Arthur au pays des rêves

Emmanuel Signorino

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1

 

Arthur venait d’arriver au pays des rêves. C’était le nom qu’il avait donné à cet univers merveilleux qu’il retrouvait chaque nuit dès que le sommeil s’emparait de lui.

Ce qu’Arthur aimait par-dessus tout, c’était qu’à chacune de ses visites, le décor changeait, le surprenant et l’émerveillant sans cesse. Il ne se lassait jamais, de la richesse et de l’étrangeté de ce lieu. Arthur prit le temps de découvrir les nouveautés qui avaient fleuri depuis la veille.

A sa droite, il remarqua une maison bleue aux volets jaune citron, où une petite fille blonde à la fenêtre le salua. Il lui répondit d’un sourire et se remit en route. C’était la curiosité qui décidait de ses pas. Il foulait une herbe verte et parfumée, dérangeant parfois des insectes multicolores d’une étrange beauté, qui virevoltaient autour de lui, sans pour autant l’effrayer.

Arthur était un petit garçon courageux, il n’avait peur de rien. Il aimait partir à l’aventure, tout seul sans ses parents. Il se répétait souvent qu’être adulte cela ne devait pas être pas plus compliqué que cela. Marcher chaque jour sur une route où l’on ne sait pas qui l’on va rencontrer. La rivière qu’il avait laissée hier, à l’entrée du village, se trouvait à présent un peu décalée vers la droite. Arthur en était sur, il s’était repéré avec le grand chêne abritant une cabane que se partageaient les autres visiteurs de ce pays merveilleux. Arthur grimpa l’échelle de corde, mais ne trouva aucun ami à qui parler. Il redescendit donc poursuivre son exploration. Quelque chose avait changé, en y réfléchissant bien, Arthur trouva son terrain de jeu bien silencieux, à part de temps à autre, un claquement sec, revenant avec une régularité presque mécanique. Arthur songea bien à découvrir quelle machine en était à l’origine, mais l’arrivée inopinée d’un oiseau noir, le détourna de son intention. Un oiseau aussi sombre, c’était bien la première fois qu’Arthur en voyait un ici. Intrigué, il s’avança vers lui tout doucement, pour ne pas l’effrayer. L’oiseau ressemblait à un corbeau de petite taille, mais avec des ailes disproportionnées pour son corps. L’enfant s’approcha assez près pour le caresser, mais à cet instant l’étrange créature s’envola très lentement ; comme s’il voulait donner une chance à Arthur de l’attraper. Ou bien tout simplement, désirait-il le guider quelque part. Arthur n’hésita pas et se mit en tête d’arriver à toucher son nouveau compagnon, ne serait-ce qu’un instant, pour connaître le contact de ses plumes, qu’il imaginait d’une douceur infinie. L’oiseau entraîna l’enfant en dehors du village, et bientôt il se retrouva au cœur d’une forêt sombre où la lumière du soleil avait du mal à pénétrer. Mais Arthur dans sa précipitation ne s’en rendit même pas compte. A bout de souffle, il dut s’arrêter au pied d’un arbre un peu effrayant avec ses longues branches touchant le sol, se confondant avec ses racines noueuses. Arthur recula et chercha du regard l’oiseau qui avait disparu à présent !

-Tu t’es bien moqué de moi – dit-il et l’écho de sa petite voix en colère lui revint.

Arthur leva les yeux et ne distingua pas le ciel, tant la voûte de la foret était dense et immense.

C’est là qu’il comprit qu’il avait commis une erreur en suivant l’oiseau. Il avait un peu froid à présent, et n’était pas rassuré. Il rebroussa chemin, mais il lui semblait que les arbres dotés d’une vie propre complotaient contre lui, en lui barrant la route, dressant leurs branches, pour l’empêcher d’avancer. Arthur était prisonnier, il n’avait d’autre choix que de faire demi tour et de continuer tout droit là où il lui avait semblé tout à l’heure apercevoir un mince rayon de lumière, mais il n’était pas sur de lui. Il était à bout de forces et son imagination, lui jouait peut-être des tours. Il appela au secours et personne ne lui répondit. Prenant son courage à deux mains,  il se fraya un chemin à travers les épais buissons, sans se retourner, convaincu que s’il cédait à cette tentation, un monstre ne manquerait pas de s’emparer de lui.

