Sur l'imaginaire

vionline

Dans quel Scary Movie, mon ami, mio pover'uomo, dans quel mauvais cauchemar t'ai-je donc plongé ?


L'imaginaire crée des formes réelles, donne des coups. J'aurais pu rêver d'une vie idyllique où tout est merveilleux et où la nature qui nous sert de décor sent la rose et le chocolat. J'aurais pu songer au succès, à l'argent, au soleil. Tout n'aurait été que félicité: le sable fin ou les neiges éternelles sur les montagnes, les fouler en vacances perpétuelles, le calme, l'amour, un cocon pour toi et moi, une enfance privilégiée pour nos descendants, cette maison que tu cherches quelque part où il ferait bon vivre, celle dont le jardin pourrait aussi m'attendre.
Mes pensées qui trouvent écho dans le quotidien, c'est à n'y rien comprendre, au jour-le-jour qui raconte mes idées. Le problème... le problème...


C'est que je m'en suis aperçue alors que j'allais mal, alors que j'étais triste et perdue. Je me suis défendue, car c'est saugrenu, hein, de penser qu'un avion de chasse qui fait bang doit vouloir dire qu'une oreille s'est violemment débouchée ? C'est con, absurde, mais c'est mon lot. Une fois qu'on y croit une fois ou deux, l'engrenage s'affole. Et si on soutient mordicus que non, on ne peut absolument pas croire à tout ça eh ben... l'engrenage s'affole tout pareil ! Je me suis (dé)battue parce que mon impression première a été d'avoir perdu mon identité. Oui c'est bête, oui c'est idiot !


Je m'en prends plein la gueule depuis toujours parce que je n'ai pas rêvé d'un paradis terrestre. Et depuis que je me sens plus libre, ça me pousse à revenir aux paradoxes que j'ai vécu autrefois. Je crois qu'il aimait me pousser dans mes retranchements, me faire peur. Pour venir me rassurer juste après. Tu sais, l'image du plaid dont on se couvre en laissant la porte-fenêtre du salon ouverte, en plein hiver...


Comment aurais-tu réagi si on t'avais dit que tu peux avoir tout ce dont tu désires ? Moi j'ai été méfiante immédiatement. J'ai vu les mauvais côtés que cela peut provoquer. Ils en rient comme des tordus, maintenant.


Mais mon avis reste le même: tous les vœux ont un revers. Ceux qui nous les accordent s'arrangent pour donner double, triple, quadruple sens à ceux-ci. C'est pourquoi je n'en fais pas. Juste un seul, j'en ai fait un et je me suis rendue compte qu'il pouvait être compris de mille et unes façons.


Pourtant, malgré ce que je dis là, je ne crois pas à la magie. Il n'y a pas de bon ou de mauvais génie ailleurs que dans des contes.

Tu te fous de ma gueule avec ça, limite dédaigneux, ce que je peux comprendre (ma susceptibilité essaye d'accepter). Rien n'est irrationnel: notre autosuggestion fait tout toute seule, nous nous persuadons, nous dissuadons. Ma vie tourne alors étrangement et une partie de moi qui sait réagir, non, ne peut pas tout régir.


Mon imaginaire crée des formes réelles. Peut-être est-ce tout naturel: on donne vie à ce qu'on pense, comme tout le monde. Mais quand je vois parfois que ce que j'ai pensé est arrivé au voisin sans que je n'intervienne, ça, ça restera toujours trop bizarre pour moi.


Alors moque-toi, ça n'y change pas grand chose, si ce n'est que je me sens de plus en plus coupable d'avoir un jour été malheureuse.

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