Un mariage réussi est-il possible ?

Paolo Smith

« Ce qu’il y a de bien avec le bonheur des autres, c’est qu’on y croit » Proust.

    Une histoire d'un des jeunes disciples du Bouddha, dont une belle courtisane était tombé amoureuse, peut apporter un élément de réponse à cette interrogation - « un mariage réussi est-il possible ? » ; porter même à leur couronnement nos derniers spasmes de désespoir, voir transmuter le vil plomb en or,  tout ça tiré du révéré creusé coïtal, comme vous l'attendiez. De quelle nature est-il cet or, me direz-vous ? Pour autant je suis contraint par le bon déroulement de l'histoire, à propos du dit couronnement, de ne plus vous en pipoter mot avant la fin; aussi passons directement à la suite.

    De cette jeune et belle courtisane donc, amoureuse de lui et lui ayant fait savoir, il avait refusé les avances. Il apprit un jour que par cupidité elle avait assassiné un riche marchand. Le roi ordonna qu'on lui coupât les mains, les oreilles et le nez, et la condamna à vivre dans un cimetière.

    Alors seulement le disciple du Bouddha se rendit auprès d'elle. La courtisane s'en étonna : « Quand mon corps était doux comme la fleur de lotus, qu'il était orné de parures et de vêtements précieux, qu'il avait tout ce qui attise les regards, j'ai été assez malheureuse de ne pas te voir. Aujourd'hui pourquoi viens-tu contempler mon corps dont les yeux ne peuvent supporter la vue, qu'ont abandonné les jeux, le plaisir, la joie et la beauté, qui inspire l'épouvante et qui est souillé de sang et de boue ? » Et le disciple du Bouddha de lui répondre : « Je ne suis pas venu auprès de toi, ma sœur, attiré par l'amour du plaisir ; je suis venu pour voir la véritable nature des misérables objets des jouissances de l'homme. » 

On réservera donc le mot de la fin à Tolstoï, mot auquel il est difficile de se soustraire sans se soumettre à l'orgueil : « l'homme survit aux tremblements de terre, aux épidémies, aux horreurs de la guerre, aux agonies de l'âme, mais la tragédie qui le tourmente, et le tourmentera toujours, c'est celle de la chambre à coucher… »

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