Une journée d'Août (bien trop) banale

mamzelle-plume

Crédits photographie : Elena Kalis.

Une journée d'Août, (bien trop) banale.

 

Je me souviens de tes mots. Certainement, que trop. Tu souhaitais m'attraper dans tes filets, des filets de liberté, disais-tu, qu'elle ne fut pas ma stupeur. J'ai belle et bien fait une terrible erreur. J'ai oublié d'avoir peur. J'ai perdu de vue cette idée que le plus aimable des compliments, recèlent souvent le plus macabre des démons.

Le soleil berçait la Provence à cette époque de l'année, nous étions en août, tu avais pris soin de t'occuper de tout. Mon billet était établit, mon vol programmé, et mes mensonges bien empaquetés. Pourtant. Ma famille savait.

Elle connaissait la forme de nos discussions, mais jamais il ne leur serait venue à l'esprit que j'eusse la folie de partir te rencontrer. Je ne connaissais ni ton âge, ni ton visage, ni rien d'autre de concret, hormis que tu écrivais et que tu disais avoir été publié. Je croyais déjà connaitre ton nom, et cela m'émouvait. Après tout, rien De très original. J'étais en quête d'une certaine reconnaissance, de voie à suivre, de ligne à retranscrire.

Et toi. Toi. Tu étais là. Tu étais apparue dans ma vie, comme la foudre sur un arbre dégarnie. Je n'attendais même plus la mort. J'aspirais à la vie.

Et me voilà à mentir comme une arracheuse de dent, à certifier à mère que sa jeune fille de 19 printemps, partait sur Paris, le temps d'une soirée, histoire de s'aérer, de renouer avec les bras d'un amant perdu, libre de quitter son agoraphobie et toutes ses pensées impures qui lui bouffaient la vie. Le temps d'une nuit, d'une symphonie.  Mon père, lui, ignorait totalement mon départ. Mais il m'avait vu, il m'avait écouté, nos discussions et appels téléphoniques n'étaient pas un secret. Cela me rassurait. Comble de la stupidité. Puisque tu me vendais de l'espoir. L'espoir peut-être terriblement malsain. Je l'avais pourtant bien retranscrit.

Comme souvent, j'ai joué trop près des flammes. Et tout deux, nous savons ce qui suivra. Je me suis brûlée. Mièvrement. Brutalement. J'ai accordé ma confiance au loup. Car ses mots me touchaient, me frappaient en plein ventre, me remuaient le cœur. J'ai cru en ses jolies paroles, je n'avais que trop envie d'y croire. Tu me disais que j'étais talentueuse, roses incomprises parmi les épines. J'étais certainement trop jeune, trop fleur bleue… Naïve. Sotte. Tout simplement. Mordre dans mes textes, c'était enlacer mes reins. Et tu l'as fait brillamment. Je n'y ai vu que de la poudre. Qu'un voile opaque, disparate.

Toujours est-il que ma sœur savait, ma sœur jumelle, seulement, elle se trouvait déjà trop tourmentée pour me remémorer de me méfier. Et puis, c'était ma vie, ce n'était pas son rôle. C'était mon corps, mon âme. J'étais majeure et vaccinée, je ne cessais de me le dire. Que pouvait-il m'arrivait de pire ? De bien pire, que je ne m'infligeais pas déjà chaque jour et à chaque instant ? La vérité est terrible. Désespérément vraie, j'étais perdue. A ta merci. Tu n'as eu qu'à me cueillir, coquelicot fébrile bien loin d'avoir des épines.

Les instructions étaient claires, précises, tout comme l'aube qui ce matin là me fit frissonner. Accusant la  chaleur de l'été, j'avais revêtu une robe bleue, dévoilant à peine mes genoux bleuis par la fraicheur. Six heures du matin. Ma mère me conduisait sans le savoir vers une nouvelle falaise que je m'étais inconsciemment construite. Les « au revoir » ne se firent pas sans quelques larmes, le doute, l'inconnue commençait à m'asphyxier la gorge. Pourtant, je ne fis pas volteface.

Je me souviens très bien de cette terreur qui apparaissait peu à peu dans mon crâne. Je t'imaginais certes plus âgé, mais je te voyais bienveillant, intelligent. Le mystère autour de toi, renforcé, durant ses deux semaines de conversations n'avaient fait que combler les morceaux d'espoir qu'ils me restaient ; me faire publier, converser sur nos auteurs préférés, approfondir sur une philosophie de la vie, que je croyais sourde pour beaucoup. Tu semblais torturé mais cela ne m'inquiétait guère. Alors, mes titres de cœur vissés aux oreilles, je faisais le grand saut. Je me perdis à imaginer ce que serait notre rencontre. Peu à peu le doute et la peur me quitta, le temps d'un vol d'oiseau, et me voilà dans cette ville. Nantes.

Dommage, j'aurais du anticiper cette pente, cette méchante odeur de rancœur. Seulement mes jambes, mon corps comme branchés en mode pilotage automatique ; je suivais tes instructions.

Un taxi m'attendait devant l'aéroport, il me conduira jusqu'à cette entre, petit village, reclus à 40 minutes de la ville la plus proche, tu n'avais pas souhaité me donner ton adresse. Tu jouais cet écrivain mystérieux. Et tu le jouais à la perfection.

Sans un sous en poche, tu avais prévenu le conducteur que tu réglerais… Quand d'autre terme, la partie, ce jeu énigmatique débutait. Je n'aurais qu'à déverrouiller la porte de ta maison, en prenant bien soin de ramasser les clefs sous un pot de fleur, de couleur lilas. Une fois entrée, ta deuxième carte de crédit serait sur ce fameux bol fourre-tout que tous plus ou moins possède. Sans mal, j'effectuais tâche après tâche. Mais je n'oublierais jamais le regard de ce taximan, entre l'intriguement et la pitié. Je ne saurais expliquer pourquoi mais à ce moment précis, mon cœur dévalait les escaliers, mon ventre se tordit. Puis, lui aussi, il partit. Je me retrouvais alors seule, ma pauvre dégaine, isolée de tout, dans une maison qui n'était pas la mienne.

