une seule voix

Louise Mc.

Pour que subsiste la mémoire d'une image, de sensations, de frôlements appuyés malgré soi dans la foule, de regards alertes et de voix posées. Une cathédrale immobile, fragile de l'impuissance des hommes muets, venus trouver asile dans l'ombre de son front. Le glas ; soupir de Notre-Dame, grave et prolongé. Une voix qui s'élève entre les arcs, les voûtes, les spirales, qui apeure les oiseaux chassés de leur demeure par le râle d'une géante. Elle, ses contours hérissés de gargouilles grimaçantes, son visage orné d'autres figures figées, couronnées elles aussi. Des escadrons de pigeons passent au-dessus des nuques courbées tandis que l'écho résonne entre les tempes. Les figures recueillies, hagardes ou étonnées, se fondent dans la masse d'ombre accourue au-devant du mur de lumière. Foule de corps tendus vers l'avant, les regards aspirés par la façade blanche, par le corps au seuil infranchissable.

Un silence où détonne le glas, cette voix de celles qui se sont tues et hurle pour elles. Un giclement de son comme sont jetées des gouttes de couleur sur une toile vierge.

L'autre toile tendue d'étoiles est sillonnée par les hommes du ciel, ceux dont la voix s'est perdue qui l'ont rejoint et ceux qui se sont glissés dans des oiseaux de métal vrombissants. Eux, veillent à la vie de ceux qui vivent encore. Ceux qui vivent encore et se souviennent.

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