12 heures dans la tête

[Nero] Black Word

J'ai affreusement mal dormis, je ne regarderais plus jamais "Mister Babadook" avant de me coucher.


Pourquoi cette chute ?

Je ne suis pas tombé, je ne viens de nulle part. Il n'y avait rien avant. Et d'un seul coup je chute. Je sors d'un décor noir à un décor blanc, comme si je me réveillais. Ma tête me fait mal, mon cerveau me sort par les yeux, mes tempes tremblent face à tant de trouble.

Je suis dans une chambre blanche, les poignets attachés à un bureau. Devant moi se tient un homme aux cheveux blancs, dans une blouse blanche. J'ai peur. Mais en regardant ses yeux, je comprends qu'il est rempli d'incertitudes. Au-dessus de lui se trouve une horloge indiquant qu'il est vingt-trois heures. Joignant ses mains, il me regarde et me dit avec lassitude :

"Qui êtes-vous ?"

Luttant contre ma peur, je lui réponds :

"Will… Will Dark.

- En êtes-vous sur ?

- … oui.

- N'êtes-vous pas Richard Batch ? Ou Angel Parker ? Alexander Lecgam ? Telendar ?"

Pourquoi tous ces noms ? Que cherche-t-il à savoir ? Je ne comprends pas. Ma tête sonne comme une cloche un jour de fête. Je détourne les yeux et vois des visages familiers, tous tournés vers moi, tous défigurés par la crainte et l'incompréhension.

Je ne comprends pas... Que me veut cet homme ? Pourquoi semble-t-il avoir peur de moi ? Pourquoi suis-je ici ? Pourquoi ma tête me fait aussi mal ?

Un flash noir me perce les pupilles et je me sens plus calme. Je tournant vers l'homme en blouse qui me dit :

"C'est un monstre…

- C'est un monstre, lui ai-je répondu sur un ton plus serein.

- Nous en avons fini pour aujourd'hui, dormez bien Alan."

Il enfonce une seringue dans mon avant bras et y vide un liquide turquoise. Je ne lutte pas, je me laisse emporter par ses effets. Je retourne dans les ténèbres, comme emporté par le sommeil. Et, de nouveau, encore du blanc. Un page blanche me dis-je, une page infinie.

Des milliers d'étoiles brillent dans un ciel obscur. Un long frisson me parcours le dos, me donnant l'impression de prendre une douche d'acide chlorhydrique. Je regarde les étoiles avec mon mal de crâne incessant.

Ces étoiles deviennent des couteaux qui tombent du ciel, traversant la feuille infini dans des bruits de déchirement. Les trous dans la page sont entourés de rouge. Moi je ne bouge pas, je reste debout. Simple spectateur que je suis.

Je me retrouve dans une petite cuisine, devant une fille qui prépare des crêpes. Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas vue, depuis que je me suis trop attacher à elle. Une erreur qu'elle regrette. Elle se met en colère quand ses yeux se posent sur moi.

" Qu'est-ce que tu fous ici, me hurle-t-elle. Je ne veux plus te voir !"

Je traverse une fenêtre et me retrouve dans un pré. Une femme portant deux chevaux à bout de bras se tourne vers moi et me sourit. Elle pose les deux mammifères, elle s'avance en me disant :

"J'ai bien cru que tu serais en retard jeune homme. Il est grand temps de te parler de la prophétie de la brebis, petit poulain."

Elle me pointe du doigt une grotte. D'instinct, j'y suis allé. Je ne me posais plus vraiment de question à ce stade de l'histoire. Et puis ma tête me faisait vraiment trop mal.

L'intérieur n'était pas aussi sombre que je l'avais imaginé, c'était comme traverser un long couloir. Mais ce couloir changeait à chacun de mes pas, passant de roche à de la pierre bien lisse avant de finir sur un mur blanc. Un mur affreusement familier.

On m'offre plusieurs verres en plastique, leurs contenus ont tous une couleur et un goût différent. Après les avoir tous bu, j'entends un bruit dans ma douloureuse boîte crânienne.

KNOCK  KNOCK  KNOCK

KNOCK  KNOCK  KNOCK

KNOCK  KNOCK  KNOCK

Une femme en blouse blanche s'approche de moi.

"Voulez-vous sortir ?"

Je commence à hésiter, j'ai du mal à penser avec ce bruit qui se répète. J'ai l'impression que quelqu'un frappe à une porte posée sur ma tête.

"Vous avez raison de rester, me dit-elle d'une voix monocorde. Il y a eu douze morts avant votre réveil. Et puis il semblerait que vous ne soyez pas adapté à la vie sociale d'aujourd'hui, autant rester avec nous."

Un dernier choc. Mes yeux s'ouvrent sur la lumière du jour qui traverse la fenêtre. Ma tête me fait atrocement mal, j'ai envie de rendre l'âme. Je suis en sueur dans mon lit.

Mais quel était ce rêve ?

 

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