Une Troisième Guerre Mondiale qui ne dit pas son nom

Dominique Capo

A propos des attentats des Champs-Élysées et au-delà...

A l'origine, je n'avais pas l'intention de m'impliquer dans les derniers jours de campagne électorale. Je pensais en avoir assez dit lors des Primaires de la Gauche et de la Droite. J'observais attentivement les événements se dérouler. Je suivais les informations. Et ce que je voyais m'incitais à demeurer en dehors de l'arène. Les affaires, les ambitions personnelles qui supplantaient les exigences populaires, me poussaient à taire mes opinions. Ériger la peur comme arme pour éviter de s'attaquer aux véritables problèmes de notre pays que sont le chômage, la pauvreté, les communautarismes, etc., n'apportaient rien. Il s'agissait surtout de manœuvres de diversion grossières pour que le bas peuple rallie un camps ou un autre à grand renfort de promesses électorales qui, évidemment, ne seront jamais tenues.

Je pourrais longuement développer ce thème, sur lequel j'ai déjà disserté à maintes reprises par le passé. Il y a tant à dire. Il y a tant à détailler, à expliquer, à analyser. Les enjeux dépassent de très loin les commentaires simplistes et désignant systématiquement un adversaire comme la cause de tout. C'est tellement facile de juger et condamner celui qui n'est pas d'accord avec sa vision des évolutions nécessaires et utiles à apporter à notre pays. Les causes et les conséquences sont beaucoup plus complexes que l'on ne le montre. Dans un monde mondialisé comme le notre, ni le repli sur soi, ni le libéralisme exacerbé ne sont les solutions adéquates. Personnellement, je renvois dos à dos les partisans du capitalisme à outrance et les nostalgiques d'idéologies surannées et obsolètes qui ne sont plus en phase avec notre époque. Ils sont tout aussi coupables des dérives auxquelles notre société – et plus largement notre civilisation – est confrontée. Chacun a sa part de responsabilité, qu'on l'accepte ou non, qu'on le veuille ou non.

Par contre, céder à l'affolement général à la suite d'attentats comme celui d'hier sur les Champs-Élysées, n'est pas la solution non plus. De source sûre, je suis informé des retombées de celui-ci. Cet acte est dramatique, ignoble. Il est à condamner de toutes ses forces, nul ne peut le contester. Nous devons anéantir ceux et celles qui s'attaquent à notre démocratie. Il faut les abattre, avec toutes les armes dont nous disposons. C'est une guerre contre le terrorisme, et contre l'islamisme le plus virulent dont Daesh est l'incarnation. Je me joins de tout cœur aux personnes publiques, ou aux anonymes, qui s'associent à la peine et à la colère des victimes et de leurs proches.

Mais, il est à souligner que, malheureusement, dans n'importe quel conflit, il y a des morts. C'est triste, c'est injuste, c'est dramatique. Je suis tout à fait d'accord. Moi qui ne suis pas quelqu'un de violent, je suis contre cette barbarie qui mettent à l'honneur le pires instincts de l'Homme. Ce qui le rapproche de l'animalité qui sommeille en lui depuis l'Aube des Temps, et qu'il glorifie de multiples manières. Notre civilisation, notre mode de vie, notre mode de consommation, notre rapport à la réussite ou à l'argent, le symbolisent souvent. Les termes employés dans ces domaines le prouvent.

Hier, ce sont des policiers qui ont été pris pour cible. Ce n'est pas la première fois. Ceux-ci incarnent l'autorité de l'État. Ils sont ceux qui garantissent notre sécurité. Ils sont ceux qui, sur notre sol, se confrontent en première ligne aux terroristes. Nos soldats en font de même sur les théâtres d'opérations où ils sont envoyés. Ces forces de l'ordre, quelle que soit la forme qu'elle prennent, à l'intérieur ou à l'extérieur de notre territoire, s'opposent à ces djihadistes qui ne respectent rien.

