Take a risk

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La villa éclairait le terrain comme en plein jour, elle ressemblait à un phare guidant les bateaux à travers la nuit. Au loin l'océan Atlantique semblait calme et une légère brise salée agitait les palmiers de l'allée centrale. Un iguane mâchouillait un brin d'herbe en regardant un insecte avec appétit, il n'eut aucune réaction lorsque le portail gigantesque de la propriété s'ouvrit pour laisser entrer une petite voiture noire qui se gara à proximité de l'entrée. La portière s'ouvrit laissant apparaître une jeune femme brune qui se dirigea vers l'entrée, elle frappa contre le bois de la porte et pénétra à l'intérieur sans attendre de réponse.


La gouvernante s'approcha lentement en souriant, vêtu d'un ensemble noir, de type hispanique, Mariella récupéra le manteau de la visiteuse en la saluant avant de s'enquérir des dernières nouvelles puis elle la guida jusqu'à l'immense terrasse où le dîner venait tout juste d'être servi. Un couple attablé, sirotait un grand cru en mangeant un plat à base de poisson qui rivalisait avec la gastronomie huppé des plus grands restaurants. Ils échangeaient quelques mots éparses sans prêter attention à la sublime vue qu'ils avaient du ponton ou encore aux divers serveurs et assistants qui virevoltaient autour d'eux. Lorsque la jeune femme arriva à leur hauteur, elle s'arrêta pour les observer comme si elle se trouvait devant un tableau de déjà vu, à vrai dire, cette sensation durait depuis vingt huit ans maintenant. C'était toujours la même chose, le même luxe, la même opulence extravagante qui frisait parfois la folie démesurée et écœurante mais c'était sa vie et d'une certaine façon, elle la rendait heureuse.


"- Bonsoir.

Le couple releva la tête.

- Ah bonsoir chérie."

Le femme était âgée d'environ soixante ans, le teint bronzé, les cheveux dorés, bien maquillée, bien habillée, avec des manières posées, un timbre de voix clair mais qui reflétait l'assurance et l'autorité, elle était étincelante sous les projecteurs de la villa à l'image des diamants qu'elle portait sur elle. L'homme quand à lui était grand, carré des épaules, les cheveux grisâtres avec une barbe naissante. Il portait un costume sombre, il était sûr de lui et imposait sa personnalité et son charisme sans avoir besoin d'ouvrir la bouche.


La jeune femme se pencha vers sa mère et l'embrassa sur la joue avant d'aller saluer son père qui esquissa un vague sourire.

"- Désolée pour le retard mais c'était la cohue au rez-de-chaussée.

L'homme émis un petit grognement et sa mère s'empressa de lui faire les gros yeux. Oups sujet tabou. Un soupir s'échappa de la jeune femme qui s'installa à table alors qu'un des serveur se dépêchait de lui servir son assiette.

- Si tu nous disais plutôt comment c'est passé ton rendez-vous avec Ashley ?

Malgré une petite irritation qui lui nouait l'estomac, la jeune femme esquissa un sourire avant de répondre à sa mère.

- Très bien, elle m'a proposé plusieurs choses pour les couleurs mais après mûre réflexion, je pense que je vais rester sur un ton plutôt pastel, avec du rose pâle, du jaune, du blanc.

- Oh tu es sûre de toi ? J'avoue que l'idée du contraste rouge vif et blanc me semblait beaucoup plus glamour et romantique.

La déception s'entendait dans sa voix, sa fille n'avait pas besoin de voir l'expression de son visage pour le comprendre mais malgré ça, elle se redressa et appuya ses mots.

- Maman...S'il te plaît, il s'agit de mon mariage et j'ai envie de faire de cette journée quelque chose qui me ressemble et qui me laissera un souvenir impérissable."


Un mariage moins tape-à-l'œil...Du moins c'est ce qu'elle espérait. Bon bien sûr, il faudrait qu'elle accepte quand même l'extravagance du lieux à savoir le St-Regis Hotel de Miami, un palace cinq étoiles mais c'était une contre-partie qu'elle était prête à accepter à condition que le reste des décisions lui reviennent, à ELLE !


Le dîner se termina sans autre accroche et bientôt les parents de la jeune femme prirent congés pour aller se coucher. Elle resta un moment sur l'immense terrasse à contempler les lumières éclatantes de la ville un peu plus loin qui se reflétaient sur l'océan légèrement agité par le vent. Elle poussa un profond soupir avant d'entendre son téléphone sonner. Il s'agissait d'un message de son fiancé, elle esquissa un sourire avant de le lire.

"- Je suis bien arrivé, tu me manques, ils sont tous en train de parler de la bourse, super week-end en perspective !

- Courage ! Moi je dois faire un choix crucial entre les différents tissus pour recouvrir les chaises de l'hôtel...Tu me laisses toujours carte blanche ?

- Je te fais entièrement confiance, je sais que tu feras les bons choix.

- C'est surtout pour ne pas te mouiller !

- Évidemment mais c'est plus subtil de te dire que j'accepterais toutes tes décisions...Je dois y aller, première vidéo conférence. Je t'aime.

- Je t'aime aussi, bonne nuit."


Elle reposa son portable et avala le reste de vin qui se trouvait dans son verre. Au même moment la gouvernante arriva avec un gilet qu'elle lui tendit.

"- La nuit commence à se rafraîchir.

- Merci Mariella.

- Ne traîne pas trop dehors, tu te lèves tôt demain.

- Oui...Bonne nuit.

- Bonne nuit Rachel."


Après encore quelques instants à regarder l'horizon, la jeune femme monta dans l'immense suite qui lui servait de chambre. En refermant la porte, elle scruta chaque centimètre, elle ne vivait plus ici depuis dix ans mais à chaque fois qu'elle venait y passer la nuit pour une raison ou pour une autre, c'était toujours la même sensation qui s'emparait d'elle, une étrange oppression et un sentiment bizarre comme si elle n'était pas vraiment chez elle, alors qu'elle y avait passé toute son enfance. La pièce était d'une blancheur immaculée et quelque peu impersonnelle, il n'y avait pas beaucoup de photos ni de couleurs chatoyante. Son dressing regorgeait encore de vêtements et d'accessoires qu'elle n'avait jamais porté et sa salle de bain possédait toujours une multitudes de produits de beauté dont elle ne connaissait pas l'utilité.


Rachel Elizabeth Davies était le deuxième enfant d'un couple dont l'héritage familial n'était plus à découvrir dans le milieu de la haute société de Floride et du reste des États-Unis. Sa mère, juge à la cour suprême de Tallahassee depuis sept ans maintenant avait largement fait ses preuves dans le système juridique américain. D'abord avocate puis procureur, elle avait travaillé d'arrache pied pour obtenir un poste de juge de district avant d'être nommé au plus haut poste judiciaire, elle travaillait quatre jours dans la semaine à presque huit cent kilomètres de Miami mais ça en valait largement la peine compte tenu de sa notoriété. Son père quand à lui avait choisi un tout autre domaine : la chirurgie plastique. Connu à travers tous le pays, il fallait en général un an voir deux pour obtenir un rendez-vous avec le tant convoité Dr Davies, qui agissait comme un véritable magicien au milieu du silicone et des bistouris. Ses parents croulaient sous les propositions les plus influentes du pays et ils nageaient au beau milieu des dollars américains à ne plus pouvoir les compter. Ses grands-parents avaient bien bâtis le terrain : son grand-père lui même médecin avait participé à la première transplantation cardiaque aux États-Unis, quand à sa grand-mère, elle n'avait jamais travaillé à proprement parlé, elle était issu d'une longue lignée d'aristocrates anglais, venus s'installer sur le nouveau continent pour accroître sa fortune déjà colossale et qui provenait des colonies africaines et asiatiques dont le commerce en tout genre avait fait fructifié leur nom de famille, elle s'était donc contenté de faire résonner leur patronyme dans les clubs huppés du pays, à des galas de charité ou dans le monde de l'art qu'elle adorait particulièrement.


Le couple Davies s'était rencontré sur les bancs de la faculté d'Harvard, une université de l'Ivy League formatant les dirigeants de demain et les personnalités les plus influentes du monde, ils ne s'étaient plus quittés depuis. Un premier enfant avait vu le jour un an après leur mariage à leur sortie de la fac, une fille prénommée Rebecca. Âgée aujourd'hui de trente trois ans, elle vivait confortablement à Los Angeles où elle officiait dignement comme avocate dans un cabinet privé très sélect. Digne héritière de la lignée Davies, elle avait épousé il y a deux ans un riche entrepreneur d'import export, ils vivaient dans une villa luxueuse sur les hauteurs d'Hollywood, ils avaient un petit garçon d'un an et Rebecca avait presque autant de diamants aux doigts et dans sa boîte à bijoux que de dollars sur son compte en banque.


Cinq ans après l'arrivée de leur fille aînée, Rachel avait vu le jour un soir d'hiver. La petite fille était totalement différente de sa sœur, plus calme, plus souriante, moins matérialiste, sa personnalité était plus émotive, plus douce, cela était peut être du au fait que Sarah Davies avait pris ses distances avec son rôle de mère, confiant le soin de l'éducation de sa deuxième fille à Mariella. Sarah n'avait pas voulu faire perdre un temps précieux à sa carrière en reproduisant le même schéma qu'avec Rebecca, qu'elle avait élevé seule. Mariella avait alors mis des barrières à Rachel lorsqu'elle n'était pas assez polie, lorsqu'elle faisait des bêtises, elle l'avait consolé lorsqu'elle était triste, lue des histoires le soir, elle lui avait appris à cuisiner, à faire la lessive car tout ça intéressait la jeune femme qui passait beaucoup de temps avec elle. Sa sœur aînée allait déjà à l'école à l'époque, les deux sœurs ne passaient pas beaucoup de temps ensembles, ce qui faisait qu'elles ne pouvaient s'influencer l'une et l'autre et avec le temps elles étaient devenus quelque peu étrangères, car l'aînée de la famille avait reçu une tout autre éducation, plus laxiste et plus extravagante.


La fratrie s'était une dernière fois agrandie avec l'arrivée d'Oliver, sept ans après Rachel. Il était l'archétype du garçon riche, qui claquait des doigts et obtenait toujours ce qu'il voulait. Sarah avait été ému aux larmes en apprenant que c'était un garçon, elle avait donc mis sa carrière entre parenthèse une nouvelle fois pour choyer son petit protégé, unique successeur mâle du nom des Davies.


Des trois enfants, seule Rachel n'avait pas hérité de cette personnalité outrancière. Sa sœur était membre d'un country club ultra huppé de la côte ouest, alors qu'elle avait seulement une carte de membre à la bibliothèque du comté, son frère roulait en Lamborghini, elle possédait une petite voiture noire passe partout, sa mère dépensait trois milles dollars pour un pantalon, elle possédait encore un jean datant du lycée et son père fumait des cigares et buvait du whisky dont la somme ne devrait même pas être énoncée, alors que son plat préféré à elle, était les nems du vieux traiteur chinois au bout de sa rue. Et pour couronner le tout, elle prenait le train lorsqu'il fallait qu'elle se rende à Tallahassee chez sa mère au lieu du jet privé de la famille, car elle détestait l'avion. Seulement pour coller à l'image familiale, pour les soirées privées dont ils devaient s'acquitter, pour ses amis, pour son fiancé et même parfois pour son travail, elle avait du apprendre à aimer le luxe et à l'afficher ouvertement.