Et la terreur se fit, nid dans mon crâne. J'aurais du partir. J'aurais du appeler ma sœur, ma mère, mon père. Et leur dire « venez me cherchez, je suis terrifiée ». Mais je n'ai rien fait. Au contraire, J'ai délicatement posé mon sac dans l'entrée. Et je me suis mise à penser, à gamberger à une vitesse folle. J'ai repensé à nos discussions, et j'y décelais désormais de la sournoiserie, trop d'idées vagues n'apportent que rarement des faits concrets. Des actes sains. Trop tard pour me blâmer. Je me pris de nouveau à espérer.

Soudain, la réalité. Mon téléphone se mit à sonner, tu savais. J'étais bel et bien arrivée. Et toi aussi, sous peu. Tu me donnais de nouvelles instructions. Et comme une pauvre bête aveugle, j'obéis.

Tu me demandas d'attendre, à quelques centimètres de la porte. Le point important était que tu me souhaitais de dos, qu'ainsi je ne puisse pas te voir arriver. Seulement t'entendre, t'imaginer et puis te ressentir. Tout ceci fit accélérer mon taux d'adrénaline, mes jambes devenue guimauve, mon cœur n'était alors plus qu'une partie intégrante de mon estomac. J'entendis au loin le bruit de ton 4x4, et là, mon angoisse prit un vol direct pour ma bouche, J'aurais été incapable de me mouvoir, incapable de parler. Ce jeu mystérieux m'intimidait. Plus le temps de penser.

Alors, je fermis très fort mes paupières. Statique.

**

C'est ta main ferme et rugueuse contre ma nuque que je sentie en premier, une caresse qu'y me fit frémir de surprise. Puis se fut cette odeur, ce muscat, entre la transpiration et l'eau de Cologne bon marché. Fermement, je sentie ton souffle ensevelir ma chevelure, sans attendre tu me serras fort dans tes bras. Et mon corps faillit me lâcher. Déjà, le pourquoi ? Pourquoi me toucher ainsi ? Ce n'était pas convenu ainsi. Ce n'était pas convenable. Seulement, je demeurais muette, pantoise. Et lorsque tu me susurras « je suis content que tu sois là, petite plume », les relents aigres me saisirent. Mes pensées furent stopper net par ta main, m'agrippant la nuque tu me fis faire volteface, tes lèvres épaisses cherchaient les miennes. Adrénaline et courage, je fis deux pas en arrière, baissant la tête. Mon regard où j'entendais battre l'effroi de mon cœur. Tes yeux souriant, m'offrant une vue béante sur les ténèbres qui suivraient. Je fis une grimace, léger sourire, que tu pris pour de la timidité, une forme de pudeur. Mais qui en réalité, ne recelait que de la stupeur.  Hélas, à ce moment précis, il était déjà trop tard, je réalisais mon erreur. Mon fourvoiement et tes attentes. Beaucoup trop obscure.

Tu me fis faire un tour dans ta grande maison, parlant beau temps et aménagement, tu adoucissais la biche fébrile. Le sang dans mes jambes recommençait à tourner, doucement, peut-être avais-je rêvé ? Après tout, pourquoi un homme d'une cinquantaine d'année tenterait de m'embrasser, moi, simple gamine, bien trop futile. Vint le tour de ton repère, ton lieu d'écriture, cette fameuse véranda où tu laissais les vieux disques de Barbara chantonnés en boucle. Une aura bien funeste. (Je ne peux plus l'écouter aujourd'hui).

Jamais, ce jour là, tu ne m'appelas par mon prénom, tu aimais ce pseudo, cette « mamzaile plume » t'enhardissait sur ce site. Ce jeu te comblait. Mais nommons ce loup. Tu savais très bien ce que tu attendais de moi.

Après m'avoir montré tes textes, fais le tour de ta maison en omettant l'étage et donc la chambre à coucher. Tu me proposais alors quelques bulles ; du champagne, s'il vous plait. Hélas, pour toi, j'étais prudente, je ne voulais pas être ivre. Mon verre dans les mains, je ne bus qu'une lichette. Et tu parlais beaucoup, mais pas assez à mon goût. La peur ne quittait plus mon ventre. Et je ne comprenais plus trop ce qu'il se passait. J'avais la hantise de ce qu'y allait arriver au moindre blanc dans notre conversation. Tu me racontas toute ta petite vie, les coups de ta mère adoptive, ses viols, cette séquestration dans une cave sombre. Mon dieu. Si c'était vrai, cela était horrible, tu me parlais donc de crime. Mais aussi, de ton vœu de t'en sortir. Tu disais faire partir de la Nature, avec un « N » majuscule, faire partie d'un tout aussi immatériel que surnaturel. Tu avais beaucoup de croyance. Les écrivains peuvent être perturbés, je le savais bien, mais là, à cet instant tu semblais plus fou que sain. Irrévérencieux, incertain, macabre, imprévisible. Et tes mots, ton visage, ton allure, me terrifiaient. Et ce, bien plus que ses maux que tu avais décelés en moi. Tu me disais te retrouver en moi : « moi aussi, je faisais partie de cette Nature, j'étais comme toi ». Crois moi, ce que tu as dit ce jour là me hantera jusqu'à la fin de mes jours. Car je ne suis pas comme toi. Je ne l'étais pas. Et je ne le serais, j'espère, au combien, jamais.

Ce n'est pas être étrange. C'est être mauvais. Et dieu seul sait à quel point les rides, les cernes et les creux dans ton visage me le faisaient penser. Je ne cessais de t'observer, tu te mouvais chaque fois un peu plus sur ce bon vieux canapé, cherchant à te rapprocher de moi. Et ce malgré la distance que j'avais pris soin de mettre. Quelle bêtise, je fis, alors ce jour là. Tes longs discours achevés, je cherchais un peu de sens à donner à tout ça. Alors je te demandais timidement de me montrer ce fameux exemplaire, je voulais savoir si tu étais fou au point de m'avoir menti sur ta soi-disant publication. Tu n'avais pas réellement menti au sens propre. Tu me conduisis alors dans cette cave. En dévalant les marches, ta main accrochée à la mienne, je vis mon esprit se fendre en deux. Je priais à m'en rompre les tympans pour me tromper. Pour ne pas crever, ici, avec toi comme geôlier. Je n'exagère pas. Ma peur n'était pas traduisible. Mon ventre en gelée, je vis alors deux gros cartons. Effectivement, tu avais publié. Effectivement, tu possédais donc bel et bien un bouquin à ton nom. Malheureusement, tu n'étais pas plus célèbre que moi. Mais tout ces exemplaires n'avaient pas atteint ne serait-ce qu'une libraire. Ils étaient confortablement en train de prendre la poussière dans ta cave. Alors, tu m'en offris un, et je le pris plus par politesse que par réel intérêt.