Toutefois, je le répète, car il apparaît que beaucoup de nos concitoyens ne l'aient pas réellement intégré : nous sommes en guerre. Et la guerre, c'est atroce. La guerre est monstrueuse. Ceux et celles qui s'y livrent n'ont pas de pitié pour leurs ennemis. Ceux et celles qui bataillent usent des armes qui sont à leur disposition pour insuffler la terreur dans les rangs de leurs opposants. Car la frayeur est une arme. Et dans notre société où l'information circule quasiment instantanément, elle est très efficace. Les réseaux sociaux, internet, les médias de toutes sortes, s'en font le relais. C'est l'actualité qui le leur commande.

Cette guerre est différente de toutes celles qui l'ont précédé. Elle n'a ni armée, au sens lexical du terme. Elle n'a pas de champs de bataille ; sauf en Irak et en Syrie, qui se trouvent, pour l'instant – au cœur de ce affrontement. Elle n'est composée que de petites actions que l'ont aurait jadis nommé « escarmouches ». De minuscules instants de déflagration entre deux longues périodes d'inaction. La Guerre de Cent Ans, pour ne parler que d'elle, en a été parsemée. Sauf qu'aujourd'hui, ces escarmouches ont été remplacées par des vagues d'attentats disséminées un peu partout sur la planète. Elles sont plus ou moins longues, plus ou moins destructrices, plus ou moins conséquentes. Mais il s'agit là du même principe. Le harcèlement, la peur, l'inquiétude perpétuelle afin de miner le moral de celui qu'on désire atteindre. Et comme de tous temps, ce sont les populations civiles qui en subissent les plus âpres conséquences.

Les pleurer est, là encore, normal, naturel. Chacun doit pleurer et honorer ses morts. Néanmoins, tant qu'une guerre n'est pas terminée, les morts continueront à s'accumuler. Les combats continueront de se propager. Doit-on se replier sur soi-même pour autant ? Doit-on se calfeutrer chez soi, s'interdire de vivre, de profiter de ce que la vie est susceptible de nous apporter d'heureux ? Non, bien-sûr que non. Un, parce que ce n'est pas possible. Dans ce cas, c'est la paranoïa qui s'insinue dans nos esprits ; la folie également. Dans ce cas, la méfiance envers tout un chacun devient la norme. Et c'est ce qu'attendent de nous ceux qui s'en prennent à nous. C'est leur donner raison. C'est leur apporter la victoire sur un plateau ; puisque nous allons dans leur sens.

Déjà, quelques-uns de nos politiques ont rebondi. Dès l'annonce de cet attentat, ils ont usé de leurs grosses ficelles habituelles afin de surfer sur la vague. Ils se sont appuyé sur la peur pour alimenter leurs discours haineux envers ceux et celles qui ne sont « pas comme nous » ; ces étrangers qui seraient la cause de tous nos maux. Ils ont désigné ceux et celles qui n'ont « pas la même religion que nous » comme des djihadistes en puissance. C'est tellement plus simple, tellement plus facile, de montrer du doigt des millions de croyants qui n'ont rien à se reprocher. Plutôt que de s'attaquer aux véritables causes de ce conflit débuté officiellement le 11 Septembre 2001.

J'ai déjà évoqué à maintes reprises mon avis sur les réelles causes de ce que nous vivons depuis ce jour funeste. Il s'agit d'une Troisième Guerre Mondiale qui ne dit pas son nom. Une régression historique sans précédent aux origines et aux conséquences multiples et variées ; et qui remontent loin dans le passé. N'en déplaise à ceux et celles qui se contentent de raccourcis et d'approximations pour justifier leurs ressentiments. J'ai des articles entiers qui soulignent les nombreux aspects de ces bouleversements en cours et à venir. Il est dommage, « petit », honteux même, que des millions de français se contentent de ces visions simplistes et faciles. On les prend pour des « moutons », et ils donnent raison à ces politiques qui les voient sous ce jour dans le but d'être portés au palais de l'Élysée.

Souvent, quand j'y songe, j'ai l'impression que beaucoup de mes compatriotes apprécient d'être considérés en tant que « moutons ». Pas besoin de penser, pas besoin de réfléchir, pas besoin de s'informer, pas besoin de se remettre en question. On laisse ceux et celles « d'en haut » nous influencer au gré des circonstances et de leurs besoins. On se livre à eux pieds et poings liés parce que nous ne sommes que des quidams dont les préoccupations principales sont le sacro-saint « métro-boulot-dodo ». Ah !!! Tant que nul ne touche à notre confort, à notre tranquillité, à notre sécurité, on laisse la vie nous porter. Le reste du monde ne nous concerne pas. C'est loin !!! Ce ne sont pas nos combats !!!