Les trois enfants du couple avaient tous très bien réussi leurs études : Rebecca dans le droit, Oliver dans la finance, quand à Rachel elle avait choisi la médecine. Comme son père...Enfin pas tout à fait. Lorsque la jeune femme avait annoncé à ses parents son intention de postuler à Harvard pour entrer dans le cursus médical, William Davies avait esquissé un immense sourire, il avait en l'espace de quelques secondes, déjà en tête l'idée que sa fille associerait son nom au sien dans le prestigieux cabinet esthétique qu'il dirigeait. Mais malheureusement ses projets étaient tombés à l'eau lorsqu'une fois diplômé, la jeune femme avait annoncé vouloir se consacrer à la pédiatrie. Arrivée à la fac à dix huit ans, elle avait travaillé comme une forcenée pour obtenir les meilleures résultats afin d'avoir son diplôme six ans plus tard avec mention puis d'intégrer l'internat de chirurgie pédiatrique pour une durée de quatre ans.


Aujourd'hui, elle travaillait au sein du plus grand établissement de soin pour enfant de tous le sud-est des États-Unis. Elle avait obtenu ce poste grâce à sa pratique juste et efficace et non pour son nom de famille. Elle assistait régulièrement à des conférences sur divers sujets car elle se passionnait réellement pour son domaine d'action, elle participait à des essais dans la recherche médicale touchant différentes spécialités comme le cancer, les maladies génétiques, la prématurité...Mais ce qu'elle aimait particulièrement c'était se retrouver aux urgences, elle donnait souvent un coup de main à ses collègues urgentistes afin de venir en aide aux petits bobos comme aux plus gros. Elle se délectait de cette proximité souvent éphémère avec les enfants, ils étaient sincères et fragiles tout en conservant cette force qui les faisaient sourire malgré tout. C'était pour ça qu'elle avait choisi cette branche de la médecine, pour cette philosophie de vie qu'ils lui transmettaient jour après jour, pour cette vérité qui sortait de leur bouche, pour ce sourire...Toujours...


… … … …


Le soleil brûlait sa peau à travers les immenses baies vitrées de sa chambre. Rachel se retourna pour recherchait un peu de fraîcheur mais c'était peine perdue. Elle jeta un regard sur son réveil et émit un petit grognement de mécontentement en voyant l'heure matinale. Au moment où elle se redressa son portable résonna lui annonçant un message de son fiancé. Elle esquissa un sourire avant de lui répondre et de se lever pour se rafraîchir sous une bonne douche.


Jeffrey McKesson, 32 ans, des allures distinguées, des cheveux blonds vénitiens coupés courts, un visage d'ange, héritier d'un patrimoine issu d'une longue lignée d'entrepreneurs et d'investisseurs datant de 1833. Il était aujourd'hui à la tête de l'entreprise pharmaceutique la plus riche et la plus influente des États-Unis voir du monde, qui en 2015 avait fait 179 milliards de dollars de chiffres d'affaires. Toujours centré sur le domaine médical, McKesson Pharmaceutique avait développé des investissements colossaux dans différentes branches technologiques et informatiques pour améliorer la prise en charge des patients, la gestion des dossiers numériques et bien évidemment la distributions du réseau médicamenteux à travers tous le pays.


Rachel et Jeffrey s'étaient rencontrés lors d'une conférence sur la recherche des maladies génétiques alors que la jeune femme était encore étudiante sur le campus d'Harvard. Jeffrey terminait juste son cursus sur les relations internationales, le management et bien sûr la finance, étant prédisposé avant même d'être diplômé, à devenir le nouveau PDG de l'entreprise familiale. Ils avaient échangé longuement leur point de vue sur la recherche médicale au travers des différentes avancées technologiques puis ils s'étaient perdus de vue quelques mois avant de se retrouver lors d'un grand gala de charité organisé par la grand-mère de la jeune femme à San Francisco où se trouvait le siège social de l'entreprise. Ils avaient flirté pendant quelques semaines avant de se retrouver plus intimement à New York lors d'une autre conférence. Ils avaient officialisé leur couple dans la foulée et ne s'étaient plus quittés. Bien sûr, Rachel étant originaire de Miami et Jeffrey de San Francisco, leur relation aurait pu être houleuse compte tenu des kilomètres qu'il y avait entre eux mais dès le départ ils avaient mis un point d'honneur à réduit cette distance à néant. Jeffrey avait immédiatement créé un bureau annexe au bord de l'Atlantique pour être avec la femme qu'il aimait, ne se rendant qu'une fois par mois en Californie pour régler les discutions qu'il ne pouvait gérer par vidéo conférence.


Au bout de six ans de relation, le jeune homme avait fait sa demande en mariage lors d'un voyage exceptionnel au Costa Rica où il avait organisé un dîner ultra romantique sur la terrasse de leur villa privée avec pour fond visuel la plage de sable blanc, les vagues claires et une petite brise qui amenait avec elle un parfum exotique d'exception. Le chef avait orchestré un menu composé uniquement des plats préférés de Rachel, puis juste après le dessert, Jeffrey avait entraîné sa belle sur la plage et là, alors qu'ils se promenaient les pieds dans l'eau tiédie par le soleil de la journée, il s'était mis à genou et lui avait tendu une boîte de velours noire. Le cœur de la jeune femme s'était emballée avant que sa respiration ne se coupe littéralement en découvrant la bague ornée de diamants. Son discours avait été très simple et la réponse de Rachel le fut tout autant...Oui...Oui elle avait envie de vivre le plus longtemps possible à ses côtés en portant son nom...Oui elle voulait officialiser devant leurs familles, leurs amis, devant le monde entier qu'ils étaient fait l'un pour l'autre...Oui elle voulait se projeter dans une future vie de famille en achetant une maison à eux, en ayant des enfants...Oui c'était cette vie qu'elle voulait...


Ils avaient terminé la soirée dans les bras l'un de l'autre, leurs soupirs se répondant, leurs plaisirs brûlant s'évaporant au contact des draps blancs du grand lit qui trônait au milieu de la chambre avec une vue imprenable sur la mer des Caraïbes. Le lendemain matin, la jeune femme avait longuement regardé son fiancé en esquissant un large sourire, elle n'aurait pas pu rêver d'une meilleure vie, elle se sentait heureuse, en sécurité et n'aspirait à rien d'autre qu'à poursuivre cette voie que le destin avait choisi pour elle.


… … … …


La table du petit déjeuner était très garni comme d'habitude, Rachel salua sa mère avant de se servir un café et de se préparer une assiette.

"- Tu as bien dormi ma chérie ?

- Oui...Papa est déjà partis ?

- Il avait un rendez-vous qu'il ne pouvait pas déplacer, il nous rejoindra vers 11h."

La jeune femme s'installa à table en soupirant en pensant à la journée qui les attendait.


Abigail Davies, la grand-mère de Rachel, organisait comme chaque année un grand gala de charité au profit du cancer du sein en plein cœur de Miami. Au programme : les plus sélects des invités, un défilé de mode par de grands créateurs, une présentation de joaillerie et bien sûr un menu concocté par un des plus grand chef du monde, le tout pour espérer récolter plusieurs chèques dont les zéros n'en finissaient pas. La journée devait se terminait par un grand dîner dans un palace de la ville avec une vente aux enchères d'objets d'art sélectionnés par Abigail en personne et dont la somme finale irait à la recherche médicale.


Rachel savait que durant le déroulement des festivités, tant la journée que pendant la soirée, elle devrait sourire, répondre aux questions, serrer des mains, et afficher un air décontracté alors qu'elle détestait assister à ça. Jeffrey ne serait pas là pour la soutenir, Rebecca ne serait présente que pendant le dîner et Oliver lui, comme chaque année aller très certainement jouer le rôle du beau gosse tombeur et qui réussirait une fois de plus à amadouer les jeunes filles prudes pas encore investies dans la haute société comme les femmes mariées qui rêvait de faire de lui leur amant d'un soir.


Au moment où elle terminait son assiette d'œufs brouillés, l'assistante personnelle de sa mère, Clara Weggins arriva en trombe avec une oreillette collée à la joue.

"- Non c'est hors de question, elle a rendez-vous avec le gouverneur, prévoyez-le pour 17h dernier délai...Et je souhaiterais avoir le plan de table définitif pour le dîner avec les Cranberg ainsi que le menu...Je me fiche qu'il soit à Paris dites-lui de me recontacter.

Elle appuya sur un petit bouton près de son oreille et soupira avant de saluer Rachel et de regarder Sarah.

- Ton tailleur est arrivé et Abigail m'a demandé de te dire que les Crawford sont déjà là.

- Ah très bien je dois jeter un coup d'œil à leur présentation avant le début des festivités.

- Il paraît que leur collection est exceptionnelle.

- Ils ont créer des pièces uniques pour l'occasion...Une pure merveille de joaillerie vraiment.

Sarah leva un doigt et regarda un des serveurs.

- Tyler apportait un café à Clara s'il vous plaît.

Le jeune homme s'empressa de s'exécuter alors que l'assistante se tourner vers Rachel.

- Alors comment se passe les préparatifs du mariage ?

- Très bien, Ashley a beaucoup de patience ça aide.

- C'est la meilleure organisatrice du pays, elle a de la ressource.

- Oui j'imagine qu'elle a du voir un paquet de mariées stressées et ultra exigeantes.

- Ultra chiantes tu veux dire...Mais elle n'en a tué aucune...Enfin pas à ma connaissance.

Elles rigolèrent un instant avant que le portable de Rachel ne résonne.

- Allô ?...Oui...Depuis quelle heure ?...Donnez lui 15mg par kg de paracétamol injectable, faites une prise de sang et un prélèvement d'urines et rappelez-moi d'ici une heure...Oui...Merci.

Elle raccrocha et au même moment Clara regarda sa montre.

- Mesdames il faut se bouger, Abigail vous attends au salon Napoléon pour une réunion express avant de donner le coup d'envoi de la journée."


… … … …


La journée fut assez éprouvante pour Rachel, serrée dans une robe beige très chic, elle salua et discuta pendant de longs moments avec des dizaines, des centaines de personnes. Beaucoup lui parlèrent de son futur mariage, d'autres lui posèrent des questions sur l'entreprise de son fiancé, on lui parla des prouesses de son père, de la compétence de sa mère, on s'enquit de la santé de son neveu, de l'orientation scolaire de son frère et quelques uns s'intéressèrent à son travail en pédiatrie.


Elle grignota quelques en-cas en regardant le défilé de mode tout en discutant avec une de ses amies : Victoria Ashford, riche héritière des industries Ashford qui faisait dans l'investissement immobilier depuis de nombreuses années.