Tu continuas donc à me parler. Viens le tour de tes enfants, de tes femmes, à ce que je cru comprendre, tu étais ce que l'on appellerait, jadis, un bourreau des cœurs, un don juan. Bon sang, comment se faisait-il que je ne voyais, aujourd'hui, qu'un homme au crâne dégarnie, à la chevelure grise, aux mains épaisses… à la mine déconfite. Sournois. Pourquoi ton regard brillant, glacier immoral, me donnait envie de prendre mes jambes à mon cou, de fuir, tout de suite et de ne jamais plus te revoir de ma vie ? Je ne cessais de penser à mon vol retour. Pendant que tu me dévoilais divers photographies et clichés de ta vie. Je ruminais. L'angoisse dans ma gorge, me griffait au sang. Mon vol serait le lendemain, à 7H15 du matin, et je ne faisais que de me marteler une chose, « faites, que tu me laisses dormir dans le salon, faites, que tu ne tentes rien de plus ».

***

Mais j'eus tord. En me conduisant dans le salon, cette fois-ci tu ne me laissas gère le choix, assis tout près de moi, tu me proposas une solution à tout mes problèmes. Un remède, disais-tu, presque magique contre les tourments qui nous retournent le cerveau. Une sieste. J'eus envie d'éclater de rire. Tu ne pouvais pas être sérieux. En quoi, dormir pouvait soulager de la tourmente, des réminiscences ?

Tu me répondis que ce qui comptait n'était pas tant la sieste, en elle-même, c'était une question de durer. 7, 12 ou 14 minutes. Pas une de plus mais pas une de moins. Devant mon air ahurie et certainement pantoise, tu saisis la chance de me proposer un essai. Mon sang battait à m'en rompre les tympans, désormais. J'aurais aimé quitter cette terre, au lieu de devoir te répondre et donc de choisir. Les mots me manquaient. La bouche ouverte, tu écartas de mon visage une mèche rebelle, et plus doucement, en esquissant ton fameux sourire, grimace macabre, tu me dis « alors, ma petite plume, 7, 12 ou bien 14 minutes ? ». Cette fois-ci presque du tac au tac, je répondis « 7 ».

Tu m'offris alors ce que tu pensais être dans ton esprit malade, un sourire rassurant, une envie irrépressible, presque visqueuse, qui se lisait sans mal dans tes yeux de glace. Sans attendre plus longtemps, tu me proposas d'aller nous étendre dans ta chambre. « Histoire de voir où j'allais dormir ce soir ». Je montais, alors, ces marches, comme les condamnés morts, cette montée était ma Ligne verte, à moi.

Une fois dans la chambre, je fus dérangée par son aspect complètement impersonnel. Il n'y avait qu'un pauvre lit, une armoire, un coussin, tout était blanc, immaculé. Pas de drap, pas de couette. Personne n'aurait cru, y trouver âme qui vive. Tu me montras du doigt le sommier, ton regard sur moi, m'impressionnait d'autant plus, j'obéis. Je m'étendis. En prenant grand soin de me mettre à l'extrémité de ce pénible lit, en cuillère, mon regard vissé sur la porte fermée de la chambre.

Sans que je n'eu le besoin d'attendre, tu t'allongeas à ton tour. Très vite, je sentie ta main sur ma hanche. Contact imprécis, qui provoqua une décharge d'effroi dans mon corps, une électricité glaciale me prit de la pointe des pieds jusqu'au sommet du crâne. Je compris, alors, que cette sieste, n'était que fumée, que tout ceci n'était que du vent et que tu allais obtenir ce que tu voulais. Ma nuque, mon dos, mes fesses, mon corps t'était offert. Et je ne pouvais plus rien n'y faire.

Je m'étais offerte au loup.

Tu me diras. Le cerveau est bien fait. C'est une machine étonnante. Certes, je ne peux compter sur les doigts, le nombre de fois où à ce moment là, j'aurais souhaité que la mort vienne me cueillir. Mais cette mécanique est bien rouée. Car je suis rentrée dans ton jeu, tout au long de cette journée. Au final, je n'étais pas si bête. Puisque des lors que mon regard à croiser le tien, j'ai compris. J'ai compris que tu étais capable de pire, du pire. La survie. La peur dans mon ventre, statique mais consciente, la survie, ce sucre d'adrénaline nous pousse à tout faire pour rester en vie, pour limiter les dégâts.

****

Alors, nous voilà. Toi et moi. Dans ce lit.

Tout d'abord, je me souviens de ton corps dur contre le mien, de mes rêves qui se cassaient la gueule contre le plancher, de mes espoirs qui s'envolaient dans l'air comme les bulles de ton champagne. Tu étais déjà en caleçon, j'avais toujours ma robe. Tu m'enlaças nerveusement, tes lèvres dans mon cou me donnaient envie de crier. La bouche ouverte. Je n'entendais que le son de mon cœur, de ma respiration hachée. Tu me susurrais ce que tu croyais sûrement être des mots doux, mais ils résonnaient en moi, comme un assassinat. Sordide. Tu complimentais mes courbes. Mes seins. Ma bouche. Tu défis délicatement la fermeture de ce bustier. Très vite, ce fut le tour de mon soutien-gorge, puis de ma petite culotte. Que tu jetas fiévreusement au pied du lit. Tu me retournas, alors, sans un mot. Me forçant à faire face à ton regard. Sur moi, étalé de tout ton long, comme le loup sur sa proie, je sentis ton parfum, ta transpiration luisante contre ma peau. Je ressentis ton excitation. Et ne supportant plus de voir ton visage, je fermis de toutes mes forces mes paupières. Je me retrouvais alors, telle une poupée de chiffon, tel une âme de carton entre tes mains de gamin impatient. Tu me répugnais. Tout en toi, me donnait envie de vomir, de me vomir. Ton odeur qui emplissait mes lèvres, tes mains qui s'acharnaient à me dévêtir, ton corps lourd et gras qui m'emprisonnait sur ce lit. Ce n'était plus de la peur. C'était une terreur infinie qui me prit à ce moment-là. Ta langue sans cesse, en recherche de la mienne, ta bouche sur mon corps, rien n'était plus sale pour moi. Alors, je cherchais à penser, à oublier ce qu'il se passait car la douleur était innommable, in quantifiable. Mon esprit cherchait à tout prix un moyen de foutre le camp. Seulement, lui comme moi, nous étions piégées. Prise dans tes filets. Et ils étaient loin de signifier une quelconque liberté.

