~ The Black Lotus ~

kayla_dreams

~ Chapitre 1 ~


Jasper


Allongé dans mon lit, je fixe le plafond de ma chambre d'hôtel, tandis que les premières lueurs du jour traversent les rideaux, usés et démodés. La tapisserie fleurie et la moquette datent des années 40 et les meubles des années 20-30. Malgré le manque d'harmonie et de modernité - flagrant - je me sens bien ici. Il fait bon vivre, et je m'entends avec la gérante. Pourtant, au début, elle ne pouvait pas me supporter et éprouvait de l'insécurité en me voyant. Dans un sens, je la comprends. Quand tu vois débarquer un mec d'un mètre quatre-vingt-neuf et d'autant de kilos, la peau recouverte de tatouages, tu te retrouves face au stéréotype du bad-boy dans toute sa splendeur. Malgré son appréhension, elle s'est très vite aperçue que je ne lui causerais aucun problème. Depuis, je la dépanne à l'accueil de temps en temps. Je lui rends des services. En échange, elle me laisse aménager mon lieu de vie ma guise - dans la limite du raisonnable -. Grâce à ce compromis, je possède un petit espace cuisine avec : cafetière - sans ça, je ne pourrais pas survivre. La caféine, c'est ma came - un réchaud de camping au gaz avec deux feux et un mini-frigo. Les fondamentaux en somme.

Je détaille la surface horizontale au-dessus de moi, un long moment avant de me résigner à me lever. De toute façon, je ne trouverai pas le sommeil. L'insomnie est devenue mon quotidien depuis un an et demi. Je ne dors pas ou peu. Hanté par mes souvenirs. Son visage. Notre histoire. Mes non-dits et ma capacité à refaire le monde avec des « si ». J'ai tout plaqué, et je suis parti comme un lâche, après ses obsèques. Je ne pouvais pas. Ou plutôt, je ne pouvais plus vivre dans cet appartement avec son fantôme. J'avais besoin de faire ce périple sur les routes américaines pour lui rendre hommage, au volant de sa voiture. C'était primordial et indispensable à mes yeux. Je pensais que faire cette virée me serait salvatrice et qu'elle atténuerait ma douleur, mais je me suis trompé. J'ai toujours aussi mal à en crever. Son visage. Sa peau. Son odeur. Sa voix me hante à chaque instant. Son absence me brûle les veines. Me broie le cœur, et m'empêche de respirer par moments. À cause de ce trou béant et à vif que j'ai dans la poitrine.

Je m'assois sur le bord de mon lit, m'étire, désactive mon réveil et jette un coup d'œil a mes messages. Après cette vérification - inutile- je me lève, et je vais prendre ma douche. Je laisse l'eau couler sur mon corps en savourant ses bienfaits sur ma nuit blanche. Sa perte m'a détruit. Tous mes efforts de ces dix dernières années pour me forger un mental et une carapace d'acier. Cultiver et développer mon physique pour ne plus être le minable, qu'il a rabaissé toute sa vie ont été réduits à néant. Je n'ai plus qu'à tout recommencer. Mais ... En suis-je seulement capable ? Est-ce que je suis prêt à sacrifier, dix années supplémentaires pour reconstruire tout ça ? Je ne sais pas. Peut-être avait-il raison, après tout. Peut-être que malgré mes efforts, je ne peux pas changer, et que je resterais tel que. Sois un faible. Un moins que rien. Un lâche qui n'a pas une once de caractère et est dépourvu d'une paire de couilles a déposé sur la table. Me débiner semble être la seule chose que je sache faire correctement, et encore sans certitude.

Égaré dans mes tourments, je ne m'aperçois pas que ma peau devient rougeâtre. Je me lave rapidement. Me rince, m'essuie et enfile un boxer et un short. Puis, je vais me faire couler un café. Le bruit de la Senseo m'empêche de réfléchir et de cogiter. Lorsqu'il est prêt, je vais dehors. Le soleil commence à se lever. Ces rayons effleurent et réchauffent ma peau. Je m'allume une cigarette, et emplis mes poumons d'une bonne bouffée de nicotine. Je m'abreuve de mon nectar noirâtre dans une grande goulée. Ruth, la propriétaire me salue au loin, à la sortie d'une chambre dont elle vient de faire le ménage. Je lui rends son signe de la main. Un magnifique sourire illumine son visage.