"- J'ai largement préféré la collection été de 2013, elle était florale et très fluide.

- Non tu rigoles c'était beaucoup trop aérien, je suis davantage séduite par les modèle près du corps.

- C'est parce que tu as une taille mannequin.

- Figures-toi que ma balance n'est pas vraiment d'accord avec toi...J'ai repris les deux kilos que j'avais perdu le mois dernier."

Rachel leva les yeux au ciel, dans ce milieu tout n'était qu'apparence. Elle ne se souvenait plus de la dernière fois qu'elle était montée sur un pèse-personne mais en ce qui la concernait, elle essayait de ne pas s'inclure dans ce code social de l'allure qu'on pouvait se donner, elle se tenait aussi loin que possible des régimes et de l'esthétisme outrancier qui gravitaient autour d'elle.


Lors de la présentation des bijoux Crawford, la foule augmenta légèrement. Il était évident que ce qu'il fallait montrer lorsqu'on avait beaucoup d'argent c'était les diamants qu'on possédait. Colliers, boucles d'oreilles, bagues, bracelets, broches...Les pièces étaient étincelantes de beauté. A la fin, le PDG en personne se présenta sur l'estrade et attrapa le micro que lui tendait le présentateur.

"- Je vous remercie pour votre attention et j'espère que cette nouvelle collection vous a plu...Je tenais à terminer par une demande particulière qui m'a été faite. Je voudrais vous présenter la dernière et unique pièce, une commande spéciale pour Mlle Rachel Davies.

La jeune femme haussa les sourcils avant de voir Mr Crawford s'avançait vers elle avec un écrin noir, il souleva délicatement le couvercle et elle découvrit à l'intérieur un bracelet en diamants avec une multitude de pierres précieuses de toutes les couleurs dont quelques unes taillées en forme de cœur. Elle avala difficilement sa salive et aperçut dans le haut de la boite une petite carte blanche. Elle la saisit et esquissa un sourire en voyant l'écriture fine de Jeffrey.

- Pour combler ces deux jours d'absences, tu me manques, avec tout mon amour, Jeffrey.

Ses yeux s'embuèrent et le directeur de la marque esquissa un sourire.

- Il a été très précis sur ce qu'il voulait...J'espère qu'il vous plaît.

- Il est magnifique, merci."


Le bracelet était lourd à porter mais pas une seule fois elle n'hésita à l'afficher. On la complimenta, on l'envia certainement mais à aucun moment on ne pourrait lui reprocher son extravagance. Après tout, Rachel Davies était probablement la seule personne présente à cette journée qui n'affichait pas clairement sa fortune, alors pour une fois, elle pouvait bien se permettre une petite folie.


Le soleil commença doucement à décliner sur la ville et la soirée de vente aux enchères s'installa progressivement. Rachel et sa mère étaient rentrées rapidement à la maison se changer car tout le gratin de la ville serait là, y compris les journalistes venus couvrir l'événement. William Davies n'était finalement arrivé quand tout début de soirée car plusieurs autres rendez-vous s'étaient ajoutés à son planning, de même qu'Oliver qui avait préféré passer la journée avec ses amis en surfant sur les plages plutôt qu'à amadouer la jet set. Mais il était évident que ni l'un ni l'autre ne pouvait échapper à l'obligation du gala de ce soir organisé par Abigail. La vieille femme était à la fois douce et très stricte, personne n'osait lui dire non, pas même son mari qu'elle avait perdu deux ans auparavant. Rebecca quand à elle, était plus que ravie d'être présente, elle usait et affichait son extravagance comme un jeu qu'elle savait parfaitement maîtriser.


Alors que le dîner venait tout juste d'être servi, le téléphone de Rachel résonna. Elle se leva pour décrocher et partie dans le couloir pour plus d'intimité.

"- Votre collègue m'a déjà appelé ce matin, il y a une infection bactérienne figurant sur la prise de sang, j'avais demandé un prélèvement d'urines puis trois hémocultures et un scanner abdominal...Oui...Et ?...Non on ne peut pas dépasser les 60mg par kg et par jour...

Elle regarda sa montre et soupira.

- Écoutez je vais passer, en attendant passez-lui une nouvelle poche d'hydratation et faites-lui un scanner cérébral en urgence.

Elle raccrocha et se dirigea vers la table et grimaçant.

- Grand-mère...Je suis désolée il faut que j'aille à l'hôpital.

Comme elle s'y attendait son père émit un lourd grognement, Sarah s'empressa de lui serrer le bras pour ne pas qu'il se lance dans une esclandre, elle savait à quel point le sujet concernant le travail de leur fille était sensible. Rachel contourna la table pour embrasser Abigail qui esquissa un sourire.

- Fais attention à toi ma chérie.

- Oui...C'était une très belle journée, félicitations."

Elle salua sa mère et déposa un rapide baiser sur la joue de son père avant de quitter la salle de réception pour l'hôpital.


C'est en robe du soir bleu métallique signé Armani que la jeune femme arriva dans le service de pédiatrie général. Sa principale activité était la chirurgie mais de temps en temps en plus des urgences, elle aidait volontairement ses collègues dans le service de pédiatrie générale. Elle sortie de l'ascenseur et se dirigea vers le bureau des infirmières où elle entra sans frapper. Une femme d'environ trente ans leva la tête de ses papiers et haussa les sourcils.

"- Waouh t'es magnifique.

- Gala de charité...Madison m'a appelé pour la petite Holly.

L'infirmière fit une moue en soupirant.

- L'interne des urgences lui a dit de ne pas te déranger...Les hémocultures avaient déjà été faites et le scanner cérébral aussi.

- C'est qui l'interne ?

- Hyioh, il pense à une méningite, le scan est négatif.

- Il a demandé une ponction lombaire ?

- Non pas à ma connaissance mais il a été appelé au rez-de-chaussée pour un accident de la route avec polytraumatisé.

Rachel grimaça.

- Ok qui est l'infirmière de garde sur le secteur 3 ?

- Madison jusqu'à 6h demain, elle a des heures à rendre à la chef.

En voyant la tête du médecin, la jeune femme esquissa un léger sourire.

- Tu veux que je t'assiste, j'ai fini mon tour ?

Un éclair de soulagement illumina le regard de Rachel.

- Je te revaudrais ça.

- Ok mais changes-toi d'abord...Je doute que ton grand créateur aimerait savoir sa merveille couverte de liquide céphalo-rachidien."


Tout en enfilant un pyjama bleu, Rachel consulta les derniers résultats des examens complémentaires de la petite Holly, puis elle se dirigea vers sa chambre où les parents entouraient leur fille avec une inquiétude non dissimulable.

"- Bonsoir Mr et Mme Graber, je suis le docteur Davies, je remplace le docteur Java cette semaine. On vous a expliqué un peu la situation ?

La mère laissa échapper quelques larmes en secouant la tête, le père, plus maître de ses émotions parla d'une voix dure.

- Elle est arrivée aux urgences hier matin avec de la fièvre, on nous a dit que c'était une rhinopharyngite et on nous a laissé ressortir sans même avoir pris le temps de faire plus d'examens et on a du revenir parce qu'elle a convulsé et...

Rachel leva la main pour l'arrêter.

- Le médecin qui l'a examiné aux urgences n'a commis aucune erreur si c'est à ça que vous pensez...La fièvre et les symptômes de votre fille lui ont fait pensé à une rhinopharyngite or il se peut que ce n'était qu'une conséquence, un effet secondaire si vous préférez.

- De quoi ?

- Le scanner cérébral et abdominal sont négatifs tout comme le prélèvement d'urines par contre la prise de sang montre qu'il y a un germe mais ce n'est pas significatif, il faut qu'on pratique une ponction lombaire pour avoir davantage d'informations.

- Une ponction lombaire ?

- C'est un prélèvement qui se fait au niveau du dos et qui permet de recueillir le liquide céphalo-rachidien, il se trouve au niveau des méninges, du cerveau et coule au niveau de la moelle épinière. En l'analysant on verra s'il s'agit d'une méningite au quel cas on pourra lui passer des antibiotiques beaucoup plus forts et donc plus efficaces.

- Et si ce n'est pas ça ?

- Alors on cherchera ailleurs...Je suis médecin Mr Graber pas magicienne ni devin, nous avons au sein de l'établissement une équipe pluridisciplinaire si je ne trouve pas d'où provient la fièvre de votre fille, je passerais le relais...Il y a d'ores et déjà deux autres médecins qui ont été informé de la situation et qui interviendront si son état se dégrade davantage...Mais vous devez me laissez le bénéfice du doute et m'accorder un minimum de votre confiance.

La mère de la petite fille lui serra le bras.

- Jim...

Il s'écarta dévoilant la petite Holly allongée dans le lit blanc, le visage endormi et couvert de sueur.

- Je vais devoir vous demander de sortir."



Tout en manipulant les instruments, les deux jeunes femmes discutaient tranquillement.

"- Oh il va certainement me faire la tête pour le reste de la semaine mais j'ai l'habitude.

- Ton père est frustré Rachel.

- Il réagi comme un gamin qui n'obtient pas ce qu'il veut...Je ne suis pas son jouet, il n'a jamais pu me modeler à son image et ça le rend dingue, seulement je ne changerais pas de voie.

- Il finira par s'y faire.

- J'en suis pas aussi convaincu que toi.

- Et Jeffrey ?

- Tu sais qu'il s'en moque, du moment que je suis heureuse.

- Tu l'es vraiment ?

Rachel releva les yeux vers elle au dessus de son masque de protection.

- Bien sûr pourquoi tu me poses cette question ?

La jeune femme haussa les épaules en lui passant un tube.

- Comme ça pour savoir, j'ai pas mec en ce moment alors je vis les histoires romantiques par procuration...C'est pathétique.

Elles rigolèrent.

- Je suis très heureuse, il est gentil, attentionné, il est sécurisant et il ne me demande jamais rien.

- Il te couvre de diamants.

- Tu sais que ce n'est pas le plus important.

- Ça compte un peu quand même.

Rachel esquissa un léger sourire derrière son masque.

- Ok un peu.

- Tu es de garde demain, comme tu vas faire pour discuter des préparatifs du mariage avec Rebecca si elle repart dimanche soir ?

- J'en sais rien, de toute façon elle n'est d'accord sur rien, ce qui est super étonnant, t'en conviendra.

- C'est ta sœur, elle pense te donner de bons conseils.

- Ils sont pourris ses conseils...Elle s'est mariée au Plaza à New York devant...Presque milles cinq cent personnes, ça ressemblait plus à l'investiture du Président des États-Unis qu'à un mariage. La pièce montée était tellement grande qu'il a fallu un escabeau au serveur pour aller la découper.

- Ouais...Mais elle a fait la une de tous les magazines du pays...J'adorerais faire la couverture de Vogue.

- Ma mère pense que si je ne suis pas son exemple, elle sera la risée de la Floride.

- C'est leur mariage ou le tien ?