Ton assaut s'intensifiât, soudainement. Fermement, tu écartas mes cuisses, tu simulas de long va et viens. Et mes larmes silencieuses, devinrent raz de marée dans mon crâne. Tu continuas ta danse de serpent, lentement, mais surement, d'une main tu ôtas le dernier bout de tissue qui me protégeait de toi. Très vite, sans que je n'eu le temps de dire quoi que ce soit, tu m'écrasas de tout ton poids, plaquant mes poignets sur le sommier, sans plus de préliminaire, tu pénétras la barrière de mes lèvres. Et ton râle de gloire, à ce moment précis, me hantera pour toute ma vie. Toujours.

Tu m'as prise, violemment, ton nez dans mon cou, tes mains empoignant mon ventre blanc. Plus rien ne serait jamais comme avant, je le savais, pertinemment. Ma respiration coupée, les yeux grands ouverts, tu ne vis pas mes larmes, tu ne ressentis pas ma douleur. Pourtant, j'eus envie de crever. Tant la douleur était vivace, tout mon corps m'abandonnait. Tandis, que ton corps me déchirait le ventre. Mon cœur s'était fait la malle, et avec lui les dernières miettes d'espoir qu'ils me restaient.

Pourtant le pire était à venir.

Je me souviens de tes râles, de tes gémissements sordides, de tes mains griffant ma peau. Je me rappelle de mon sursaut quand tu me retournas, pour me prendre à quatre pattes. Pour faire de moi ta chienne, ton objet, ta poupée. Je me souviens de mes larmes, de mon cri inaudible dans le coussin, de mes dents s‘y accrochant violemment. Je me rappelle de ton poids sur mon corps, de ton odeur mélange de tabac froid et d'alcool. Je me souviens de toi. De tes mots tranchants comme des lames de rasoir, de tes silences troublants. Je me rappelle ta gentillesse passée, ta chaleur envolée. Je revois le vent glacial y succéder. Je me souviens des pliures de ton sourire, de tes petits yeux qui suintaient de vilaines pensées. De tes mains fermes et poisseuses sur mes hanches, de tes doigts qui s'introduisaient dans ma bouche avec force. De ton corps dur contre le mien, de la vie et ses sourires qui se brisaient contre les murs de ta chambre. Je me rappelle de ma terreur, qui me mordait le cœur. Je me souviens du dégout et de la honte qui venait remplacer le choc. 

Je me souviens de tout. De chacun des coups qui explosaient dans ma poitrine.

*****

Puis vint, cette fameuse douleur. Ce cri sourd. Profond. Mais inaudible. Indescriptible. Celui de mon corps, de mon âme qui se balançait par ta fenêtre. Je ne pouvais rien faire, juste accuser les coups de tes reins sur les miens. Mes larmes, souillures grisâtres sur le coussin. Je me souviens avoir sentit tes doigts, s'égarer un instant sur mes fesses, dans un geste précis, ma stupeur à ce moment là ne fût sans pareil. Je me mis à prier plus fort, encore plus fort. J'espérais silencieusement, pour que ta jouissance fût plus rapide que 7 minutes. J'espérais sincèrement ne pas te laisser me prendre cette première sodomie. Mes gémissements, mes pleurs ralentis par le coussin, je pensais à ces deux amants que j'avais connus, et je me demandais « qu'ai-je bien pu faire à l'Homme pour en arriver là ? » Mes questionnements restèrent sans réponse.

7 minutes. 7, putain de minutes. Cela semble si court. Pourtant, dans mon souvenir, impérissable tempête, ce fut les 7 minutes les plus longues, les plus atroces, les plus douloureuses de toute ma vie. Soudainement, alors que tu t'effondrais sur moi dans un dernier et long va et viens, ton cri d'extase me tatoua le cœur, me brisa les reins. Mes yeux me brûlaient, tant j'avais retenue l'horreur. Sur le ventre. Stoïque. Les cuisses encore ouvertes, ton sexe encore dans le mien, tes baisers dans mon dos, sur ma peau me firent cette fois ravaler ma gerbe. La haine. La colère vint renverser le chagrin. J'avais envie d'hurler. De crier à m'en briser la mâchoire, à m'en asphyxier le ventre. De tout casser, de te prendre toi, toi et ta petite maison de carton, toi et tes vinyles macabres de Barbara, toi et toi encore ; et de tout faire brûler, de tout faire cramer, mille fois.  Je mourrais d'envie de t'étrangler, de te trainer dans cette même semence qui coulait entre mes jambes dénudées.

Cependant, prise au piège, sous toi, j'étais dans l'incapacité mentale de me mouvoir. Tu me disais alors, comble de l'ironie, être tombé en émoi. Tu disais être amoureux de moi. Tu voulais faire de moi « ta femme, ton épousé»… En d'autre terme, tu voulais faire de moi ta chose. Tout ceci en me libérant de toi. Ton retrait me fit l'effet d'un décapsuleur. D'une vieille cannette de Coca. Je ne ressentais plus rien. Tu aurais pu à ce moment-là me frapper, me noyer, me culbuter de nouveau… C'en était finit de ma peau, de mes os, de moi. J'étais comme anesthésiée. Je t'entendais. Mais je ne t'écoutais plus. J'étais ailleurs. Mon esprit ne savait plus quoi penser. J'étais comme morte.