Cette femme a un sacré tempérament. Elle force le respect et l'admiration malgré sa cinquantaine - bien tassée -, son un mètre soixante et ses rondeurs. Elle est vive. Énergique. Courageuse. N'a pas la langue dans sa poche, et a le sang chaud. Elle gère le « Ruth Motel » au nord de Lake City en Floride depuis plus trente ans, seule et avec - presque - le même panache. Cet endroit, c'est toute sa vie. Elle m'a dit qu'elle mourrait entre les murs de cet établissement et nulle part ailleurs. Je vis ici depuis plusieurs semaines, maintenant. J'ai eu le temps de l'observer. Le moins que l'on puisse dire, c'est que Ruth se livre corps et âme pour son motel. Ainsi que le bien-être et le bonheur de ses clients.

Alors que je contemple sa Chevrolet Camaro SS de 1969, je suis dérangé par la sonnerie de mon portable ce qui me surprend. Je le prends dans ma poche, et je le déverrouille avant de lire, le nouveau message que je viens de recevoir. Le numéro de l'expéditeur m'est inconnu. Cependant le prénom en signature a la fin du message me parle. Je n'ai aucun mal a mettre un visage dessus. Même si, il a probablement changé avec les années. Quant au contenu, il est inquiétant.


« De : +12011412101

A : Jasper

6: 38 am

I need your help urgently. I beg you ... Do not let me down, only you can help me. Join me at coffee Dunkin', 105 Greene St, Jersey City, tonight at 9: 00 pm *

Lissandro »


Je relis le message plusieurs fois pour être certain d'avoir bien lu, et que je ne rêve pas. Lissandro a disparu de ma vie, il y a dix ans. Je ne pensais pas que je le reverrais, un jour. Pourtant, c'est bien lui qui vient de me contacter. Malgré la multitude de questions que je me pose, je l'appelle pour tenter d'avoir des informations supplémentaires.

« The requested number is no longer assigned * »

Putain, c'est quoi ce bordel ? Comment le numéro ne peut plus être attribué, alors qu'il vient de m'envoyer un message ? À moins que ...

Ni une ni deux, je jette mon mégot et retourne dans ma chambre. Je fourre quelques vêtements dans un sac de sport. Je range vite fait mon bordel avant de sortir de mon lieu de vie. Je rejoins Ruth pour lui redonner ma clé, mais elle refuse. Elle me dit que je peux la garder. Avant de m'interroger sur mon agitation et ma panique soudaine. Je lui résume rapidement la situation. Puis je dépose un baiser sur sa joue, et me rend sur le parking. Je monte dans sa voiture, jette mon sac côté passager et me pose quelques instants pour vérifier le temps de trajet. Comme je le pensais, je ne serais pas l'heure au rendez-vous. Il me faut seize heures et onze minutes de route. Je n'ai plus qu'a espéré que Lissandro me recontacte dans la journée pour que je puisse lui dire. Sinon je risque de perdre ma seule chance de le retrouver et de le revoir. Bien que sa situation soit inquiétante, et ne semble pas propice pour des retrouvailles. Du moins si c'est bel et bien lui. L'usage de carte SIM, unique ne lui ressemble pas. Soit dit en passant après ce qu'il a vécu il y a dix ans, il a sans doute changé.

Comment cela pourrait en être autrement ? Cet enfoiré détruit tout ce qu'il touche autour de lui. Personne n'est épargné. Lissandro avait été une victime de choix pour sa tyrannie. La raison ? Parce qu'il était différent. Il avait une âme et un cœur pur tout comme notre mère. Il avait eu beau s'acharner, il n'est jamais parvenu à le corrompre. Lorsque Lissandro avait fait son coming-out en nous annonçant à notre mère et moi, qu'il était gay, cette ordure qui avait les oreilles qui traînaient au même moment, l'a traité comme le pire des parias. Des sous-merdes. Une erreur de la nature qui ne méritait pas de vivre, et dont la seule évocation de son prénom provoquait une exécution sur-le-champ. Lorsque j'y repense, je me dis que si j'avais eu le courage de m'opposer à notre parâtre , au lieu d'être mort de trouille face à lui, Lissandro n'aurait pas eu à subir ça et il aurait été présent au moment, où j'en ai eu le plus besoin. Dans un sens, c'est de ma faute et je ne me le pardonnerais jamais.


_____________________________________


* I need your help urgently. I beg you ... Do not let me down, only you can help me. Join me at coffee Dunkin', 105 Greene St, Jersey City, tonight at 9:00 pm : J'ai besoin de ton aide de toute urgence. Je t'en prie... Ne me laisse pas tomber, tu es le seul qui peux m'aider. Rejoins-moi au café Dunkin ', 105 Greene St, Jersey City, ce soir à 21h00


* The requested number is no longer assigned : Le numéro demandé n'est plus attribué.



Report this text