Suite - Abracadabrantesque

menestrel75

Les contes ont cette particularité d'être doués d'ubiquité temporelle. Le temps n'a pas de prise sur eux puisqu'ils renaissent le jour d'après, le mois d'après, l'année d'après.
Dans le secret de son cœur, elle lui parle toutes les nuits
Bien souvent, tendrement, elle le nomme mon Ami
Dans le secret de son cœur, Il lui murmure doucement
Que toujours, il sera là même dans les plus durs moments
Comme une folle litanie elle invoque mille fois son nom
Et elle se sent protégée par lui qui est son démon. 
Dans le secret de son cœur, elle ne le vouvoie jamais
Parce que c'est ainsi que leur accord est parfait
Cela n'empêche nullement la plus grande des Tendresse
Qui vole vers eux tout le temps comme une douce caresse. 
Dans le secret de son cœur, tout le temps elle pense à lui
Elle se voit bien tranquillement reposant entre ses bras
C'est alors que, simplement, elle pourrait dire comme Barbara
« Vous Monsieur, la plus folle histoire d'Amour c'est Nous. »
 
Mais, elle sait qu'elle ne peut plus reculer, elle ne le veut pas.
Elle se souvient qu'il lui a dit… « vous viendrez à moi, Ma Salope. »
Non, il n'a pas dit "ma salope"... Elle le regrette confusément.
Et elle, ni pute, ni soumise s'est rendue au rendez-vous…
IL lui a dit… je vous attendrai au bar.
 
Elle sait qu'il est plus vieux qu'elle.
Elle n'a jamais osé lui dire que la différence d'âge lui plaisait.
Elle en avait trop rencontré, connu, parfois aimé, des hommes de son âge.
Trop souvent immatures, sans grande expérience mais matamores.
Elle sait qu'elle est en perdition et elle recherche avidement un guide, un homme qui a vécu, qui connaît la vie mieux qu'elle, un homme capable de lui montrer le chemin, à la fois attentif, prévenant, mais autoritaire, n'ayant pas peur de montrer sa tendresse.
Elle se fout de son âge, elle ne cherche pas un étalon.
IL lui est apparu si mûr, si cultivé, tellement cérébral.
 
Elle est là, maintenant…
 
Elle lui en veut vraiment de ne lui avoir rien dit.
Elle lui a demandé comment il souhaitait qu'elle soit habillée, par exemple, maquillée un peu ou beaucoup, en robe ou en pantalon.

Rien ! Pas une seule indication. Juste quelques mots anodins mais provocateurs :
« Faîtes donc selon votre inspiration, rendez-vous belle, si vous voulez me séduire »
Elle l'aurait giflé. En pensée seulement.
 
Elle l'aperçoit, tranquillement assis dans un profond fauteuil anglais.
Un très léger sourire aux lèvres, son regard la suit.
« Pourvu que je ne me prenne pas les pieds dans le tapis…»
Elle se sent rougir. Sans rien comprendre, son sexe mouille instantanément.
En quelques secondes, Elle passe en revue mentale sa tenue.
Elle voulait ne pas mettre de culotte, le provoquer, enfin prendre l'avantage.
Elle n'a pas osé, craignant que si… Il devait s'en apercevoir, il la trouve vulgaire.
Pas après pas, ce bar lui paraît interminable, elle s'approche.
Lentement, il se lève, les yeux fixés dans les siens.
Elle va pour l'embrasser ; quelle erreur ! il prend sa main, la fixant intensément, la porte à ses lèvres ;
non, il ne fait pas un baisemains. Elle découvre ce que peut être un baise-doigts, tout à la fois léger et tonitruant.
A-t- elle la teinte d'une cerise, d'une tomate, d'une pivoine ?
C'est elle maintenant qui s'en veut de ne pas oser.
 
Il la regarde, tentant de dissimuler son émotion, ses réactions.
Il la regarde et essaie de faire taire son romantisme.
Il la regarde enfin pour se convaincre qu'il ne rêve pas.
Il la regarde et comprend qu'il est en grand danger.
 
            Que vont-ils oser ?


Signaler ce texte