Essoufflé, il trouva assez de forces en lui pour atteindre la lisière de cette foret, où de nouveau la lumière du soleil caressait sa peau. Il s’agenouilla et reprit sa respiration. Il ferma les yeux et songea qu’il avait assez rêvé pour cette nuit et décida de rentrer chez lui en se réveillant.

Il attendit quelques instants avant de les ouvrir à nouveau, et fut déçu de ne pas se retrouver dans sa chambre d’enfant aux murs bleus.

-Je ne me suis sûrement pas assez concentré, pensa-t-il pour se rassurer

De nouveau, les paupières closes, il s’imagina dans son lit. Mais en vain, il était bel et bien perdu et coincé ici. Il résista à l’envie de pleurer et ne céda pas à la panique, comme le lui avaient appris ses parents. Au loin se dessinait la silhouette encore un peu floue de ce qui ressemblait à un bourg. Arthur  marcha dans cette direction.

C’était étrange, la végétation ressemblait à tout point à celle du village qu’il connaissait depuis toujours, seuls manquaient, les insectes colorés qu’Arthur avait affectueusement surnommés les Bzz -arc en ciel. Car lorsque ils volaient tous ensemble, parfois leurs arabesques ressemblaient à un arc en ciel. Il fallut un moment qui parut interminable à Arthur pour atteindre l’entrée du gros village. En fait il s’agissait presque d’une ville, tant l’agitation de ses habitants était grande. Les gens allaient et venaient sans arrêt, et personne ne fit attention à ce petit bonhomme roux en pyjama bleu avec une lune et trois étoiles dans le dos et un ours en peluche dans la main gauche. La population était cosmopolite, hétéroclite, où enfants et grandes personnes se mélangeaient.

Chacun semblait être très occupé. A plusieurs reprises Arthur essaya bien d’engager la conversation, mais personne ne prit la peine de lui répondre, ce qui le rendit très malheureux.

Il s’assit devant l’entrée d’un bâtiment qui devait être une taverne, si l’on se fiait à l’odeur de graillon et les chants d’hommes pris de boisson qui s’échappait des hautes fenêtres, inaccessibles à un enfant comme lui. Arthur mit ses mains sur son visage et une dernière fois, sans trop d’espoir, tenta de rentrer chez lui. Sans doute s’était-il aventuré trop loin, avait-il un atteint un point de non retour. Il se souvint alors de ce qu’être adulte signifiait pour lui : marcher, toujours avancer, sans regarder en arrière. Il se releva et ses petites jambes le menèrent jusque à une place ombragée, où il put boire à une fontaine. Combien de mètres avait-t-il parcouru ?

Il l’ignorait, mais il lui semblait être dans un autre village, tant le calme régnait ici. L’architecture était différente aussi, les murs ocre des maisons, donnaient l’impression que la seule saison qu’avait jamais connu ce lieu, fut l’été.  Il se rappela les photographies d’un livre de son père sur l’Italie. Oui à quelques détails, près, les ruelles fraîches, pleines d’ombre auraient pu être celles de Naples ou de Rome.

 

 

 

 

 

2

 Arthur était perdu dans ses souvenirs, quand un homme s’approcha de lui. Aux yeux de l’enfant, il paraissait immense, mais en fait n’était pas si grand que ça. Vêtu d’un grand complet noir, malgré la chaleur, il portait aussi un sac de cuir très encombrant qui devait peser un bon poids, à en juger, par les grimaces de l’inconnu.

-Bonjour dit-il à Arthur

L’enfant leva les yeux et fut surpris de se trouver face à face avec lui.

L’homme devina la peur naissante d’Arthur, le rassura comme il savait si bien le faire.

-Comment t’appelles tu mon bonhomme ?

Arthur hésita puis finit par répondre.

-C’est un joli prénom !

Le regard de l’homme était perçant comme celui d’une chouette, mais en une seconde pouvait devenir doux comme celui d’une mère. C’était la première fois qu’Arthur rencontrait quelqu’un avec de tels yeux et cela l’inquiéta. Ce fut au tour de l’inconnu de dévisager Arthur. Un enfant qui ne souriait pas ! Quel comble, pour le plus grand voleur de sourires du pays ! Dans sa vieille besace de cuir, se trouvaient tous les sourires qu’il avait dérobés aux enfants qui avaient eu la malchance de croiser sa route. Rusé, le voleur était toujours arrivé à ses fins, et Arthur l’intriguait, ce qui ne faisait qu’augmenter sa valeur à ses yeux de rapace.