Ils se trompent, dans on monde mondialisé comme le notre, tout est lié. « L'effet papillon » est le terme le plus approprié pour ce à quoi notre civilisation est confrontée quotidiennement. Ce qui se passe quelque part, aussi loin de chez nous que ce soit, comme à nos portes, à une influence directe – par réaction en chaîne – sur nous. Et vice-versa. Tant que nous porterons des œillères, nous en subirons les effets. Et hier, c'est un effet de notre « laissez-faire parce que cela ne nous concerne pas directement » que nous vivons. C'est un des symptômes de cette Troisième Guerre Mondiale dont le champs de bataille est à la fois partout et nulle part, que nous observons.

Comment peut-on se montrer si naïf, de croire que nous sommes capables de rester en dehors de ces événements ? Comment peut-on s'imaginer que cette guerre ne fera pas de morts chez nous ? Nous l'avons vu, c'est irréaliste. Qui plus est, c'est dangereux. Enfin, supposer qu'il n'y aura pas de récidive un jour ou l'autre – demain, dans un mois, dans un an… - est grave.

Je crains pour notre avenir. Non pas du fait de Daesh et consort. Comme toute organisation criminelle, elle mourra un jour. Pas du fait de l'extrémisme religieux, il y a toujours eu des « fous de Dieu ». Ne nous berçons pas d'illusion : à plus ou moins longue échéance, la Religion est sur le déclin. Plus elle s'arc-boute sur ses certitudes, sur ses dogmes, etc. plus elle montre que ses bases s'effritent, se fissurent. Elles finiront par l'engloutir.

La Religion est là pour donner des réponses à ce que nous ne savons ou ne comprenons pas. Or, plus les siècles passent, plus l'étendue de notre savoir grandit. Plus de nouvelles questions apparaissent également. Les réponses apportées aux questionnements d'hier conduisent à des pistes inédites à explorer. Et certains et certaines s'exclameront à chaque fois que c'est là la loi de Dieu qui s'exprime… jusqu'à ce que nous découvrions l'explication rationnelle à ce mystère… ouvrant lui-même la voie à d'autres énigmes.

Plus nous progressons, plus nous nous rendons compte que nous en savons peu sur l'univers, sur la réalité, etc.

Devons nous systématiquement imposer « Dieu », la « Religion », comme allant de soi pour apporter un semblant d'explication. C'est vraiment avoir peu confiance en l'intelligence humaine pour les explorer.

Et je n'évoque même pas le fait que l'intelligence humaine n'est certainement pas la seule qui existe de part les milliards de milliards de galaxies qui encombrent le cosmos. L'intelligence humaine n'est pas un aboutissement. Elle n'est qu'une minuscule étape sur le chemin de l'Évolution. Celle-ci est loin d'être terminée, malgré les bouleversements climatiques en cours.

La Religion est une notion humaine. Elle s'est constituée à partir d'un postulat spécifiquement humain. Se reposant sur une intelligence, un savoir, humains. Qui plus est, remontant à des époques où la connaissance de notre environnement était loin d'englober les critères culturels, idéologiques, scientifiques, etc. actuels. Ceux qui se servent de Dieu, de la Religion, de ses dogmes, comme principes à appliquer à l'Humanité vont à rebours de l'Histoire. Ceux et celles qui pensent que la France ou l'Europe sont destinés à devenir une forteresse infranchissable par les gens venus de l'extérieur, se trompent. Plus le monde est mondialisé, plus nous dépendons de ces apports extérieurs. Un peu comme si en agglomérant plusieurs matières, on s'imaginait qu'elle n'en formerait pas une seule au final. C'est ridicule. En outre, l'Europe, la France – mais pas seulement – ont depuis toujours été des territoires de brassage culturels, religieux, idéologiques, sociaux, ethniques, etc. Les tentations de quelques-uns de nos politiques pour le refuser ne fait que reculer de quelques années ou décennies l'inéluctable. Cet inéluctable qui, lui, se compte en millénaires ou davantage.