- D'un côté ça me plaît l'idée d'une cérémonie ultra romantique avec un parterre de fleurs, des draperies qui orneront la salle et un menu digne d'un palace mais en même temps...

- Tu n'es pas assez matérialiste pour ça.

- Non.

- Qu'est-ce qui te ferais envie ?...Vraiment envie ?

- Honnêtement ? Tu sais que je suis assez réservée comme fille alors j'avoue qu'il y a des jours où je kidnapperais bien Jeffrey pour qu'on aille se marier au fin fond de la campagne, loin de tout et de tout le monde. Un truc intime où il n'y aurait que lui et moi et notre amour. J'ai pas besoin du gouverneur de Floride pour l'épouser, j'ai besoin de son regard et du son de sa voix me répondant qu'il veut passer le reste de sa vie avec moi.

- Et tu ne veux pas lui faire part de cette idée ?

- Pour refiler un infarctus à ma mère et une attaque cérébral à Ashley Walcott, la meilleure organisatrice de mariage du pays, t'es malade...J'accepterais le St Regis Hotel, le cristal des verres à champagnes et le feu d'artifice quoi qu'il arrive, ça rendra ma mère fière et ça rassurera mon père qui veut qu'on reste dans le top dix des meilleures familles des États-Unis.

- Finalement...

L'infirmière donna un pansement au médecin.

- Avec ma mère en désintox, mon père et ses quatre femmes et mon éternel célibat, ma vie pourrie n'est pas si mal.

Rachel éclata de rire.

- T'inquiète pas Kelly, en tant que demoiselle d'honneur principale, tu as plus de chance d'attraper le bouquet de la mariée.

- Oh...Dis-moi que Jeffrey a un cousin."


… … … …


Quelques heures plus tard, Rachel donna les résultats aux parents de la petite Holly qui avait effectivement une méningite. Placée sous antibiotiques à fortes doses, la petite fille avait de bonne chance de guérir sans séquelle. La jeune femme avait à peine eu le temps de souffler car elle avait été appelé aux urgences pour prêter main forte à ses collègues surchargés suite à un accident de la route qui avait blessé gravement plusieurs enfants puis elle avait repris son poste dans le service de chirurgie pédiatrique et alors qu'il n'était que 7h du matin, elle avait la conviction que la journée serait très longue.

"- Chambre numéro une, on a Igor cinq ans, amygdalectomie à J3, pas de fièvre, une reprise alimentaire solide depuis hier soir sans soucis. Une échelle de la douleur cotée à 2, paracétamol toutes les six heures en systématique et antiobioprophylaxie démarrer à J0.

- Ok on fait une éducation thérapeutique pour les parents concernant la piscine à l'école et sur l'alimentation et vous leur donner le prochain rdv avec l'ORL qui le suit habituellement...

Rachel signa les documents de sortie et referma le dossier.

- Ensuite ?

- Natasha 8 ans, double fractures tibia-péroné.

- Ah oui la chute de cheval.

- Oui, on est à J2 post-op, les fiches externes de la tige de maintien sont propres, pas de marqueurs inflammatoires visibles, prise de sang nickel, les clichés de la radio sont là et une douleur cotée à 7 par contre.

Elle leva le bras pour regarder la radio de contrôle tout en répondant à l'infirmière.

- Antalgique ?

- Paracétamol toutes les six heures.

- Faut passer au pallier 2 : on va essayer la codéine, donnez-lui 0,5mg/kg toutes les six heures et vous maintenez le paracétamol en traitement de fond, on fait le point en fin de journée. Les antibiotiques ont été démarrer ?

- Oui à J0, bien supportés.

- Ok.

Elle rédigea la prescription médicale et passa au dossier suivant.

- Le petit Franck est de retour.

Rachel grimaça en soupirant.

- Son cathé à foutu le camp ?

- Il est bouché.

- C'est la troisième fois en deux mois, essayez de voir si son oncologue est de garde aujourd'hui, j'aimerais voir avec lui si on peut tenter les anticoagulants...Comment se passe sa chimio ?

- Ils viennent de lui rechanger, il ne la supportait pas du tout.

- Et ses marqueurs ?

- Ils ont flambés et son scanner abdo montre une hépatomégalie très importante.

- Des métastases ?

- Non...Pas encore.

L'infirmière regarda Rachel en faisant une petite moue.

- Le pronostic n'est pas très bon d'après l'infirmière de cancéro.

- Ouais...Laissez-moi le dossier de sortie je vais faire le point avec le service...Ensuite ?

- La chambre 4 est bloquée pour Dylan.

- Oui je sais, à quelle heure doit-il arriver ?

- Il voit l'anesthésiste en début d'après midi...Le bloc pour son artériographie est prévu pour 16h, son cardiologue nous a transmis les derniers résultats.

La jeune femme jeta un coup d'œil aux différents documents avant de soupirer.

- C'est pas génial...A son arrivée, refaites les marqueurs de coagulation et prévoyez une échographie cardiaque, je veux les dernières données concernant sa fraction d'éjection.

- D'accord.

Au moment où elle allait passer au dossier suivant, son bip sonna. Elle décrocha le combiné du téléphone et appela les urgences.

- Dr Davies...Oui... Je descends tout de suite.

Elle raccrocha, se leva et regarda l'infirmière avec qui elle faisait le point.

- Un doigt sectionné...Si je ne suis pas remontée d'ici une heure, finissez le bilan avec Jacinda."


Son travail était très prenant, elle ne comptait pas ses heures, elle ne voyait pas l'énergie qu'elle pouvait dépensait, elle ne se focalisait pas sur ses frustrations mais au contraire savourait ses victoires. Il y avait des hauts et des bas comme dans chaque boulot, pensait-elle. Aujourd'hui, elle se sentait particulièrement à fleur de peau car le petit Dylan Hanton arriverait cet après-midi. Elle avait une relation particulière avec lui. Elle le connaissait depuis sept maintenant. Âgé de 10 ans aujourd'hui, le petit garçon avait rencontré Rachel alors qu'elle faisait ses études, à l'époque, elle effectuait un stage au sein du service de cardiologie de l'hôpital des enfants de Miami. On lui avait détecté une grave malformation cardiaque lors de sa naissance mais même si les symptômes avaient été gérables au début, son état s'était dégradé et les médecins avaient clairement fait comprendre à ses parents qu'il lui faudrait une greffe dans les années à venir. Rachel s'était prise d'amitié pour lui, elle en avait même fait un cas d'étude. Elle avait continué à le suivre malgré la distance qui les séparait lorsqu'elle retournait à Harvard et une fois diplômé c'était elle qui l'avait placé sur la liste des dons d'organes. Seulement le taux de dons étaient en constantes diminution et après deux ans passés sur cette liste, Dylan n'avait toujours pas été opéré et pire encore, il n'était malheureusement pas prioritaire car pour l'instant même si son état de santé était préoccupant, il n'était pas assez critique. La jeune femme secoua la tête et sortie de l'ascenseur en direction des urgences.


… … … …


Elle écarquilla les yeux et un frisson parcourus son corps. L'écran noir et blanc palpita dans son regard comme la lanterne rouge d'un phare au milieu de la nuit...Une alarme assourdissante. Elle serra les dents et inspira profondément en reposant la sonde.

"- C'est pas bon ?

Elle tourna la tête pour regarder son patient. Le petit garçon semblait si frêle sur ce brancard, elle le trouvait plus amaigri que la dernière fois qu'ils s'étaient vus et ses cheveux bruns étaient plus longs car il lui avait raconté dans un mail que sa copine de classe trouvait ça mignon. Rachel respira profondément pour contrôler son timbre de voix.

- Non...La fuite est plus importante c'est la raison pour laquelle tu es plus essoufflé...On va te faire une nouvelle prise de sang et te placer sous oxygène...Je vais rediscuter de ta coronarographie avec Jacinda et je te revois dans une heure avec tes parents.

Le petit garçon hocha la tête et Rachel lui attrapa la main en étant incapable de ne pas remarquer la couleur bleutée de ses lèvres, signe que son corps luttait contre le travail inefficace de son cœur.

- Tu connais le discours.

- Oui je sais, je dois être optimiste : ça ne va pas mais ça pourrait être pire et pour l'instant je suis encore là.

Il esquissa un sourire et Rachel lui rendit en lui ébouriffant les cheveux.

- Meryl va te ramener dans ta chambre."


Il y avait une multitude de documents sur la table, Rachel se frotta le visage en soupirant.

"- La fraction d'éjection est de 8% c'est catastrophique, il n'a pratiquement plus de contractibilité ventriculaire.

L'interphone grésilla légèrement et une voix masculine répondit à Jacinda Rivero, la collègue de Rachel, elle aussi chirurgien.

- Et les gaz du sang ?

- Hypoxémie sévère on l'a placé sous 2L d'O2.

La voix grésilla de nouveau.

- Rachel ?

- Tu veux mon avis ?...Si on lui trouve pas un cœur avant la fin de la semaine, on n'arrivera plus rien à compenser...On ne peut pas lui faire la coro sans prendre le risque du lui provoquer un infarctus, son ECG est une alternance d'arythmie de fibrillation et d'extrasystole c'est n'importe quoi et son échographie montre que sa valve tricuspide n'est absolument plus étanche.

Il y eut un moment de silence puis Rachel grimaça.

- Je peux le placer sous respirateur en le curarisant mais ça ne peut être que provisoire...Jack...

- J'ai entendu...Écoute rempli les documents pour le Comité d'attribution des greffes et rappelle-moi dès que tu auras leur avis.

- Ok."

Elle raccrocha et soupira avant de se lever pour aller parler aux parents de Dylan.


Jack Munioz était le chef du service de chirurgie pédiatrique, médecin de cinquante ans à la fois sage et autoritaire, il était toujours de bons conseils et un soutien sûr lorsque quelqu'un en avait besoin. Il avait une confiance absolu en son équipe. Actuellement en séminaire à Baltimore, il continuait à gérer son personnel par téléphone et web-cam en faisant un débriefing tous les matins et en s'enquérant des entrées et sorties de chaque journée. Il se moquait surtout du pedigree de Rachel, il ne voyait en elle qu'un excellent médecin et chirurgien et peu lui importait ses millions. Elle représentait tout ce qu'il trouvait de beau dans la médecine, une dévotion et un altruisme qui la faisait rayonner et qui rendait son travail très efficace. Elle était comme la fille qu'il n'avait jamais eu, celle qui deviendrait peut-être son successeur en tant que chef de service.


… … … …


A sa sortie d'Harvard, Rachel avait immédiatement travaillé pour le service de chirurgie de l'hôpital des enfants, devenue indépendante par ses études, la jeune femme n'avait pas voulu retourner vivre chez ses parents et avec Jeffrey, ils avaient pris leur temps avant de se fixer officiellement ensembles entre quatre murs. Elle avait donc acheter un petit appartement avec une chambre, une salle de bain et une cuisine qui s'ouvrait sur une salle à manger et un salon assez lumineux. C'était petit mais c'était chez elle et c'était sa déco. Il n'y avait que sa marque ici, pas celle de sa mère ni celle de son décorateur attitré. Il n'y avait pas de piscine attenante à l'immeuble, il n'y avait pas de gardien aux portes d'entrées, pas de caméra de surveillance mais elle se fichait que son appartement ne ressemblait pas à un luxueux penthouse, c'était chez elle, à son image et c'était tout ce qui lui importait. Bien sûr depuis deux ans, elle passait plus de temps chez Jeffrey et ils envisageaient depuis sérieusement d'acheter une maison dans laquelle ils s'installeraient après leur mariage mais pour l'instant elle avait encore besoin de son petit cocon.