-Allons mon enfant, tu n’es pas heureux au pays des rêves ? Tout le monde rit ici, sourit !-

En prononçant le dernier mot, il avait frémi de plaisir, tant sa convoitise était aiguisée par le mutisme de l’enfant. Arthur s’était refermé sur lui-même, conscient que cet homme ne lui voulait pas du bien, mais incapable de se détacher de son emprise maléfique.

-Tu sais moi je suis ici pour rendre les enfants heureux. J’aime les entendre rire ! Fais un petit effort pour moi et je te ferai un cadeau ! Je t’offrirai un paquet de bonbons rien que pour toi !

-C’est ça que vous avez dans votre sac, demanda Arthur innocemment

-Oui, oui mentit le voleur, imaginant déjà la risette du garçon. Oui, des kilos de bonbons, pour tous les enfants qui veulent bien me sourire. C’est mon métier. En échange, j’offre tout un tas de sucreries, aux enfants qui le méritent, Arthur !

Arthur n’aimait pas que l’inconnu prononce son prénom, dans sa bouche, il perdait de sa beauté et de son innocence, comme s’il s’emparait un peu de lui. Le voleur secoua son sac

-Tu as vu ? Il est plein de bonnes choses ! Allez mon petit !

Mais Arthur ne desserrait pas les mâchoires, résistant à la volonté de l’homme.

Le voleur perdit patience et posa sa besace par terre pour secouer Arthur de toutes ses forces, mais à cet instant précis, un garçon d’une dizaine d’années qui n’avait pas perdu une miette de toute la scène, s’empara du sac et s’enfuit à toute allure, malgré les cris affolés de l’homme en noir.

-Non reviens, je t’en prie, tu ne sais pas ce que tu as fait ! Non Pitié !

Mais il était déjà trop tard, le petit garnement hors de portée dans une ruelle sombre, ouvrit le lourd sac et fut déçu de se rendre compte qu’il ne contenait pas un seul bonbon, mais des centaines et des centaines de sourires qui en profitèrent pour s’échapper et partir à la recherche des enfants à qui ils avaient appartenus un jour. Effondré le voleur de sourires, s’agenouilla devant Arthur.

-C’est de ta faute !! Si seulement tu m’avais souri, comme tous les autres, rien de tout cela ne serait arrivé ! Et je serais toujours le plus grand voleur de sourires du pays !

-Mais pourquoi voler, un sourire, quand on peut vous l’offrir ?

-Enfin ! Pour cela il faudrait avoir des amis, et moi je ne sais pas ce que cela veut dire ! Je n’en ai jamais eu !

-C’est pour cela, que vous êtes devenu voleur ?

-Oui répondit l’homme en pleurs.

-Mais l’amitié, on ne peut pas la voler. Tout le monde sait ça !

-Moi je ne savais pas ! Et puis comment cela se fait qu’un enfant au pays des rêves soit triste comme toi ?

-Je suis perdu, je ne sais plus comment faire pour rentrer chez moi 

-Rentrer chez toi ? Quelle, drôle d’idée, c’est bien la première fois que j’entends ça ! 

-Vous connaissez le chemin du retour ?

-Moi, non je suis désolé dit le voleur en souriant pour la première fois de sa vie, mais essaye de demander au pianiste qui est là bas. Lui il aime vraiment les enfants, pas comme moi, il pourra sûrement t’aider. Adieu Arthur.

-Adieu répondit l’enfant qui ne savait plus quoi penser de cet étrange personnage. Le voleur de sourires avait perdu son précieux butin, mais avait découvert que lui-même pouvait sourire et ce serait à présent sa plus grande richesse.

3

 

 

Arthur s’arrêta sur une place bordée de platanes où un kiosque à musique, avait poussé comme un énorme champignon. Un homme élégant assis derrière un piano à queue,  jouait une mélodie aérienne aux notes aigues et cristallines, mais au fur et à mesure que l’enfant s’approchait de lui, la musique devint de plus en plus grave et sombre, pour finalement s’évanouir en un dernier soupir.