Et là, je m'aperçois que j'en reviens toujours à ces fondamentaux : l'Homme et son évolution. Ces événements prouvent que celui-ci ne prend jamais en compte ces aspects. Il se cantonne à ce qu'il subit en ce moment. Il n'a pas conscience que ces événements sont dans la continuité des bouleversements de notre société du début du XXIe siècle. Cette Troisième Guerre Mondiale dont l'attentat d'hier soir n'est qu'un des soubresauts se situe dans cette lignée… Quand l'immense majorité des individus ne regardent que ce qui a lieu dans l'immédiat. Elle ne prend pas de recul. Elle ne raisonne pas. Elle ne réfléchit pas, comme je le soulignais au début. Ce manque de distanciation pour observer et comprendre l'ensemble du processus, est absent. Pire encore, celui-ci l'empêche d'accompagner ce mouvement de fond auquel elle ne peut échapper. Elle l'empêche d'appréhender son futur, et les possibilités, les capacités qui sont les siennes pour surmonter ces épreuves ponctuelles.

Bref, elle se comporte comme un troupeau de moutons – ce qu'on attend d'elle, et ce qu'on l'incite à être – plutôt que de se prendre en main dans le but de ne pas répéter ses erreurs. Car, dans deux jours, alors que la population de notre pays s'apprête à voter, en choisissant son futur président – ou présidente - qui s'appuie sur des préceptes éculés, elle est sur le point de les renouveler. Comme si, intérieurement, nul ne devait tirer d'expérience de ces quarante ans de crise du capitalisme. Et comme si, extérieurement, s'en prendre encore et toujours aux mêmes « coupables » allait tout résoudre. Alors que nous ne pouvons que constater que l'échec de ces méthodes.

Alors, se concentrer sur les personnes fichées « S » que l'on doit exclure de notre pays ou « dénaturaliser », se questionner pour savoir s'il faut des policiers supplémentaires, s'il faut fermer les frontières, s'il faut remanier nos services de renseignements, etc., si elles sont utiles, ne sont que des interrogations subsidiaires. Elles ne sont là que pour éloigner l'attention de nos concitoyens des enjeux plus grands qu'elles cachent. Elles ne sont que momentanées et propices aux compétitions politiciennes actuelles. Elles ne servent que de poudre aux yeux afin d'alimenter des polémiques accessoires.

De fait, quand j'observe ces comportements, j'ai parfois honte d'appartenir à l'espèce humaine. Cette espèce qui ne tire aucun enseignement de ses erreurs passées. Qui est égoïste, qui se prend pour le nombril de l'univers. Qui se prétend intelligente mais qui s'en remet à un Dieu et à ses dogmes pour se rassurer. Qui détruit sa planète, son environnement. Qui méprise ceux et celles qui ne sont pas comme elle. Qui tue, qui se lamente sur son sort, plutôt que de trouver des solutions viables. C'est lamentable. Car, dans ces conditions, et pour toutes les raisons que j'ai décrites – plus d'autres que je n'ai pas évoqué – les victimes des attentats d'hier ne sont morts que pour perpétuer tout cela...

  • Oui Marine et Fillon ont agité de bien grosses ficelles, ils sont prêt à tout pour leur campagne.
    Je pense que Alain Souchon touchait du doigt le problème avec sa chanson : "Et si en plus y'a personne"
    notemment ces lignes,
    "Abderhamane, Martin, David
    Et si le ciel était vide
    Si toutes les balles traçantes
    Toutes les armes de poing
    Toutes les femmes ignorantes
    Ces enfants orphelins
    Si ces vies qui chavirent
    Ces yeux mouillés
    Ce n'était que le vieux plaisir
    De zigouiller"
    C'est très vrai, il y a en France des marionnettes que l'on peut manipuler facilement, juste pour le plaisir de jouer de la gâchette, le plaisir de zigouiller.

    · Il y a 5 mois ·
    Mouftard compress%c3%a9

    Francis Fried

  • Avis partagés ...

    · Il y a 5 mois ·
    W

    marielesmots

  • Lu et approuvé :)

    · Il y a 5 mois ·
    Carre blanc 50218a31

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