Un loup parmi les zombies

Swan Le Loup

« Un serveur je ne l'appelle pas "garçon" mais monsieur. Tout comme un ministre, je ne l'appelle pas "monsieur le ministre" mais monsieur. » Lino Ventura

Un voile sur mes yeux. Je discerne les gens circuler car il n'y a plus rien à voir. Mes bras maigrichons pendouillent le long de mon corps. Je poireaute d'un air hébété. Même en cage je m'enferme dans ma bulle. On me secoue. Des monstres, partout. Transpirants, crasseux, les cheveux blancs, chauves, baveux et à bout de souffle. Certains respirent et t'inspires le soulard. La tronche de ce bétail parait si pâle qu'on dirait des vivants morts. En face de moi, un gros porc ronfle comme un sourd à force de radoter des conneries comme un perroquet. Il suinte une fierté démesurée. Le visage déconfit, fatigué. Ses yeux sont cernés, sa vie aussi. Une existence sécurisée, routinière et planquée dans une cave au fin fond d'un tiroir poussiéreux gardé par une clef égarée depuis belle lurette. Tout est carré dans sa vie par des habitudes affligeantes. Il fréquente les mêmes gens depuis des piges. Démagos et hypocrites se réunissant comme des sectes publics autour d'un verre dans le même bar tous les vendredi soir à raconter des blagues vaseuses qui font ricaner ces affreux. Dans ce brouhaha je dresse mes oreilles. J'entends piailler des vilaines qui critiquent des semblables à elles. Et plus loin un type qui prétend. Se vantant d'avoir joué les seigneurs devant une foule médusée. Le courage existe pour ce genre de sauterelle une fois la porte refermée et les dos tournés, et la mythomanie gonfle les couilles de ces gusses qui jactent comme des perroquets et aboient comme des caniches devant leurs peurs. Je ne vous cause pas de tous ces moutons qui s'agglutinent comme des mouches à merde pour tirer sur une ambulance. Il n'y en a pas un pour relever l'autre. Quand bien même, l'autre serait bien capable de le faire trébucher pour l'enterrer dans sa médiocrité. Plus tu tends ta main plus tu te casses la gueule. Il y a des claques qui se perdent. Il y en a d'autres qui se donnent. Parait-il qu'il y en a même qui se gagnent. Levez vos verres et trinquez ! Honorables gens ! Moi je braque mon index comme on brandit une croix pour faire fuir les vampires. Crevez avec vos CDI, vos maisons, vos toutous domestiqués comme des esclaves et vos clones d'enfants à crédit. Tout ça ce sont des rêves de supermarché. Job pour tous. Mariage pour tous. Adoption pour tous. A croire que ces cauchemars sont la clef du bonheur. Si un jour cette société s'écroule en miette je serais le premier à applaudir des deux mains avec mon sourire de salopard pendant que les pigeons chouineront, moissonneront et quêteront leur avenir. J'emmerde tous ces connards et connasses qui imposent, autorisent, donnent droit, conseillent, respectent et tout ce bla bla. Nique sa mère les beaufs qui passent pour des génies aux yeux des demeurés qui les entourent. Je déploie le dos rond et sors mes griffes contre ceux qui partagent ce bonheur comme on coupe un gâteau devant des meurt-de-faim. Je suis un crevard, un sauvage et un jaloux. Un monstre. Un de ces monstres. Je me persuade que je vaux mieux alors que je ne suis qu'un vaurien. Je ne fais plus de cadeau. Quand un membre de ma meute est triste, je l'ignore. Quand une vieille dame trébuche dans la rue, je me sauve comme un lâche. Quand un accablé cherche mon regard, je l'esquive. Quand la vie me sourit, je m'isole. Quand la faucheuse me racole, je me raccroche. Mère-grand est sur son lit de mort et je ne vais même plus la voir car le chaperon n'est plus qu'un zombie. Je suis une sale bête. Je critique, je me moque, j'écrabouille des fourmis, j'insulte, je fais la tronche mais je ne salope personne avec ma connerie et reste dans mon coin comme puni sans trop savoir pourquoi car quand on me pose une question je n'ai jamais de réponse. Hymne à ce loup maudit, autiste et solitaire qui s'évade dans sa bulle pour s'échapper de sa cage et accoster des nanas un peu tartes attendant comme des cloches que le temps passe. On se retient, on s'attache et quand tout lâche c'est la débandade petit lâche. La France est une sacrée putain, une pétasse, une garce, une chienne sans garde. A force d'avoir été baisé et rebaisé comme une sot par les entrepreneurs de morale elle a marchandé sa liberté au hasard du temps. D'où le principe de ne pas être né sous la même étoile. Et comme les porcs baisent sans capote ils ont enfanté tous ces monstres. Je vous crache à la gueule avec respect, slogan de « notre » belle république.

Ce monde n'est qu'une vaste supercherie et nous des animaux, en laisse.

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