~ The Black Lotus ~

kayla_dreams

~ Chapitre 4 ~


Galileo 


Je laisse mes hommes devant la porte et j'entre dans la cuisine. Je la traverse sous le regard fuyant des employés, je suis habitué. Le parâtre de cette maison règne en insufflant un sentiment de terreur. Ils n'ont pas le droit à l'erreur ou à la faute, sinon ils en paient les conséquences. Étant le fils de ce tyran et promit au rôle de chef de famille – quand il prendra sa retraite –, ils me mettent dans le même sac que lui. Dans un sens, je n'ai pas le choix. Je dois jouer le rôle de sa copie parfaite - bien que je sois son opposé - si je veux pouvoir accéder à ce rang. Avoir la chance de changer les choses, remanier le fonctionnement de ce manoir et procéder à un tri. Porter ce masque au quotidien me pèse, j'aimerais être moi-même. Sauf que cela m'est impossible pour l'instant, je dois prendre mon mal en patience. Mentir, souffrir, endurer, me prosterner devant lui et exécuter ses ordres.


Arrivé à la première arrière-cuisine, j'ignore les employées personnelles de mon père. Ou plutôt ces maîtresses. La plupart d'entre elles bossent comme escorte, la nuit. Elles se distinguent des autres gouvernantes, tant par leur physique que leur tenue et leur collier – ras du cou, en cuir — avec une clochette. Il leur accorde quelques heures de son temps, tous les soirs par alternance. Puis, il retourne dans le lit conjugal, qu'il partage avec ma mère comme si de rien était. Je ne comprends pas comment elle peut tolérer et accepter ses infidélités. Son comportement est un tel manque de respect dans sa propre maison. C'est la femme qu'il a épousée et la mère de ses enfants. Alors, comment ose-t-il faire ça ? Pourquoi ma mère dit « Amen » sans broncher ? Et qu'elle ne fait rien ? Il lui a juré fidélité à l'église devant Dieu et il se prétend catholique pratiquant ? Connerie. Il l'est quand ça l'arrange.


Je m'approche de Novella, une de mes gouvernantes personnelles. Elle est la seule qui a toute ma confiance et avec qui je peux être moi-même. Tel le digne fils de cette ordure – pourri jusqu'à la moelle – de cette demeure, je dépose des baisers érotiques dans le creux de son cou et caresses ses hanches. Elle cesse ce qu'elle est en train de faire et je l'entraîne dans la deuxième arrière-cuisine en refermant la porte derrière nous. J'allume la radio et monte le son. Afin de couvrir notre discussion.


— Je suis désolé, Novella m'excusé-je.


— Cessez de vous excuser, Monsieur Galileo. Je sais bien vous êtes différent de votre père et que vous ne le faites pas de gaieté de cœur.


— Si seulement, tu n'étais pas la seule à le voir… soupiré-je.


— Ne vous en faites pas, je suis certaine que Mademoiselle Odessa, le verra et le comprendra le moment venu. Pour l'instant, elle n'a pas conscience de votre sacrifice et elle vous traite comme un ennemi. Mais ce sera différent quand vous prendrez la suite de votre père. Ne désespérez pas. Continuer de veiller sur elle dans l'ombre comme vous le faîte et tout ira bien, je vous le promet, me rassure-t-elle.


Ces mots m'arrachent un petit sourire. Novella a toujours su me rassurer et me remonter le moral. Pourtant, au début, je l'avais évité et fui comme la peste. Pourquoi ? Elle ressemblait à mon ex-petite-amie. Mon patriarche avait tout mis en œuvre pour nous séparer en utilisant des méthodes abjectes et il avait réussi. Alors, lorsqu'il m'avait présenté Novella la première fois, je n'ai pas compris pourquoi il l'avait engagé. D'ailleurs, je n'ai toujours pas de réponse à cette question. Mais la trouver m'importe peu, désormais. Novella est devenue une amie, une confidente et ma protégée. Je ne laisserais personne sans approcher ni lui faire du mal. Au même titre qu'Odessa, ma sœur cadette.


— Comment va Odessa, ce matin ?, l'interrogé-je en changeant de sujet.


— Mademoiselle a eu une nuit agitée, elle a fait des cauchemars. Elle s'est réveillé plusieurs en hurlant et en larmes. Cependant, la crème que vous m'avez demandé d'étaler sur ses blessures l'a soulagée et sa douleur a été modérée.


Si Odessa est perturbée, c'est de ma faute. Je n'aurais jamais dû l'exécuter d'une balle dans la tête, alors qu'elle était en dessous. C'était inconscient et impulsif de ma part, mais sur le moment, je n'ai pas réfléchi. Le voir au-dessus d'elle m'a rendu fou. Odessa est tout pour moi et je ferais n'importe quoi pour elle. À l'instar de notre sœur aînée, Cassiopéa que je n'avais pas su protéger. Avec lequel, j'avais été minable et incompétent du début à la fin. Pour rien au monde, je réitérais la même erreur. J'ai déjà perdu une sœur et il est hors de question que je laisse Odessa avoir le même destin. Jamais. Le comble dans tout ça, c'est que c'était un de mes meilleurs hommes. L'abattre comme un chien ne m'avait pas fait plaisir loin de là et j'en fais des cauchemars la nuit.


Cependant, il n'a pas respecté l'une des règles qu'il ne faut jamais transgresser : Entrer dans la chambre d'Odessa. Les seules personnes autorisées à y pénétrer sont moi, Novella, notre mère et notre parâtre. Je sais à quoi ça rassemble, et ce qu'on peut penser en lisant cette liste. Pour être honnête, je ne le nierais pas. Ma sœur est bel et bien captive dans sa propre maison et de sa chambre. Que ce soit visite ou sortie, c'est limité voire - presque - inexistant. La raison ? Pour la préserver et parce que c'est le Saint Graal de notre parâtre. Il l'aime plus qu'il a aimé Cassiopéa, qu'il a corrompue et vendue dans son propre intérêt. J'ai dû assister à cela sans rien pouvoir faire et c'est l'une des choses que je ne me pardonnerais jamais, parmi d'autres.


— Monsieur Galileo, vous allez bien ?, s'inquiète-t-elle en posant sa main sur ma joue.


Je reste silencieux quelques minutes perdues dans mes souvenirs et mes pensées. Je ravale mes larmes, renifle et me frotte le nez par automatisme.


— Oui ... Je vais bien, Novella. Qu'est-ce qu'Odessa a demandé pour son petit-déjeuner ? changé-je de sujet.


— Un simple jus d'orange. Mademoiselle m'a dit qu'elle n'avait pas faim.


— D'accord. Rajoute-lui ses viennoiseries préférées et une tarte aux fraises, s'il te plaît.


— Bien.


— Je t'attends dehors avec son plateau.


Ceci dit, il quitte la seconde arrière-cuisine pour rejoindre la première. Novella froisse sa tenue et ébouriffe ses cheveux avant de sortir derrière Galileo et terminer la préparation du plateau d'Odessa.


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