Alors, de toi-même, tu m'incitas une fois allongée sur le dos à te rejoindre. Tu souhaitais, désormais, de la tendresse. Et je devais ravaler ma peine. Je me devais de te l'offrir. Car ton souffle de vieux, ton cœur de mâle dominant avait du mal à s'en remettre. Tu me fis pitié (et ce sentiment est toujours d'actualité).

Ma tête très légèrement posée sur ton torse, je fermis nerveusement les jambes. Je te ressentais encore. Ton suc entre mes cuisses, luisait, acide perfide, que j'avais envie de cramer. Je fis en sorte de n'être qu'une plume (comble de l'ironie), qu'une feuille sur ton épaule. Pourtant, tu resserras ton emprise sur mes épaules, sur ma taille. Tu continuais à déblatérer sur l'avenir, sur ma féminité, sur cette jouissance que « je t'avais apporté ». Et chacun, chaque parcelle de tes mots m'enfonçaient un peu plus dans un cauchemar sans nom. Un songe funeste devenue hélas terriblement réel. Tu disais vouloir rencontrer ma famille, tu t'enhardissais à l'idée de rencontrer ma mère, mon père et ma sœur. Tu te mis à parler de banquet, de repas à plusieurs, d'enfants. Et dans mon crâne, j'implosais un peu plus. Tu me donnais envie de rire, un rire jaune, rauque et sombre. Comment pouvais-tu parler de ma famille ? Comment osais-tu, à ce moment précis ? Alors que les traces de ton viol étaient encore toute fraîches, présentement sur ma peau ? Tu avais abusé de moi. Nommons, le.

Tu m'as violé. Physiquement, et psychiquement. Tu avais 54 ans, j'en avais 19. J'étais venue à la recherche d'écoute, de livre et de philosophie. Et toi, tu as profité de ma sottise, de ma naïveté. Tu m'as prise, tu m'as fait sombrer sous ton emprise. Je n'avais d'autre choix que t'obéir.  Si je souhaitais survivre.

 

*****

Seule. Enfin.

Sous la douche, la porte de ta salle de bain fermée à clef. Je m'effondrais. Seule, recluse. Mais enfin seule, je pouvais laisser libre court à mon horreur. L'eau bouillonnante me cuisait la peau, accroupie en position fœtus dans cette baignoire, je pleurais, de rage, de peine. Et à grosse goutte. Mais je ne ressentais plus rien. Mes larmes devinrent des cris, des balbutiements d'enfants incompréhensibles. Je ne voulais plus jamais sortir. Je n'avais plus la force de me relever. La buée emplissait la pièce, désormais.  Pourtant, je pris le seul savon à m'a porté, et je me carbonisais le corps. Je chassais ton odeur, ta langue, ta salive, ton jus, je m'en serais presque mordue la peau. Tant je me sentais sale. Tant je me sentais seule.

Puis, tu frappas. Trois coups, contre la maigre porte qui me protégeait de toi, ces coups me firent sortir de ma stupeur. Mais ma voix était bloquée. Comme aphone. Et non sans mal, je m'appuyais sur mes dernières forces, à l'aide de mes genoux, je pris la seule serviette que je trouvais pour m'enrouler dedans. Elle était trop petite pour moi. Elle n'aurait du servir qu'à me sécher les cheveux. Je pris le temps de me regarder dans la glace, et mon reflet me stoppa dans mes pleurs. Je faisais peur. Je me faisais horreur. Je ne me reconnaissais plus, je portais les traces de tes lèvres sur mon cou, sur mes épaules. Ses marques violettes, presque bleues me faisaient monter la bile. Mais les coups retentirent de nouveau. Alors, je ravalais mes sanglots. Et en prenant deux légères inspirations, je déverrouillais la porte. Je laissais mon bourreau pénétrer à nouveau mon intimité.

*****

Et revint alors ce sourire. Macabre, mi-figue, mi-néant. Tu m'attendais, impatiemment. Bien droit, devant la porte. Une seconde serviette à la main. Tu souhaitais que l'on prenne une douche ensemble. Et je compris, tu n'en avais pas fini avec moi, tu en voulais plus. Toujours plus. Bien plus que je ne pouvais l'encaisser. Alor je compris, très rapidement. Les maux firent un tour dans mon crâne. Je devais jouer un rôle. Je devais m'en sortir. Et pour cela, je devais feindre, feindre tout, tout ce tu désirais, tout ce que tes caprices m'inciteraient.  Car, j'ignorais totalement ce qu'un « NON » ferme déclencherait dans ta personne malade.

Alors, je ravalais ma conscience en même temps que je digérais mes larmes. Et je t'offris le plus maigre des sourires que je pouvais, mon cœur inexistant, le sang dans le ventre, je déclinais gentiment. En touchant, ton poignet. Je prétextais une soudaine fatigue. Et surtout je m'étais déjà rincé, si c'était ce qui t'inquiétait, petit rire, qui convenablement rassura la bête hideuse en toi. Tu compris, non sans mal, non sans me proposer un bain à deux plus tendancieux. Second éclat de rire dans ma cervelle, comme si cela pouvait me faire plaisir, comme si cela pouvait provoquer en moi ne serait-ce qu'un soupçon de joie. Je déclinais, en disant que l'on aurait tout le temps pour ça dans « notre futur ».

Et cela combla l'animal malade en toi. Grand sourire.  

Non sans mal, je te demandais la permission pour me revêtir de ma robe. Tu acceptas. En rentrant dans la chambre, ma robe par terre, mes sous-vêtements intacts. Les souvenirs encore vivaces de tout ce bazar me prirent à la gorge. Tu fus plus rapide que moi, tu portas à ton nez ma culotte. « Ton odeur, délicieuse » disais-tu, et ces quelques mots firent chavirer mon jeu d'actrice.  Pendant un millième de seconde. Le dégout, la honte, me revinrent en pleine gueule. Puis, tu me laissas me rhabiller. Sous ton regard moite. Le contact de ma robe me donnât l'impression impudique d'être toujours aussi nue. Mais, cela représentait déjà un pas vers la liberté.