En rentrant chez elle, ce soir là, elle ressentie un intense fatigue, si grande que ses épaules la tiraillaient de toutes parts mais sa lassitude sembla s'évaporer lorsqu'elle aperçut une multitude de pétales de roses éparpillées dans son appartement. Son cœur s'emballa légèrement et elle fit quelques pas en avant en esquissant un sourire. Elle s'avança prudemment et en arrivant près de la cuisine, elle vit que la table était dressée pour un dîner aux chandelles, un énorme bouquet de fleurs trônait au milieu des assiettes. Jeffrey était en train de déboucher une bouteille de vin, il la regarda attentivement avant de s'approcher d'elle.

"- Longue journée ?

- Oui.

- Le dîner sera bientôt livré, en attendant tu devrais en profiter pour te faire couler un bon bain chaud.

- Bonne idée, ça été ta réunion ?

- On a signé un contrat avec Barchox et travaillé sur la filiale canadienne...Tu m'as manqué.

Elle esquissa un sourire avant de lever les bras pour entourer sa nuque.

- Toi aussi...Merci pour le bracelet.

- Il te plaît ?

- Il est magnifique, c'était une délicate attention.

- Vas te détendre, je termine de préparer la table."


Ils dînèrent en évoquant leur journée et leur week-end respectifs avant de plonger leur nez dans les prospectus que leur agent immobilier leur avait fait parvenir.

"- Le jardin là est bien.

- Oui mais la piscine est trop petite.

Jeffrey écarta le document.

- En plus il n'y a que deux garages."

Rachel esquissa un sourire en levant les yeux au ciel.


Bien sûr, il fallait une grande piscine, plusieurs garages, au moins quatre chambres et pas moins de quatre salles de bain, on pouvait faire l'impasse sur le cours de tennis mais surtout pas sur la salle de sport, peut être une salle de projection cinématographique, il fallait un immense dressing et bien évidemment un bureau chacun, du marbre dans la cuisine ? Du chêne dans le salon ? Non pas assez luxueux. Jeffrey ne cuisinait jamais, Rachel adorait ça mais la future Madame McKesson n'allait pas pouvoir cuisiner, c'était impensable. Une grande buanderie ? Pourquoi faire ? Rachel ne s'occuperait jamais de la lessive, petit moment qui lui manquerait une fois mariée, elle adorait se retrouver devant sa table à repasser en écoutant un bon morceau de musique. Du bleu dans le salon ? Non, Jeffrey préférait les couleurs sombres et froides, plus matures et solennelles, Rachel quand à elle aurait plutôt opté pour des couleurs, n'importe lesquelles du moment qu'on sortait de ce diktat de sobriété. L'appartement de son fiancé était immense, sombre et sobre, froid tant en apparence qu'en température. Il y avait du carrelage partout, du marbre, du noir, du bronze, Rachel ne s'y était jamais sentie très à l'aise mais c'était plus confortable que chez elle.


"- On dîne avec Roger et Anita demain tu te souviens ?

- Oui et toi tu te rappelles que je déjeune avec ma mère, ma sœur, Kelly et Ashley ?

- Tu verra enfin les créations concernant ta robe de mariée, t'es impatiente ?

- Stressée, je me demande ce que ça va donner...J'espère que ça correspondra à ce que j'ai demandé.

- Je suis sûr que ça sera parfait."

Il se pencha pour embrasser sa joue.


Elle sentit son souffle chaud contre sa joue et elle esquissa un sourire. Jeffrey descendit ses lèvres sur l'arrête de sa mâchoire, l'embrassant délicatement dans le cou, derrière son oreille avant de revenir à ses lèvres. Rachel ferma les yeux en soupirant, caressant sa nuque, jouant avec la base de ses cheveux, elle se recula légèrement pour s'allonger sur le canapé et il s'installa contre elle en picorant son visage de tendres baisers. Elle ouvrit chaque bouton de sa chemise, caressant son torse du bout des doigts puis il se redressa et se débarrassa de ses vêtements avant de déshabiller sa fiancée. Rachel laissa échapper un soupir.


Ils se connaissaient depuis presque sept ans maintenant et elle n'avait jamais rien eu à dire sur leur intimité. Jeffrey n'était pas son premier amant, elle avait connu un garçon avant lui, au lycée, Blake. Il était gentil mais c'est bien connu les amours d'adolescents ne sont pas fait pour durer. Ils s'étaient séparés par la force des choses, des ambitions différentes, une distance inéluctable. Elle avait connu ses premiers émois dans ses bras, sans pression, sans question, il avait fait attention à elle, à son plaisir puis elle avait connu une période de célibat pendant pratiquement deux ans avant que Jeffrey n'arrive dans sa vie. La première nuit qu'elle avait passé avec lui, l'avait quelque peu déstabilisé. D'une part parce qu'elle n'avait jamais été très à l'aise avec son corps, trop timide, puis parce qu'elle était sur le point d'explorer son plaisir et celui d'un autre homme de manière forcément différente d'avec Blake. Elle avait connu une légère angoisse que Jeffrey avait rapidement terrassé. Il était tendre et gentil...Gentil...Tendre...Tendre et...Gentil...


Il lui fit l'amour sur le canapé, tendrement et...Gentiment. Après sept ans de vie commune, un mariage qui se profilait à l'horizon, une vie de famille qui se précisait, Rachel regarda son fiancé et esquissa un sourire, car elle se rendait compte de la chance qu'elle avait d'être aimé par un homme aussi tendre et gentil...


… … … …


"- Ok faites-lui un bilan complet et dites à ses parents que je veux les voir dans l'heure qui suit.

Elle tendit une série de feuille à l'infirmière avant de se pencher sur le téléphone pour parler à Jack.

- Le comité d'attribution des greffes à valider notre demande, Dylan est passé prioritaire sur la liste ce qui veut dire que le prochain cœur disponible est pour lui.

- D'accord, il en est où ?

- Je vais le mettre sous respirateur pour protéger son cerveau du manque d'oxygénation. On a une équipe disponible H24 si on reçoit un appel du comité.

- Ok tiens-moi au courant, c'est du bon boulot Rachel.

- Merci à plus tard."


La jeune femme rencontra les parents de Dylan pour leur expliquer la situation puis elle vaqua à ses autres occupations avant de se rendre au centre ville pour déjeuner en compagnie de son organisatrice de mariage, de sa mère, de sa sœur et de sa meilleure amie.


Elles avaient rendez-vous dans le salon privé d'un hôtel de luxe au centre de Miami avec l'assistant personnel de Giorgio Armani qui devait créer les tenues de mariages de Rachel et Jeffrey ainsi que celles des demoiselles d'honneur. Une table avait été dressé avec des coupes de champagne et un déjeuner spécialement concocté pour elles par un chef japonais.En attendant qu'on leur présente les différentes créations, Ashley en profita pour discuter avec la future mariée des choix qu'elle devait faire pour la décoration.

"- Bon alors le St Regis a accepté le ton pastel que tu as demandé...Nous avons donc un dégradé de blanc, jaune et du rose pâle. La question est de savoir si tu préfères des candélabres sur pieds comme...

Elle déposa une photo devant la jeune femme.

- Comme ceci ou alors en petit pot ?

Rachel regarda Kelly mais avant même qu'elle n'ait pu émettre le moindre avis, sa sœur grimaça.

- Je croyais que tu devais partir sur du rouge et blanc ?

- Non je trouve ça trop agressif.

Rebecca leva les yeux au ciel.

- N'importe quoi.

La jeune femme grimaça se rappelant très bien que pour son propre mariage, sa sœur n'avait pas lésiné sur les dépenses et les extravagances. Becca était partie sur un thème rose très girly qui avait grandement plus à leur mère.

- T'en pense quoi Kelly ?

- Les petits pots sont mignons.

- La salle de réception du St Regis possède des lustres de cristal on ne peut pas miser sur des pots en bois comme centres de table Ashley !

Sarah avait complètement ignoré la remarque de la meilleure amie de sa fille. D'ailleurs sa famille ne faisait pas dans la dentelle la concernant, ils ne l'aimaient pas, ils ne comprenaient pas ce qui pouvait lier les deux jeunes femmes. Sarah avait été déçu d'apprendre que Kelly serait la principale demoiselle d'honneur de sa fille, elle lui avait pourtant longuement conseillé de choisir Victoria Ashford mais Rachel ne se sentait pas assez proche d'elle pour l'impliquer concrètement dans son mariage.

- Rachel m'a dit de faire dans la simplicité et l'élégance.

- Oui peut-être mais elle ne vous a certainement pas dit de faire dans le démodé ringard.

- Donc nous sommes d'accord les candélabres sur pieds, ok ça c'est fait.

Rachel soupira en hochant la tête, comprenant qu'une fois encore son avis importerait peu face aux milliers de dollars que sa famille s'apprêtait à dépensé pour elle et Jeffrey.

- Ensuite le tissus pour les flots sur les chaises sera rose pâle et je leur ai bien précisé que tu ne voulais pas de bougies sur les tables.

- Très bien...Et pour l'autel ?

- Ah...

Elle sortie une feuille de son porte document.

- Des roses...Par centaines et des drapés rose pâle...Une allée de roses blanches, le tout face à la mer. Par contre tu ne m'as toujours pas donné ton choix de musique pour la cérémonie.

Sarah se redressa rapidement.

- La marche nuptiale voyons !

- Maman...Elle parle de la musique de sortie et l'intermédiaire lors de l'échange des alliances.

- Oh...D'accord mais quelque chose de classique surtout...N'oublie pas que le gouverneur sera là, de même que vice Président.

Kelly grimaça discrètement avant de se racler la gorge.

- Vous avez arrêté un menu ?

Rebecca secoua la tête.

- Concocté par le chef Anatole Balteau, c'est le meilleur chef du monde, il est français et il officie dans les cuisines du palace parisien Le Georges V...Au fait quel parfum avez-vous choisi pour la pièce montée ?

- Fraise et chocolat.

- Moi j'avais bien aimé les fruits de la passion.

Sarah acquiesça.

- Oui moi aussi.

Rachel plissa des yeux en soupirant.

- Ça sera fraise et chocolat...Est-ce que tu as bien passé la commande des alliances chez Cartier ?

- Oui elles seront là en temps et en heure, j'ai également bloqué les horaires pour le coiffeur et la maquilleuse, et le photographe sera à votre disposition à partir du cocktail dînatoire la veille du mariage. Par ailleurs je te rappel que tu as une séance photo de prévu avec Vogue la semaine prochaine pour leur page concernant les mariages de printemps et que l'article dans le journal pour annoncer officiellement le jour de votre union paraîtra dans un mois jour pour jour.

