~ The Black Lotus ~

kayla_dreams

~ Chapitre 3 ~

Jasper


Je conduis en repensant à cette journée d'il y a dix ans. Ce jour fatidique où Lissandro a tout perdu et a disparu de ma vie ... Après que nous ayons découvert son corps, cet enfoiré s'en était pris à mon aîné. Il l'avait renié et expulsé du manoir de force. Sans que je ne puisse rien faire ou dire. Cependant ce qui m'avait marqué ce jour-là, c'était la rage de mon frère. En particulier, la promesse qu'il avait formulée en regardant notre parâtre, droit dans les yeux. Lissandro lui avait juré qu'il le traquerait et le tuerait de ses propres mains. Que ce soit ses mots ou son état, j'en avais eu des sueurs froides. Jusqu'à cet instant, le seul qui me terrorisait – à ce point – c'était notre paternel. À côté de lui, cette enflure donnait l'impression d'être un ange. J'ignore si Lissandro est parvenu à ses fins, et ce qu'il est devenu pendant toutes ces années. Au moins, je sais qu'il est vivant. Enfin, si c'est lui qui m'a envoyé ce message ... Mais mon instinct me dit que oui, et il se trompe rarement.

Quelques mois après cet incident, notre mère est décédée. Elle s'était laissé mourir, après le départ forcé de Lissandro. En ce qui concerne cette ordure, il l'avait abandonnée et c'était volatilisé dans la nature du jour au lendemain. Non pas que cela m'ait dérangé, bien au contraire. Que ce soit moi ou ma mère on était mieux sans lui. Bien que l'absence de mon frère et le manque de nouvelle, nous avait détruit à petit feu. Après la disparition de ma mère, j'avais dû m'occuper de l'administratif. Organiser ses obsèques et assister à son enterrement, seul. Malgré la publication de son avis de décès. Je ne sais même pas si, Lissandro est au courant. J'avais bien essayé de l'appeler via le numéro enregistré dans mon téléphone. Ou par écrit en envoyant une lettre à l'adresse de Gaïa, mais je n'ai jamais eu de réponse et mon courrier m'a était retourné.

N'ayant plus aucun repère ni de phare pour me guider et dévasté par la mort de ma mère, j'avais sombré dans les ténèbres qui me menaçait, depuis que j'étais entré dans le monde de cette ordure contre mon gré. Pour qu'on ne me relie pas à lui, j'avais changé d'identité et je m'étais créé un passé avec l'aide – officieuse et illégale – d'un ami. C'est ainsi que je suis devenu Jasper Jenkins. Plus connu sous le nom de « J.J, il sanguinario * » Pourquoi ce surnom ? Parce que je ressemblais plus à une bête sauvage enragée et assoiffée de sang qu'à un homme, après la mort de ma mère. Tellement, j'avais la haine contre le monde entier.

Durant toute cette période, j'avais souillé mon âme, mes mains et mon cœur. Autant que j'avais appris à sculpter mon corps et me forger un mental d'acier, tant pour affronter les horreurs que je commettais que pour m'imposer et obtenir le respect. Alors lorsque je suis parvenu à retrouver la lumière, j'ai continué à développer mon physique et renforcer mon mental. Pour devenir l'homme que je suis maintenant ou plutôt était ... Car depuis un an et demi, je ne suis plus que l'ombre moi-même. J'ai beau être détruit mentalement, les ténèbres ne m'ont pas engloutit cette fois et je suis en mesure de leur résister.

À force de repenser et ressasser tout ça, je finis par avoir les larmes aux yeux. Je roule quelques kilomètres avant de m'arrêter sur une aire de repos. Je me gare et essuie mes perles salées qui menacent de sortir d'un instant à l'autre. Puis, je descends de sa voiture et entre dans l'établissement présent sur celle-ci.

Je suis accueilli par une ravissante jeune femme blonde aux cheveux bouclés et aux yeux verts. Elle est souriante, chaleureuse, accueillante et aimable. Je lui commande un grand café et un sandwich poulet rôti, crudité et œufs. Je patiente quelques minutes avant qu'elle me donne le tout. Je rajoute une bouteille d'eau et deux paquets de gâteaux et paie mes achats. Je la remercie, la salue et retourne à sa voiture. Je récupère le gobelet, où il y a mon liquide noirâtre – qui est ma came – dans le sac en papier, et je m'allume une cigarette. Je m'encrasse les poumons avec une grande bouffée de nicotine et je bois une gorgée de mon café. Je consulte ma messagerie pour voir si Lissandro m'a envoyé un nouveau texto mais rien.

Bon sang ! Il faut que je trouve un moyen de le contacter avant ce soir. Sinon, il va s'imaginer que je l'ai laissé tomber et je vais perdre la seule chance de le retrouver...

Je quitte mes messages et je vais sur internet. Je tape son nom, son prénom dans la barre de recherche et appuie sur la touche entrée du clavier de mon téléphone. J'attends un peu que les résultats s'affichent pour les consulter. Malheureusement, je ne trouve rien de probant sur mon aîné. Que ce soit numéro ou adresse. À croire qu'il est devenu l'homme invisible depuis qu'il à vendu son entreprise, il y a neuf ans. Soit un an après avoir été chassé du manoir par notre parâtre. Son message et sa non-existence sur la toile ne me rassurent pas. J'ignore ce qui se passe, mais mon instinct sonne l'alerte rouge. Je connais Lissandro ou du moins, sa personnalité d'il y a dix ans.

Dans mon souvenir, il n'était pas du genre à demander de l'aide. Il affrontait et réglait ses problèmes, seul. S'il m'a demandé son aide, c'est qu'il doit vraiment être dans la merde jusqu'au cou. Qu'il est dans une impasse ou une situation dans laquelle, il ne peut pas s'en sortir avec sa tchatche et son pacifisme habituel. Sincèrement, je n'aime pas ça ... Son ton désespéré et implorant dans ce SMS m'a fait un mal de chien, et s'il y a bien quelque chose que je hais le plus au monde - en dehors de mon enfoiré de géniteur - c'est de voir mon frère dans cet état. Je n'ai rien pu faire, il y a dix ans parce que j'étais trop lâche et tétanisé. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui ... Je compte bien rattraper mon erreur. Donner tout ce que j'ai utilisé mes réseaux, mes ressources pour lui venir en aide, et résoudre son problème.

Je termine ma cigarette, jette mon mégot sur le bitume et l'écrase. Je bois une dernière gorgée de mon café et je remonte dans sa voiture. Je dépose le sac en papier, côté passager avec l'autre et mets mon gobelet entre les deux sièges. Je démarre, j'allume la radio et je quitte le parking pour reprendre la route.


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* J.J, il sanguinario : « J.J, le sanguinaire »



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