Il était bientôt l'heure de diner. Je n'aurais rien pu avaler. Déjà en tant normal. Mais ce jour-là, autant demander à une ombre de parler japonais,  l'idée que tu puisses me droguer à mon insu martelait mes pensées. Pourtant, tu me conduisis en bas, fermant ma marche, suivant mes pas, ombre implacable. La table déjà mise. Douce oraison funèbre, Barbara entamait pour la énième fois son lyrisme vicieux. Et mon jeu, ne devait pas flancher. Alors, tel un bon chien dressé, je me mis à table. Tu avais préparé du riz pilaf, du poulet, en trop grande quantité. Mon assiette était pleine. Heureusement pour moi, tu parlas beaucoup. Et comme tu te disais faire partie intégrante de la nature, les repas chez toi étaient en temps normal plus frugales. Ce qui me fit rire. Tu le pris comme un compliment. Et cela me rassura, je n'étais pas aussi mauvaise actrice que je le pensais. Le repas fut un jeu que je ne connaissais que trop bien, faire semblant de manger, d'apprécier, je savais le faire. Mon appétit d'oiseau ne t'inquiéta guère, je te faisais parler. Beaucoup. Je comblais les vides. J'espérais secrètement que le temps défile. Tu me proposas constamment de boire de ton champagne, et à chaque fois je ne pris que de maigres gorgées, je tenais à rester consciente. Je comptais les heures, les minutes, les secondes qui me séparaient de mon départ. Je ne dormirais pas, je le savais, pertinemment.

Puis vint le moment où tu me demandas ces fameuses et complètements loufoques, questions. « Quand verrais-tu mes parents ? Quand me reverrais-tu ? Comment se déroulait mes études ? Je t'aiderai, promis, nous allons construire de grande choses ensembles, et puis, tu es en âge d'avoir une seconde famille, je te présenterais la mienne, ils ont tous hâte de te rencontrer, tu sais, je leur ai longuement parlé de toi mademoiselle plume ». Et toc. Une claque de plus. Effrois. Sourire sordide. Que dire à tout cela ? Ce n'était que folie, qu'affabulation de ton esprit déjanté. Tu me conseillais. Beaucoup trop pour que je ne puisse te considérer ne serait-ce qu'une seule seconde comme sain d'esprit. Car tu pensais m'aimer. Tu te félicitais de notre rencontre, de nos ébats. Jamais, tu n'avais eu si belle perle, si belle plume dans tes bras, dans ton pieu. J'aurais pu m'émouvoir, réellement. Sincèrement. Mais non. Tout ceci n'était du récit, que des mirages, je te haïssais. Je te méprisais. Tout tes élans affectueux, toutes tes remarques amoureuses me donnaient envie d'hurler. Chaque parole représentait comme une fissure de plus dans mon ventre. J'aurais préféré que tu m'achèves plutôt que de devoir me jouer de ses sornettes, de tes fantasmes.

Alors, j'appris à mentir à un inconnu. A un pervers, à un monstre narcissique, à un fou, à un violeur. Je te promis que l'on se reverrait, vite, tu connaissais déjà mon adresse. Mais je mentis. A nouveau, mièvrement, nerveusement en t'offrant le plus grand et juste sourire qu'il me restait. Tu me reverrais sous peu, mais j'étais, hélas, très prise, beaucoup d'examens, beaucoup de cours en devenir.

Entre deux gorgées de bulle pétillante. Tu me proposas une forme d'engagement. Comme à tes yeux perfides, j'étais, désormais, devenue, depuis cette fameuse sieste, ta femme en devenir. Je devenais sous ta responsabilité et donc mes dépenses devaient t'incomber «  mais attention, je te fais confiance, je sais que tu ne feras pas de folies » Nouveau rire. Si tu savais, si seulement tu  ne me considérais pas à cet instant comme ta pute, comme ton jouet, mon pauvre... Et si tu avais vraiment lu mes textes, tu saurais. Tu saurais que tout mon fric s'épuisait dans des dépenses tourmentées par la bouffe et son rejet. Tu me proposais alors de conserver une de tes cartes de crédit. Je le pris comme un dédommagement pour le mal que tu m'avais fait. Et de toute façon, je me voyais mal te dire non à ça, alors que je n'avais jamais rien osé dire pour le reste.

Le pacte scellé, je compris à quel point la folie t'avait envahie, à quel point ton esprit était malade. Tout ça. Toute cette merde, excuse moi le terme, représentait réellement pour toi de l'amour. A croire que j'étais définitivement une bonne actrice.

Tout au long de ce repas, je pensais à mon père, jamais, je n'aurais été aussi polie. Aussi droite sur ma chaise. Je me pliais sous ton regard enjoué. Pourtant, moi, je n'y voyais qu'un serpent. Je revoyais ton ventre en sueur contre mes fesses, et le monde s'effondrait toujours un peu plus entre mes lèvres. Je ne voulais qu'une chose partir, m'enfuir, cependant… Le temps semblait s'engluer.

****

Les cieux commençaient leurs frénétiques descentes. Et la nuit avec elle, venait tout balayer d'un simple revers de manche.Dans ce salon, les bruits se faisaient inexistants, même Barbara et sa symphonie dangereuse avaient finalement finis par se taire. Le silence y était insidieux, permanent. Il me prenait à la gorge, mes souvenirs cherchaient déjà m'étrangler. Toutes ces images me tordaient, me contorsionnaient le corps. Se délectant de ma combustion, fumant au cigare le rythme de mes passions. Remplissant mes poumons, j'implosais en milliers de cristaux.

Vertige de maux.

Je me souviens de cette nuit, bien vite, je fis semblant de tomber de fatigue. « Le voyage, tout ça, tout ça », je ne voulais surtout pas manquer mon vol, et pour la énième fois au cours de cette soirée ; je quémandais. Je te suppliais nerveusement de bien vouloir me conduire à l'aéroport, toi, qui souhaitais rencontrer mes parents, ma famille, il ne fallait surtout pas les décevoir. Alors, je souhaitais dormir. Vraiment. Maintenant. J'en avais assez de jouer, de feindre, de t'écouter blablater sur un futur que je méprisais d'avance.