- Ils prennent la photo qu'on a choisi, rassures-moi ?

- Oui celle que vous avez faites à Paris.

Rachel fronça les sourcils en prenant des notes.

- La séance pour Vogue...Ils sont d'accord pour reverser les bénéfices à l'association.

- Intégralement oui.

- Bien.

Ashley attrapa un sushi avant de regarder Sarah.

- J'aimerais que Clara me recontacte pour finaliser la liste des invités afin de commander les faire-parts.

- Ils sont prêts ?

- Ils n'attendent plus que la liste définitive.

La mère de Rachel hocha la tête.

- Je lui demanderais de vous appelez avant la fin de la semaine prochaine...

Puis elle se tourna vers sa fille.

- Tes demoiselles d'honneur...

- Quoi ?

- Deux seulement ?

- Rebecca est ma sœur et Kelly ma meilleure amie, ça me convient parfaitement.

Sa sœur leva les yeux au ciel avant de voir arriver l'assistant de la maison Armani.

- Mlle Davies je suis ravi de vous revoir.

L'homme en costume trois pièces tendit sa main et d'une manière très solennelle salua le reste des invités.

- Mr Armani vous présente ses respects...Il espère que les croquis vous plairont.

- Je n'en doute pas.

- Asseyons-nous.

Il déposa une très grande pochette sur la table et en sortit plusieurs feuilles cartonnés de dessins.

- Alors nous allons commencé par votre robe pour le cocktail dînatoire la veille de votre mariage, vous vouliez quelque chose dans les tons argentés...Voici...Vous remarquerez les fleurs blanches disséminées sur le bas de la robe et le buste, sans manche, légèrement bouffante.

Rachel esquissa un sourire.

- Elle est très belle.

Elle l'étudia quelques instants avant de hocher la tête. Le robe était de longueur moyenne, légèrement travaillée pour la faire sortir du côté classique, elle plaisait beaucoup à la jeune femme.

- N'hésitez pas si vous voulez procéder à des modifications.

- Non sur ce modèle c'est bon.

Elle poussa le croquis vers Kelly, ignorant la main tendue de sa sœur.

- Ensuite nous avons votre tenue pour le mariage civil.

La robe arrivait jusqu'au tibia, dans les tons écrus, à manches trois-quart avec un léger décolleté sur la poitrine, sans froufrous, sans dentelle, ultra simple, parfaite pour un passage à la mairie. Sarah grimaça.

- Oh non on avait dit de la dentelle.

- Non maman, TU avais dit...

Rachel releva la tête vers l'assistant.

- Elle est parfaite.

Il esquissa un sourire, en faisant abstraction de la tension au sein du groupe.

- Bien, nous avons après, la robe pour la cérémonie religieuse et celle pour la réception.

La première était longue, blanche, avec une traîne, de la dentelle et des manches longues.

- Elle n'est pas assez bouffante.

- Maman, je ne vais la porter qu'une demi-heure.

Elle regarda la robe pour la réception, longue, près du corps, de fines bretelles, un décolleté profond au niveau du dos, une multitude de volants et une poitrine en forme de cœur.

- C'est vraiment du très bon travail...Je vous remercie beaucoup.

- Est-ce que tous les modèles vous plaisent ? Vous savez qu'on peut modifier certaines choses si vous le souhaitez.

- Non c'est vraiment très bien.

- Je transmettrais votre appréciation à Mr Armani avec plaisir...Voici la tenue pour les demoiselles d'honneur.

Mais avant même qu'il n'ait posé la feuille sur la table, la sœur de la future mariée s'indigna.

- Oh non quelle horreur...Rachel non...Il n'en est pas question.

- Quoi tu aimes le rose...C'était le thème de ton mariage je te rappel.

- Du rose oui mais pas celui-là...Pas du vieux rose...Non pas de pastel, j'ai le teint trop pâle.

- T'es bronzée toute l'année, tu vis à L.A Becca !

- Non...Pas pour moi...En plus pas en fluide, il faut quelque chose près du corps, ta robe de cérémonie est cerclée...En plus où est le décolletée ?

- Moi je la trouve jolie.

La voix de Kelly fit grimacer Rebecca qui serra les dents en secouant la tête. Elle attrapa le dessin et soupira.

- Non pas question...Écoutez monsieur, on va devoir revoir ça et...

- On peut vous proposer ceci si vous préférez.

Rebecca esquissa un immense sourire en apercevant la robe sirène rose fuchsia à bustier, moulante sur le haut du corps avec un drapé retenu par une broche de strass sur le côté. Rachel soupira.

- Non pas de rose flash.

- Oh écoute c'est peut être ton mariage mais en tant que sœur et demoiselle d'honneur j'ai quand même mon mot à dire...

Elle releva la tête vers l'assistant italien.

- Elle est parfaite.

Kelly se racla la gorge.

- Je vais avoir du mal à marcher avec moi.

- Le mariage est prévu pour dans huit mois...T'auras le temps de prendre des cours de maintien.

- BECCA !

Rachel lui fit les gros yeux mais la jeune avocate resta indifférente.

- On la prend, c'est celle-là.

La meilleure amie de la mariée haussa les sourcils en murmurant.

- On la prend !

- Très bien, je vais transmettre tout ça à nos ateliers et normalement d'ici deux mois, nous pourrons faire les premiers essayages. Je vous recontacterais.

Ashley griffonna quelques notes. De l'autre côté Rachel ferma brièvement les yeux essayant de chasser son début de migraine, elle n'avait pas envie de se battre davantage avec sa sœur et sa mère concernant les décisions qu'elle prenait concernant son mariage, car c'était peine perdue. L'image de marque de la famille était en jeu et elle ne devait pas s'éloigner de la route tracée devant elle.

- Très bien, Mr McKesson aura probablement un peu de retard demain, il a une réunion de dernière minute qui s'est rajouté à son agenda.

- Aucun problème.

L'homme prit congé rapidement alors que les invitées terminaient leur repas. Le portable de Rachel résonna dans ce demi-silence et elle décrocha en avalant sa dernière bouchée de sushi.

- Oui allô ?...Oui...

Elle fronça les sourcils.

- Elle est en travail depuis quand ?...Le monito est comment ? D'accord, des mouvements fœtaux ?...Ok vous l'avez déclenché à quelle heure ?...Non ça m'étonnerait s'il ralenti c'est qu'il est en souffrance et si elle contracte depuis hier soir ça veut dire qu'on a déjà dépassé les 8 heures de surveillance, ça devient trop long...Oui...Non je ne veux prend aucun risque faites la césarienne j'arrive toute suite...Ok...

Elle raccrocha et attrapa son sac en regardant sa mère qui grimaçait.

- Tu plaisantes j'espère ?

- Un prématuré à 24 semaines, non...

- Rachel c'est le seul week-end où Becca est disponible, tu ne vas quand même pas lui faire l'affront d'aller à l'hôpital maintenant ? Nous sommes censé préparer ton mariage.

- Ashley est censé le préparer...Moi je subis c'est tout.

- Tu quoi ?

Elle se mordit la langue et grimaça.

- Excuses-moi c'est pas ce que je voulais dire...Je n'ai pas envie de me disputer avec vous maintenant sur mon travail, on en a déjà parlé, je ne tournerais pas le dos à ce que j'aime faire d'accord...Je suis désolée si aucune de vous ne peut le comprendre.

Rebecca agita la main d'un air désinvolte.

- Laisses-la, qu'elle en profite, une fois mariée elle n'aura pas le choix que de réduire ses heures étant donné ce qu'implique le statut "de Mme McKesson".

Rachel secoua la tête.

- Je vous appel dès que j'ai terminé."

Elle regarda Kelly en esquissant un sourire et celle-ci se leva en prenant congé sans que la mère de Rachel et sa sœur ne remarque son départ.


… … … …


Rachel retira sa calotte en soupirant, elle se massa la nuque avant de passer les doubles portes vitrées menant à la salle d'attente. Un homme et une femme aux cheveux blancs se levèrent d'un bond.

"- Mr Trudeau ?...Je suis le docteur Rachel Davies, votre femme est en salle de réveil, c'est le docteur Malherbe qui a pratiqué la césarienne et tout c'est bien passé.

Elle marqua une pause avant de reprendre.

- C'est moi qui ai pris en charge votre fils, comme vous le savez il est né à 24 semaines de grossesse, il pèse actuelle 420g. Il a eu une défaillance cardiaque, avec mon équipe nous avons donc du le réanimer et le placer sous respirateur artificiel, il est en couveuse et...Il a également un autre tuyau dans le nez pour aspirer les éventuelles sécrétions gastriques. Il sera nourrit par perfusion et nous ferons un bilan complet deux fois par jour pour vérifier sa prise de poids et ses capacités d'adaptation.

- Il va survivre ?

La jeune femme serra les dents.

- Je ne sais pas...Tous les enfants sont différents,je ne peux rien décider à leur place...Ce qu'il faut que vous compreniez c'est que votre fils est né, certes, mais il est complètement immature, aucun de ses organes n'a terminé sa formation et là on leur demande d'être opérationnel, il ne pourra pas sortir de la couveuse avant d'avoir atteint les 2kg et à chaque seconde tout peut basculer parce que ses reins peuvent cesser de filtrer les déchets, parce que son foie peut lui provoquer une jaunisse, parce que son cœur peut s'arrêter, parce que ses poumons ne fonctionnent pas totalement, parce que son intestin peut se détruire, il pourra avoir des séquelles neurologiques ou moteur, peut-être même les deux...Ça se sont les risques...A côté de ça, il peut ne rien se passer et il a une chance de survivre, de grandir et d'être en bonne santé mais...Une faible chance.

- Combien ?

- Le taux de survie est de 5% avant 25 semaines.

La grand-mère de l'enfant plaqua sa main sur sa bouche.

- Oh mon Dieu.

- Ce ne sont que des statistiques.

- Pourtant ils sont bien réels.

- Vous pouvez décider de tout arrêter Mr Trudeau, la décision vous appartient...Mon équipe restera à votre disposition 24h/24 pour vous épauler, on prendra votre fils en charge de la meilleure manière qui soit mais vous êtes le seul à pouvoir décider, moi je ne peux que vous aiguiller.

- Je sais...Je vous remercie infiniment pour toutes vos informations.

- Je vous en prie...Une infirmière va venir vous chercher dans quelques minutes, elle vous conduira d'abord chez votre femme et ensuite vous pourrez voir votre fils.

- D'accord."



Elle avala une rasade d'eau avant de frapper contre la porte. La pièce était plongée dans la pénombre, le petit garçon était perdu au milieu du lit blanc, des tuyaux et des bip incessants des monitoring. A ses côtés, ses parents sommeillaient d'un repos sans rêve sur deux grand fauteuils inconfortables. A l'arrivée de Rachel ils se redressèrent.

"- Vous êtes sûr que vous ne voulaient pas de lit de camp ?

