, de ton ventre, de ton plaisir, de tes cris
De mes peurs et des tiennes,
De ta présence, de ta liberté, de ta folie, de la mienne
J'ai faim à avoir toujours faim
Maintenant, ici, viens auprès de moi
Notre première fois, redemande-moi ma culotte,
Je fermerai les yeux quand tu regarderas combien tu me fais couler,
Ferme les yeux, laisse toi aller,
laisse-moi aller en toi, pendant que je te caresse
Je te parlerai quand je te prendrai en pleurant de joie
Et quand je te parlerai je viendrai tout doucement
Poser mes lèvres contre les tiennes
Et puis me pousserai
Pour descendre encore plus intimement en toi
Pour un partage de mes lèvres à toi
Sur ton sexe, sur ta peau
Juste comme si je discutais avec ton être..
Et de mes mains posées sur ton sexe
Tu te laisseras, abandonné à moi
Et je t'embrasserai
Avec ma langue
Avec mes seins
Et je m'écarterai un peu
En te suppliant juste de venir poser tes lèvres entre mes cuisses
Et tu m'amuseras, je t'amuserai
Et de temps en temps tu laisseras mon entrecuisses
Pour venir me délivrer ta langue contre la mienne, entre la mienne »
 
Il l'a regardée, il la trouve touchante, les yeux fermés, il comprend qu'elle se débat contre elle-même, contre son attirance…
 
« Tu es belle quand tu luttes contre toi-même, je ne te cacherai pas mon émotion de te voir enivrée de désirs ; je te le confie, rien qu'à toi, le désir m'enivre aussi, ne l'as-tu pas senti ? »
 
Son tutoiement, son regard en prononçant ces quelques mots, la plonge dans un délicieux abîme d'exaltation ; elle prend une nouvelle fois conscience que sa sensualité est autant excitée que sa cérébralité.
 
« Ce tutoiement soudain me fait chaud au cœur… Depuis le temps que nous nous connaissons, je veux dire, depuis tous ces jours et ces jours et ces nuits où nous nous écrivons, où nous nous parlons, c'est la première fois… Non, ce n'est pas tout à fait exact… Moi, je vous ai déjà tutoyé, dans mes pensées…»
 
« Il y a toujours une première fois à tout… Excusez-moi quelques minutes… » dit-il en posant quelques billets sur la table.
 
Il s'extraie du fauteuil en lui souriant légèrement, elle le regarde, elle s'aperçoit que, le voyant de dos, sa carrure est plus imposante qu'elle ne le pensait. Mais que va-t-il faire ?
Peut-être une envie pressante, comme celle qu'elle éprouve depuis un petit moment, mais non, elle le voit parler au maître d'hôtel.  
Pourquoi a-t-il payé ? S'il partait sans un mot ?
Lui aurait-elle déplu ? A-t-il vu en elle, une femme désemparée, une femelle affolée ?
 
Elle ne veut pas avoir l'air de regarder… mais elle ne peut s'empêcher d'épier.
Elle le voit mettre la main à l'intérieur de sa veste…
Flûte, pense-t-elle, pourquoi se tourne-t-il ?
 
A présent, elle ne le voit plus.
Elle a vraiment envie de faire pipi, mais elle n'ose pas ; s'il revenait entretemps et qu'il pense qu'elle est partie.
Surtout pas. elle serre mécaniquement les cuisses, elle sent à quel point cet homme la trouble.
A-t-elle eu tort de ne pas lui donner sa petite culotte ?
Elle mourait d'envie d'oser le faire, tout au fond d'elle-même assez fière d'arborer une culotte trempée.
 
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