Tu m'accompagnas jusqu'à ta chambre, à nouveau, et je prierais silencieusement pour que tu me laisses dormir, pour que tu me laisses du moins feindre le sommeil. Tu cherchas de nouveau mes lèvres, de nouveau mes bras, mais ton visage, ton regard devenait à chaque minute plus insupportable à consommer. Prétextant le besoin d'espace, le froid, l'habitude, je fis tout mon possible pour m'écarter de ta prise, tentacules ténébreuses. Très vite, comme repus de tout ce désordre malsain, tu plongeas dans un sommeil furieux. Le soulagement, quasiment, une infime joie vint m'éprendre. De nouveau en cuillère, à l'extrémité de ce lit poisseux, mes pensées me torturèrent. La peur ne m'avait pas quitté, pourtant, le dégout et la haine se fit un nid douillet dans mon ventre, dans ma poitrine, et ce jusqu'à la pointe de mes pieds. Je ne pouvais plus retenir les vagues. Dans ce noir, omniprésent. J'observais, d'un œil absent. Ce ciel transparent, se transformer. Lorsqu'au firmament ces ailes se déchiraient, recouvrant mon monde d'un voile opaque. Le soleil disparate, n'existait plus. Seule régnait, une nuit éternelle.

Où avec elle, tu avais emporté les derniers grains de quiétude que j'aurais pu espérer.

Alors, mon regard accroché à la porte, je comptais les minutes, les heures défilées. Mes yeux me brulaient, tant mes sanglots m'étranglaient. Mais, ce n'était que ce que j'aurais pu attendre de mieux. Ma nuit se résumera à ça ; attendre. Encore et encore. Que ce monde terne redevienne lumière.

Que je puisse quitter, à jamais, ces ténèbres. Que je puisse à nouveau contempler ces lumières, ces étoiles scotchées dans un ciel de crépon. Que je puisse de nouveau jouir des couleurs, lampions printaniers, ces flocons hivernaux. Néanmoins, pour le moment, dans cette piaule le temps semblait y être paralysé. Les saisons y étaient engluées, depuis longtemps égarées dans un sablier.

Mon regard, ciel orageux, s'amoncelait en nuages vaporeux. Son teint d'encre, engloutissait chaque parcelle de mon être, tandis que seule, je dégringolais dans un puits sans fond.

 

Et puis vint l'aube et son reflet salvateur se jouant de mes yeux écarquillés sur cette fameuse porte close, cinq heures trente du matin mon réveil retentit. Réveillant ainsi le loup dans mon dos. Prise de courage et de rage intérieur, je fis un bond digne d'un pauvre dessin animé. Je priais tellement fort. J'allais enfin pouvoir fuir, te fuir, te jeter dans les flammes de l'enfer que tu m'avais créer. Non sans mal je dus accuser le coup de tes caresses, luisantes et tranchantes lorsque tu me dis « Bonjour à toi petite plume, bien dormis ? ». Comble de l'ironie. Mon crâne hurlant en silence. Je me forçais pour la énième fois à te rendre un maigre sourire, oui, oui, ne t'en fais donc pas j'ai dormis comme un bébé ; souris tant que tu le peux… En réalité se fut la nuit la plus sombre de ma vie, je n'eusse cesser de te maudire et d'avoir envie de me gerber tant les souvenirs étaient vivace, tant la terreur que le monstre en toi se réveille de nouveau. Je dus encaisser à nouveau tes lèvres épaisses et ta langue cherchant toujours plus la mienne. J'étais déjà habillée, prête, je m'en foutais de ma gueule ou de me laver, je voulais partir et vite.

 

Alors je quémandais comme la pauvre chienne que j'étais à tes yeux, je ne voulais surtout pas louper mon vol, te souviens tu de ma famille, de tes plans fumeux, il ne faut surtout pas les décevoir. Alors tu sortis du lit tel un ours en rut, et non sans mal, tu me dégoutais, me répugnais. Au plus au point, tout en toi me donner envie de te jeter par cette satanée fenêtre. Comme tu avais brisé mon cœur et mes reins, j'aurais souhaité tellement fort que la mort vienne te cueillir mais avant je voulais te voir souffrir.

Et oui, tu ne l'imaginais certainement pas, mais derrière mes faiblesses et ma honte de ce jeu sordide, la colère, la rage, l'envie cruelle de vengeance vinrent succéder à la tristesse. TU m'avais peut être violé, détruite, réduite à une simple poupée. Mais sache que je suis beaucoup plus forte que ça, le déni a toujours été mon fidèle ami, tout comme la rage de vivre, la rage de justice… Le cerveau est bien fait, lorsque des drames arrivent : soit on s'écroule directement, soit on tente tout pour repousser ses limites et refouler toutes ces merdes. Tu excuseras ma vulgarité… Mais appelons un loup un loup, point finale. Et j'étais de celles qui refoulent, incapable d'encaisser tant de violence directement. Il me fallait tout enterrer. Il me fallait me punir, ce n'était qu'ainsi que je pourrais te survivre. JE le savais, pertinemment…

Alors tandis que tu t'affairais à te préparer et à continuer à déblatérer sur NOTRE futur, je ne t'écoutais même plus, mon esprit comme les vagues se fracassant sur les rochers, étaient déjà bien trop loin de la réalité. Non merci, pas de café pour moi. Je veux juste me barrer avec un grand « B » majuscule. Donc je t'en prie cesse de ne penser qu'à ton monde et fais moi monter dans ta satanée bagnole. Voilà ce que j'aurais aimé te dire. Mais non, je ne pouvais que t'attendre comme un gentil petit chat, patientant pour qu'on lui ouvre la porte, la fenêtre ou je ne sais quoi… Enfin nous y voilà, toi et moi dans cette voiture, tu ne cessais de me sourire, et je ne pouvais m'empêcher de m'enfoncer un peu plus dans le siège, cherchant à éviter tes mains baladeuses, à cet instant précis, tu me considérais déjà comme ta femme, comme ta chose… ta carte de crédit en poche, une sorte de tablette pour écrire offert en cadeau. (Rires) Non, ce n'était pas des cadeaux, cela représentait un dédommagement et une appartenance qui rassurait la bête immonde en toi, qui se persuadait qu'elle me possédait encore plus de cette manière et que donc nous serions forcé de nous revoir. Mais ne t'inquiètes pas Lionel, je comptais bien brûler ton satanée fric et ton ordinateur avec.