- Non c'est gentil.

- Vous n'avez toujours pas de nouvelles ?

- Non désolée mais Dylan est prioritaire maintenant.

- Ça peut prendre du temps ?

- Je n'ai pas de donné exacte à vous donner ça dépend de...

Elle grimaça légèrement.

- De la mort d'un autre enfant.

- Malheureusement oui...La liste de receveurs d'organes est applicable à tous le pays et il y a presque 330 millions d'habitants...Même le cœur d'un jeune adulte fera l'affaire.

- Vous pouvez aller jusqu'à quel âge ?

- Il n'y a pas vraiment de limite du moment que l'organe en question est de bonne qualité mais dans le cas d'un cœur on ne dépasse pas les 20 ans pour les moins de 15 ans.

La mère du petit garçon regarda son fils.

- Est-ce qu'il pourra tenir encore ?

- Le respirateur travaille pour lui, avec les anesthésiants et la température basse que l'on applique à son corps, on préserve ses organes et son cerveau. Dylan vit au ralenti pour le moment, c'est sa meilleure chance.

- Et après ? Qu'est-ce qu'on fera si le cœur ne tient pas ? S'il le rejette ?

- On recommencera.

- Mais il ne sera plus prioritaire.

- Il faudra refaire une demande, la liste du Comité d'attribution des greffes est modifiable à chaque instant.

La mère se frotta le visage.

- Si ça ne marche pas, je ne sais pas si je serais capable de supporter la situation encore bien longtemps, je ne peux plus le voir comme ça, constamment à l'hôpital, entouré de machine, attendant inlassablement une bonne nouvelle, craignant les pires.

Rachel soupira en regardant le petit garçon.

- Je vous entends et vous savez pertinemment ce que je vais vous répondre.

- La décision nous appartient.

- Elle vous appartient à tous les trois.

- Dylan nous a clairement fait comprendre que si ça ne marchait pas, il voulait qu'on le laisse partir...

Le père trembla légèrement en retenant ses larmes.

- Mais c'est notre fils Docteur Davies...Notre fils unique.

- Je le sais mais vous devez avant tout respecter sa volonté.

Elle tendit la main vers la mère qui serra ses doigts.

- Pour l'instant, il est là et le prochain cœur est pour lui...Prenez les heures les unes après les autres et vous aviserez en temps voulu.

Elle hocha la tête et au même moment le biper du médecin résonna.

- Je dois y aller excusez-moi...Je repasserais vous voir tout à l'heure."



"- Donnez-lui 0,075mg/kg en trois prise pendant 48 heures et contactez son psychiatre pour qu'il refasse le point sur son traitement de fond, son autisme ne s'aggrave pas c'est juste un trouble anxieux, faudrait interroger sa mère sur les circonstances qui ont déclenché la crise.

Elle écrivit sa prescription alors qu'une infirmière déboulait dans le bureau.

- Rachel j'ai la petite Sandy qui n'arrête pas de vomir.

- Oui je sais Madison, elle a une gastro...

- Oui mais il faudrait lui donner autre chose, parce que là c'est pas possible.

Rachel fronça les sourcils.

- T'as son dossier ?

L'infirmière fouilla dans la bannette près du mur et le tendit au médecin.

- Ok elle fait 8 kg...Euh on peut lui donner ½ suppositoire de vogalène par contre tu me la réhydrates...Une poche de 100ml de Nacl sur 24h."

Elle signa la feuille tout en se connectant sur le serveur du Comité des greffes pour voir les dernières informations du pays qui relevait en temps et en heure toutes les démarches en cours concernant le recueil d'organes. La plupart du temps beaucoup de ces informations étaient effacées, car les famille n'étaient pas d'accord pour signer la prise en charge de prélèvement mais parfois il y avait le nom d'un centre hospitalier qui s'affichait en rouge et qui clignotait signe qu'un donneur était disponible.


Il était pratiquement 15h, lorsqu'elle aperçut trois hôpitaux qui étaient en charge de trois donneurs potentiels : New York, Philadelphie et Sacramento. Deux accidentés de la route, un de 45 ans et un garçon de 12 ans et un blessé par balle de 15 ans. Instinctivement le corps de Rachel se tendit et elle souffla pour ne pas se laisser déborder. Elle avait peut-être sous les yeux le nouveau cœur de Dylan. Poussée par son professionnalisme, elle voulut vérifier que la fiche de son patient était toujours bien à jour : groupe sanguin, rhésus, âge, la ville où il se trouvait ainsi que toutes les données concernant les derniers bilans sanguins et examens cardiaques qu'elle avait effectué au cours des dernières heures. Elle entra le nom et le code du petit garçon et la page s'afficha. A ce moment là, elle crut à une vaste blague, un bug informatique, un défaillance de sa propre vision. Elle se hâta de rafraîchir l'écran, encore, encore, encore une fois mais ce n'était pas une erreur provenant de son ordinateur. En quatrième vitesse, elle décrocha le téléphone et appela le responsable du Comité en personne qui lui confirma la nouvelle.

"- Non attendez c'est impossible, il est curarisé, sous respirateur depuis presque 48h maintenant, sa fraction d'éjection et son ECG sont pratiquement nul...VOUS VOUS FOUTEZ DE MOI ?? C'EST VOUS QUI AVEZ ACCORDE SA DEMANDE !

- Nous avons eu une autre priorité.

- LAQUELLE ??

- Je n'ai pas le droit d'en discuter avec vous docteur mais sachez que tout est conforme.

- CONFORME ?? NON C'EST IMPOSSIBLE SAUF ACCIDENTE GRAVE DE LA ROUTE OU BLESSURE PAR BALLE INTRA CARDIAQUE JE NE VOIS PAS COMMENT DYLAN AURAIT PU PERDRE SA PLACE PRIORITAIRE J'EXIGE UNE EXPLICATION EST VITE !

- Je suis désolé mais la loi est stricte, les données sont confidentielles...Votre patient devra encore patienter un petit peu. Et puis si vous avez bien regardé la liste, il y a deux donneurs potentiels.

- Il est en train de mourir, c'est une garantie que je veux pas une hypothèse.

- Il va pourtant falloir vous en contenter...Maintenant veuillez m'excusez j'ai du travail.

Elle regarda le combiné au bord de la crise de nerf, elle composa rapidement un autre numéro et fit part de la situation catastrophique à son chef de service. Il raccrocha après lui avoir dit qu'il allait se renseigner et quelques minutes plus tard elle eut enfin la réponse qu'elle attendait.

- Ok j'ai tiré quelques sonnettes et ça ne va te plaire.

- Dis toujours.

- Le gouverneur du New Jersey.

- Ben quoi ?

- Sa fille de 12 ans a une CIA.

- Et alors ? Le traitement c'est la fermeture de la brèche qu'est-ce que ça a avoir avec Dylan ?

- La petite a été opéré il y a un an mais ça n'a pas vraiment fonctionné et elle est de plus en plus symptomatique, en plus l'intervention a tellement merdé, qu'elle se retrouve avec une fissure sur un des ventricule.

- Jack...

- Elle n'était pas officiellement sur la liste, ses parents ne savaient pas s'ils voulaient une transplantation ou pas...Mais en voyant la blessure par balle du jeune à New York...Ils ont sauté sur l'occasion.

- Sauté sur l'occasion ? C'est un cœur Jack pas une bagnole qu'on achète chez un concessionnaire...Elle n'a rien à foutre sur cette liste ou tout du moins pas en priorité.

- Elle a un nom de famille plus influent que le tien ma belle...Et Andrew Cuomo est le principal donateur du comité.

- C'est illégal.

- Au contraire, ils ont rempli la demande ce matin.

- Et elle a été accordé contre quoi ? Un chèque ?

- Personne n'en saura rien en tout cas.

Elle regarda encore une fois l'écran et ses yeux s'embuèrent de rage.

- Jack le deuxième cœur vient d'être retiré de la liste...Je t'en supplie.

- Rachel je ne peux rien faire...Dylan est sous respirateur il peut tenir encore quelques jours.

- Ça fait déjà 48h, si on attend encore y a un risque de séquelles neuro je t'en prie.

- Je ne peux pas influencer le comité et tu sais pertinemment qu'aucun membre de ta famille ne se mouillera là dedans...Il faut que tu sois patiente.

- Et je dis quoi à ses parents ? Qu'ils ne sont pas assez friqué pour qu'on s'intéresse à la vie de leur fils unique...Jack c'est dégueulasse...

- Je sais mais c'est la dure loi du monde Rachel et on n'a pas le choix que de l'accepter...Je dois y aller, rappelles-moi pour me tenir au courant de son état."

Il raccrocha laissant le jeune médecin complètement désemparé.


Lorsqu'elle arriva devant la porte de la chambre de son patient, une larme s'écroula sur sa joue, brûlante comme un fer chauffé à blanc. Elle ferma les yeux. Soupira...Et tout d'un coup serra les dents avant de se détourner, elle attrapa son portable et passa un coup de fil avant de courir au vestiaire pour se changer.



Quinze heures plus tard.


Il courut sur le parking, se moquant des klaxons des voitures. Il bondit dans le couloir puis les escaliers sans se soucier s'il bousculait quelqu'un. Il entra dans le bloc opératoire en se moquant de la stérilité du lieu. Et il se figea. Il rencontra son regard qui n'exprimait aucun remord alors qu'elle effectuait un dernier nœud sur la suture externe au thorax.


Jack Munioz serra si fortement ses mâchoires qu'il s'effrita une dent.


Rachel reposa délicatement ses instruments et avala péniblement sa salive.

"- Messieurs, dames, je vous remercie pour votre collaboration...Arnold maintien les analgésiques comme on l'a prévu dans le protocole et démarre les anticoagulants et les antibiotiques...Jacinda, tu peux te charger des parents ?

- Ben et toi ?

La jeune femme tourna la tête vers son chef de service et ferma discrètement les yeux.

- Je ne vais pas pouvoir m'en occuper."

A ce moment là, le reste du personnel de la salle d'intervention tourna la tête vers l'entrée du bloc et s'aperçut de la présence de Jack. A ce moment là, tous le monde compris qu'il y avait un problème. A ce moment là, personne ne soupçonnait l'ampleur des dégâts qu'allait causer la décision de Rachel.



"- T'AS COMPLETEMENT PERDU LA TETE MA PAROLE ! C'EST LA REPUTATION DE L'HOPITAL TOUT ENTIER QUE TU VIENS DE RUINER ! MERDE RACHEL QU'EST-CE QUI T'AS PRIS ??

- Je voulais le sauver c'est tout...Jack...C'est pas...Je l'ai fait pour lui, pour lui laisser une chance, la fille de Cuomo n'avait rien à faire sur cette liste, ce cœur ne devait pas lui revenir.

