Portrait d'auteur #7 : Découvrez un de nos auteurs de la semaine !

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Bonjour à tous,

Pour notre septième portrait, nous avons décidé de demander à Baptiste Fillon, auteur publié chez Gallimard, de vous parler de son expérience d'auteur.

Quelques mots sur vous

Je suis né il y a trente ans, au Havre. Je mentionne ma ville de naissance parce que cela a son importance. J’ai grandi dans un port, auprès d’un père marin, ancien terre-neuvas et d’autres marins. Leurs histoires m’ont donné l’envie de voyager.

Ecrire est venu de ce manque, de la crainte de rester cloué sur place, de ne pas vivre totalement. Quand on n’a pas de quoi voyager, on imagine. On se créé ses voyages, c’est de la triche. Et puis il y a aussi cette envie d’exprimer l’indicible : ce qui ne se dit pas, par politesse, ou parce que le monde entier craint d’y faire attention, de peur d’y trouver sa propre nullité, le néant. Après s’être dit plusieurs dizaines de fois que cela n’en valait pas la peine, on s’y colle, en se disant que cela serait dommage de mourir sans avoir essayé. On explore les interstices du monde, entre la morale, la religion, la sexualité, la science, les enseignements des professeurs, la politique, la psychologie, la philosophie, la musique, et autres. La littérature, c’est tout le reste, tout ce qui n’a pas de nom.

Petit, je n’aimais pas particulièrement lire ni écrire. Mais j’étais curieux. Insatiable. Je feuilletais le journal, les livres, les bandes dessinées. Un truc compulsif. Un jour, à la récréation, un copain m’a raconté l’histoire de Thésée et du minotaure. J’ai alors acheté des tas d’albums sur la mythologie. Il s’agissait d’une jolie collection, chez Hachette, aujourd’hui épuisée : il y avait les mythes grecs, amazoniens, vikings, gaulois, etc...

J’ai lu de la littérature. Poe, Zola, Flaubert, Jorge Amado, Borges. Et j’ai commencé à écrire, l’été de mes dix-sept ans, parce que je m’ennuyais. J’ai inventé l’histoire d’un vieux militant communiste brésilien, qui parle avec les fantômes de ses vieux copains et ceux d’hommes illustres, comme Napoléon Kant ou Socrate, dans un jardin public, à Bangu, une banlieue populaire de Rio. J’ai mis sept ans à l’écrire. J’en ai composé un second, à la deuxième personne, un peu à la manière de Butor dans La Modification : l’histoire d’un jeune homme désoeuvré qui erre dans une ville sordide.Ces deux romans traînent toujours dans un tiroir. Et puis j’ai débuté ce qui est aujourd’hui Après l’équateur.

Je l’ai écrit en un an et demi. Ce roman est sorti fin février chez Gallimard, dans la collection Blanche.

C’est mon premier livre publié. Au début, je n’y croyais pas. Je me souviens de ma première visite chez Gallimard et surtout comme je tremblais en montant les escaliers qui mènent au bureau de mon éditeur ! Aujourd’hui, je me retrouve invité au festival « Étonnants voyageurs » de Saint Malo et Après l’équateur est nominé pour le Prix des gens de mer. J’ai encore du mal à réaliser.

J’ai ressenti le besoin d’expliquer un peu plus la rédaction de ce livre, pourquoi je l’ai écrit ainsi et qui je suis. Du coup, j’ai monté un site qui explique tout cela. Après l’équateur est très empreint de mon vécu. Mais je crois que c’est le cas de beaucoup de premiers romans.

L’écriture est une nécessité toujours présente à l’esprit, qui empêche d’être totalement au monde. L’écriture contraint à voir la réalité sans fard, de façon pénétrante : cela se prête assez mal à la vie quotidienne. Parfois, vous méditez une page pendant des jours, et il arrive que certains détails ou situations tombent de façon totalement impromptue. J’écris de manière compulsive, et je retouche énormément pour tenter de donner une empreinte mélodieuse et naturelle au texte.

Le plus souvent, je débute au stylo, sur un carnet que j’ai toujours avec moi. C’est l’instant où le travail d’écriture est le plus plaisant, car tout semble facile, sans limite. Il s’agit aussi d’impulser un souffle, une musique.

L’écriture est une forme de respiration, à chacun de trouver la sienne propre. Une sorte d’empreinte digitale de l’âme.

Topwords

Voyage : Le voyage est l’hygiène de l’esprit, le matériau de l’écriture, que je parte à dix kilomètres de chez moi, ou à l’autre bout du monde.

Elégance : Je travaille avec l’exigence permanente d’éviter la vulgarité gratuite, les facilités stylistiques et les images rebattues.

Musique : L’écriture est une musique du silence, un tempo de la voix intérieure. Au début, écrire en écoutant de la musique sans parole peut aider à trouver cette mélodie.

Flaubert : Le maître, tant dans la mélodie que la concision du style. Lyrique, railleur, métaphysicien, esthète de la nullité. Madame Bovary est un roman indépassable.

Critique : toute critique motivée et constructive est acceptable et surtout extrêmement précieuse pour progresser. Il peut être difficile de les distinguer de la malveillance. A trop écouter certains, j’ai fini par douter de savoir écrire français. Je sais à présent avec qui en discuter. Le travail avec mon éditeur s’est également révélé très précieux.

Brésil : mon pays de cœur, où j’ai situé l’action de deux de mes trois romans. Je m’y suis rendu en 2003. Si tout va bien, j’y retournerai bientôt… mais après la coupe du monde !

Patience : Savoir s’écouter, ne pas désespérer quand on reçoit de lettres de refus à la pelle. Pour m’encourager, je considérais les -rares- lettres personnalisées comme une preuve d’intérêt. Cela peu paraître triste, mais il faut toujours trouver une chose à laquelle se raccrocher. Aujourd’hui, pour sortir un livre, il faut être obstiné, voire buté.

Silence : il m’arrive de rêver de disposer d’une chambre tapissée de panneaux en liège, comme Proust. Je ne peux travailler pleinement que dans le silence. Il m’arrive aussi d’écrire dans les cafés, mais il ne s’agit que d’une prise de note améliorée.

Peinture en bâtiment : ça peut sembler bizarre, mais je vais m’expliquer. J’écris vite, compulsivement. Mais en plusieurs couches. Comme ces peintres en bâtiment qui reprennent à plusieurs reprises une façade, pour ne laisser aucun vide, aucun blanc. Au gré des relectures, j’applique une nouvelle strate, qui apporte sa propre lumière. Je passe et repasse sur mon roman.

Plaisir : On écrit car on aime ça. L’écriture est une ascèse, une lutte, et une incroyable joie. C’est une espèce de transe, qui vous éloigne du monde pour mieux vous y plonger.