******

Enfin, j'apercevais l'aéroport. Soulagement immense. Mes lunettes comme ultime protection fassent à mes larmes qui tentées de se propager le long de mes cernes. Je ne tenais plus sur mon siège, mon esprit était déjà dans l'avion. Mais soudainement, tu me fis retourner à ma triste réalité, je devais te promettre que l'on se reverrait vite et que je serais joignable. Mon rôle d'actrice, bien qu'éreintée, j'acquiesçais, oui, oui je serais toujours la pour toi. Pourtant, jamais je ne te dis que je t'aimais, seul toi. Me le rappelait sans cesse « hein ? Mamzaile Plume, fais attention à toi surtout ». Putain ! Voilà, je ne pouvais que te définir avec horreur, tu étais malade, complètement perché. Tu étais le danger et non, la protection. Mais pour toi, tout était normal, la manipulation psychique que tu avais exercé sur moi, t'étais aussi induite. Que de terreurs, dans mon ventre en gelée lorsque tu m'embrassas pour la dernière fois de ma vie, ta langue visqueuse, tes mains larges et poisseuses, ce serait la dernière fois. Mais devant ce foutue aéroport, tu tenais à garder un souvenirs, tu voulais une photo de moi. Bien entendue, je cédais. Je ne voulais que m'enfuir. Clic, clic. TU pourras me dire, cette fois, tu m'avais bien eu dans tes filets, un autre trophée à joindre au coté de Barbara…

Sache que je n'avais rien contre cette ville à la base. Mais ce qui est certain, c'est que de ma vie plus jamais, je n'y foutrais un pied. Je hais ce monde autant que je te gerbe, avec honte.

Mais enfin, vint la délivrance tu me fis tes « au revoir » et je te fis des putains d'adieu en silence. Ma marche ce jour là jusqu'au portique de sécurité, jusqu'au hall G de l'aéroport furent à chaque étape un peu plus mécanique. Ma musique scotchée aux oreilles, je cherchais en vain à fuir le regard des gens. L'angoisse en anorak, mon cœur, ce trou d'obus, je tremblais à chaque instant. Je n'arrivais plus à contenir ma détresse, j'avais envie de disparaître. J'avais cette impression insidieuse que tout le monde savait, qu'ils me voyaient sales, comme la chienne, le jouet que j'avais été entre tes mains de barbare… Alors cette fois, assise devant la dernière porte qui me séparait de mon avion. Je fondis en larmes. Des larmes comme jamais je n'avais laissé couler, tant d'amertume, tant de honte, tant de culpabilité… Mon corps semblait me lâcher. Pourtant, l'espace d'un son annonçant l'ouverture de l'avion. Je me repris, mon âme, ma démarche en mode pilotage automatique, j'avançais le regard droit et dur.

Je ne pouvais te laisser gagner, j'avais gagné, j'étais en vie. Peut être détruite, fissurée de toute part, bleuie par tes mots, déchirée par ton corps, Mais je t'oublierais, je m'en fis la promesse, assise dans l'avion, je regardais finalement l'avion m'emporter loin de cette satanée maison… Et je me mis à prier dieu ou je ne sais quelle force sur cette terre pour que je te survive, pour que je t'efface complètement de ma vie.

Un verre de vin à la main, je pus enfin trouvé du réconfort, ivre de tristesse mais dans le déni totale, je fermis pour la première fois mes paupières, me plongeant dans un sommeil macabre où le diable que tu étais, se jouait de moi sans cesse.

Tourmentée, affaiblie mais en VIE.

*****

 

 

 

 

 

 

  • Bravo !

    La Provence résumée dans le Mas Théotime (''Près des sources, disait Geneviève, c'est là qu'on perd la raison. ") ou par Pagnol est certes plus accueillante que Nantes et son froid château des ducs de Bretagne, sa ville abandonnée aux machines de l'île au parfum d'Atlantique.

    Bravo si c'est imaginé, toutes nos excuses sinon.

    · Ago 7 months ·
    Snapchat 2087998831

    Aurélien Loste

    • Merci pour ce commentaire quoi qu'il en soit réellement, cela me touche. D'autant plus que je suis d'accord avec vos dires sur la Provence et sa douceur.

      :-)

      · Ago 7 months ·
      Img 3458

      mamzelle-plume

    • Avec plaisir douce Mam'zelle, toi qui ne mérites que de la tendresse, j'espère que ton aventure n'est pas autobiographique !

      · Ago 7 months ·
      Snapchat 2087998831

      Aurélien Loste

  • Dès le début ,j'ai été emportée par ton récit ! Je ressentais ce qu'elle ressentait, j'aurais voulu lui crier : ne descend pas à la cave, et surtout ne monte pas dans cette chambre ! Jusqu'au bout, j'ai eu peur pour elle, qu'elle ne soit retenue prisonnière. J'ai même eu peur que ses pas ne la conduisent pas à l'avion...
    Un texte vraiment réussi, à la fois passionnant et douloureux. Bravo à toi !!

    · Ago 8 months ·
    Louve blanche

    Louve

    • Merci pour ce commentaire qui me touche au plus au point ! :)

      · Ago 8 months ·
      Img 3458

      mamzelle-plume

  • quelques maladresses, mais un vrai sens de l'écriture : le lecteur partage pleinement ton angoisse

    · Ago 8 months ·
    Tete alpaga

    campaspe

    • Quelques maladresses ? La perfection n'existe pas hélas pour nous, mais encore merci pour ce commentaire constructif je tâcherais de m'améliorer la prochaine fois :)!

      · Ago 8 months ·
      Img 3458

      mamzelle-plume

    • Ton texte est en tout cas très prenant. Comme Louve j'ai été saisie par l'intrigue. L'angoisse monte au fur et à mesure. Beau suspens et on se demande comment cela va finir

      · Ago 8 months ·
      Tete alpaga

      campaspe

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