- TU N'ES PAS DIEU RACHEL ! CE N'ETAIT PAS A TOI D'EN DECIDER ! EST-CE QUE TU TE RENDS COMPTE DE CE QUE TU RISQUES LA ! C'EST TA CARRIERE QUE TU VIENS DE FOUTRE EN L'AIR, LA COMMISSION DISCIPLINAIRE NE LAISSERA JAMAIS PASSER UNE CHOSE PAREILLE ET PEU IMPORTE TON NOM DE FAMILLE...BORDEL MAIS COMMENT T'AS PU FAIRE CA ??

- Je l'ai fait pour lui...Pour lui laisser une chance de vivre sa vie...Je l'ai fait pour lui..."

Une larme coula sur la joue de la jeune femme et son corps trembla.



Jack Munioz tentait tant bien que mal de contenir le directeur de l'hôpital alors qu'au même moment la porte du bureau claquait dans un immense fracas, laissant apparaître William Davies, sa femme Sarah et Rebecca.

"- Dis-moi que c'est une plaisanterie...Dis-moi que tout ça, tout ce qu'on m'a dit est une pure invention, un vaste canular pour faire parler de toi...

Il tapa la table du plat de la main, faisant sursauter tout le monde.

- DIS-MOI QUE C'EST FAUX !!

- Je suis désolée papa.

Sarah secoua la tête et Rebecca ferma les yeux alors que son père se figeait de rage.

- Oh non...Non, tes excuses tu peux t'étouffer avec Rachel, comment crois-tu que nous avons réagi lorsqu'on nous a appris que tu avais pris notre jet privé pour te rendre à New York, que tu venais de falsifier la liste officielle des dons d'organes et que tu avais récupéré un cœur pour un de tes patients alors qu'il était prévu pour quelqu'un d'autre ? LA FILLE DU GOUVERNEUR DE NEW YORK !!

Elle hésita avant de se lever, le cœur tambourinant fortement dans sa poitrine, la peur au ventre et la nausée au bord des lèvres, son corps tout entier trembla.

- Il a usé de son nom pour la faire apparaître sur cette foutue liste alors qu'elle n'y avait pas sa place, ce n'était pas une greffe qui lui fallait juste une chirurgie cardiaque réparatrice...Je t'interdis de me faire la morale, je n'ai fait que ce qui était prévu depuis le départ...CE COEUR ETAIT CELUI DE DYLAN...Alors le gouverneur de New York, la commission disciplinaire et notre nom de famille, JE M'EN TAPE TU ENTENDS ! J'AI FAIT MON BOULOT, CELUI QUI ME TRANSPORTE, CELUI POUR LEQUEL JE ME BATS TOUS LES JOURS, CELUI QUI M'APPORTE UNE RECONNAISSANCE ET UNE SATISFACTION QUI TE SERONT TOUJOURS ETRANGERES TOI ET TES RICHES RENTIERES GONFLEE AU BOTOX...

Avant même qu'elle ait pu finir sa phrase, la gifle que lui asséna son père lui coupa le souffle. Sarah plaqua sa main sur sa bouche en hurlant.

- WILLIAM !

Rebecca serra les dents en haussant les sourcils et Jack soupira en baissant la tête. Rachel regarda son père comme si elle le voyait pour la première fois, vingt huit années tracées en ligne droite qui aujourd'hui s'arrêtait d'un coup net et tranchant, elle caressa doucement sa joue endolorie.

- J'ai sauvé la vie d'un petit garçon de 10 ans, je lui ai donné une chance, j'ai fait honneur au serment pour lequel j'ai été diplômé...La dernière fois que tu as fait preuve de déférence et d'altruisme c'était quand ?

Une larme coula sur sa joue.

- Il n'y a que l'argent qui compte dans cette famille, l'argent et l'impact de notre nom...Notre réputation c'est tout ce qui t'importe, du moment qu'on continu à nous invité dans les plus grands galas, du moment qu'on continue à avoir nos entrées dans les plus grands palaces...Mais pour moi...POUR MOI C'EST PAS LE PLUS IMPORTANT...Alors je me fiche de ce que tu penses, je l'ai fait pour lui, pour qu'il puisse grandir.

Il esquissa un sourire mauvais.

- Tu crois que tu leur dois quelque chose à tout ces gens ? Mais ma pauvre fille c'est en étant égoïste qu'on arrive au sommet, peu importe les dommages collatéraux, sur la ligne d'arriver il n'y a qu'un seul gagnant. C'est comme ça que je suis arrivé en haut de la pyramide, comme ça que je suis devenu le meilleur de ma profession, au zénith de cette ville, de cet État et j'espère aller encore plus loin et crois-moi bien que ce n'est pas parce que tu es ma fille que je vais te laisser tout gâcher, tu m'as bien compris ?

Elle fronça les sourcils.

- Ça veut dire quoi exactement ?

- Que tu vas me faire le plaisir d'accepter la proposition de la commission disciplinaire.

- Je ne les ai pas encore rencontré.

- Moi oui et Dieu merci, notre nom si insignifiant pour toi, à encore beaucoup d'impact. Ils ne te retireront pas ton droit d'exercer par contre tu vas certainement devoir changer d'orientation.

Rachel pouffa de rire.

- Oh bien sûr...C'est ça en fait...Tu jubiles là...Je me fais virer, je perds ma licence en pédiatrie et je viens bosser pour toi...C'est ça ta stratégie ?...T'as de la chance de ne pas avoir autant d'influence que Mr Cuomo parce que j'aurais pu croire que c'était un coup montée de ta part...Seulement je te le dis tout de suite, il est HORS DE QUESTION que je vienne travailler dans ton cabinet, tu m'entends ? Même pas en rêve...Je préfère encore perdre mon droit d'exercer.

Son père s'avança méchamment vers elle et Sarah tenta de le retenir.

- Tu vas me faire le plaisir de la fermer et de m'écouter attentivement, parce qu'au cas où tu ne l'aurais pas encore compris, tu n'as pas le choix...JE NE VAIS PAS TE LAISSER LE CHOIX ! Rebecca vient de passer trois heures au téléphone avec Cuomo pour qu'il ne porte pas plainte contre toi...Parce que pour ton information, ce que tu as fait est illégal.

Rachel murmura.

- J'ai récupéré ce qui lui revenait de droit.

- TU AS VOLE UN COEUR, FALSIFIE UNE LISTE GOUVERNEMENTALE ET GREFFE UN ORGANE A UN PATIENT QUI N'AURAIT PAS DU EN BENEFICIER...C'EST DU TRAFFIC D'ORGANE RACHEL...ET AU PALMARES DE LA CONNERIE DE LA PART D'UNE GAMINE DE 30 ANS CA VAUT 25 ANS DE PRISON !! ALORS TES ETATS D'AME DE CHIRURGIEN JE M'EN CONTRE FOUS, MOI VIVANT, MA FILLE N'IRA PAS EN PRISON ! MOI VIVANT, NOTRE NOM NE SERA PAS TRAINE DANS LA BOUE ! MOI VIVANT TU RAMPERAS DEVANT JEFFREY POUR QU'IL N'ANNULE PAS VOTRE MARIAGE ET SI TU NE TE PLIES PAS AU REGLES JE TE JURES QUE TU LE REGRETTERAS AMEREMENT, JE TE PRIE DE CROIRE QUE TU POURRAS OUBLIER D'OU TU VIENS, QUI TU ES ET PIRE ENCORE...TU NE REMETTRAS PLUS JAMAIS LES PIEDS CHEZ NOUS NI DANS UN HOPITAL !

La jeune femme trembla.

- C'est un ultimatum ?

- C'EST UN ORDRE ! OU TU OBEIS OU TU DEGAGES !"

Sarah pleura silencieusement, Rebecca souffla fortement et Jack regarda sa protégée, le cœur battant car à cet instant précis il compris que Rachel était piégée.



"- Très bien Mlle Davies...Voici les papiers officiels, asseyez-vous.

La jeune femme tira sur les manches de son pull et s'installa sur la chaise en soufflant discrètement.

- Après avoir longuement délibéré nous sommes parvenus à un accord. Nous avons entendus vos arguments, ceux de votre père et ceux de votre supérieur hiérarchique...Vous êtes de l'avis de tous un médecin très compétent et vous méritez une certaine clémence.

- Je m'en moque.

- Pardon ?

- Je-M'en-Moque ! Dylan est vivant, il a un cœur en bonne santé...Il est vivant, le reste je m'en fiche...Faites de moi ce que vous voulez.

Un silence s'abattit sur le groupe de personnes devant elle.

- Vous comprenez bien que ce geste ne peut pas rester impuni...Vous évitez la prison parce que le gouverneur s'est refusé à porter plainte contre vous mais il est évident que nous devons appliquez certaines sanctions.

Elle serra les mâchoires.

- Lesquelles ?

- Aucune suspension, vous conserver votre droit d'exercer la médecine mais hors contexte hospitalier et bien évidemment vous perdez votre licence de pédiatrie et de chirurgie.

Elle ferma les yeux et laissa échapper une larme.

- Médecin généraliste ?

- Ne vous avisez pas de vous plaindre Rachel, vous évitez de justesse 25 ans de prison pour trafic d'organe...A votre place je me tâcherais de ne pas faire de vague durant le reste de ma carrière.

Plusieurs larmes s'écrasèrent sur ses joues.

- Les enfants...C'était ce qu'il y avait de plus important..."



Elle repoussa ses cheveux en arrière et soupira en surfant sur le net sans grande conviction. Elle cliqua sur une annonce.

"- Cabinet associatif – 4 médecins généralistes – Miami Beach

Elle referma la page. Il était évident que c'était peut être mieux pour elle de s'associer avec d'autres confrère afin de s'assurer une place stable. Parce qu'elle n'irait pas travailler avec son père, ils ne s'étaient pas reparlé depuis leur altercation mais pour elle tout était clair. Sa mère avait vainement tenté d'apaiser les tensions mais pour l'instant c'était peine perdu, Oliver s'était amusé de la situation avec sa nonchalance éternelle quand à Rebecca, elle était littéralement furieuse contre sa sœur. Elle ouvrit une autre page.

- Rech médecin – Dispensaire social – Banlieue Miami – 80hr / semaines"

Elle écarquilla les yeux et changea d'annonce. Au bout de dix minutes de recherche, elle se désespéra de trouver quelque chose qui pourrait lui convenir. Elle referma donc la page sur le domaine médical et regarda par curiosité le registre national du site internet sur lequel elle se trouvait. Il y avait de tout : serveuse, commercial, dentiste, professeur, femme de ménage, plombier, électricien...


Détroit, Chicago, New York, San Francisco...Des noms moins connus comme Summerville, Broken Bown, Inglewood...La Caroline du Sud, l'Iowa, le Texas, le Wisconsin...


Le Montana...


Missoula...


"- Recherche gouvernante pour tâches domestiques (lessive, cuisine, ménage...), gestion administrative simple et prise en charge touristes de jour – URGENT – contacter 555.837.59 ou par mail : thompsonhannah@ - sur site du ranch ci-dessus.


Elle regarda l'entête de l'annonce, fronça les sourcils, se mordit la lèvre avant d'ouvrir sa boîte mail entrant le nom du contact puis en objet, elle inséra le nom du ranch.


Walker River Ranch

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