-Bonjour dit Arthur

-Bonjour répondit le pianiste en toisant l’enfant. Dis moi, es tu si triste que cela ?

-Comment le savez vous, demanda Arthur

-C’est la première fois de ma carrière, que le cœur d’un enfant m’inspire de la mélancolie !

-Sans doute est-ce parce que je suis perdu, et que je ne sais plus comment faire pour rentrer chez moi, dit d’une voix éteinte Arthur.

Le pianiste ému par le désarroi de l’enfant, l’invita à s’asseoir, et le hissa sur le tabouret qui était trop haut pour lui. Arthur lui expliqua que le voleur de sourires lui avait conseillé de s’adresser à lui.

-C’est vrai que vous aimez les enfants vous ?

-Mais oui voyons ! C’est grâce à eux et pour eux que je suis un musicien ! Veux tu que je te confie un secret ?

-Le chemin pour retrouver mes parents ? demanda plein d’espoir Arthur

-Non, mon bonhomme, hélas. Le genre de secret que je n’ai jamais révélé à personne. Mais toi tu me sembles être la seule personne à qui je puisse l’avouer, car je sais que tu ne trahiras pas ma confiance. Ecoute moi bien. Vois tu, les partitions en face de moi, ne me servent à rien, car je suis bien incapable de les déchiffrer. Mais sans elles, on ne me prendrait pas au sérieux, on n’apprécierait pas ma musique. Si l’on savait que je n’ai jamais appris le solfège, sans doute, ne me laisserait on plus le privilège de jouer ici pour la joie de tous.

Arthur étonné par les aveux du pianiste, lui demanda de quelle manière il arrivait à composer de si jolies choses.

-Mais tout simplement en étant à l’écoute du cœur des enfants, et en improvisant sans jamais chercher à atteindre un but. C’est ainsi que je suis devenu le plus grand pianiste du pays.

Arthur l’interrompit

-Et moi alors ? Comment vais-je rentrer à la maison ?

Le pianiste surpris par la voix pleine de chagrin d’Arthur lui demanda d’où il venait.

L’enfant lui raconta en détail, son aventure depuis le début.

-En effet, c’est étrange que tu ne puisses pas repartir de la même manière que tu es arrivé chez nous. D’habitude, les enfants ne se posent jamais ce genre de questions ! Je suis désolé, je crois bien que je suis incapable de t’aider, même si j’en ai très envie ! J’ai horreur de voir un enfant pleurer ! Allons sèche tes larmes, sinon toutes mes notes seront pleines de ton chagrin et plus personne ne voudra les écouter. Fais un effort je t’en prie !-

Arthur comprit qu’il devait à présent poursuivre sa route. Il descendit du tabouret, se frotta les yeux, et chercha tout au fond de son cœur, la force de sourire au pianiste, pour ne pas le quitter sur une fausse note.

-Attend, dit-il en jouant un arpège mineur plein de nostalgie. Il me vient une idée. Dans le prochain village, vit une jeune poétesse. Qui sait, peut-être pourra-t-elle te renseigner. Arthur remercia le pianiste et s’éloigna lentement en écoutant les notes de musique qui peu à peu retrouvaient de leur joie de vivre.

 

4

 L’enfant atteignit bientôt la sortie du bourg dont il n’était pas parvenu à connaître le nom, mais au fait, en possédait-il vraiment un ? Les pavés firent place à un sentier de terre, où des rares touffes d’herbe mauve poussaient ci et là.

Même les arbres avaient des couleurs étranges, comme si un enfant s’était amusé à les colorier au hasard, sans respecter aucune règle. Mais Arthur trouvait cela amusant, un peuplier orange et un eucalyptus tout jaune. Il était seul, et le silence devenait pesant. Il se mit donc à siffler pour se donner du courage, car la nuit n’allait pas tarder à tomber, et toujours pas de village en vue. Peut-être que le pianiste s’était trompé ? Après tout, il est vrai que cet homme était étrange, tellement préoccupé par sa musique, qu’il n’avait même pas pris la peine de demander son prénom à Arthur. Ce qui avait un peu vexé l’enfant, même si par politesse, il ne l’avait pas montré. Oui sans doute lui avait-il indiqué un mauvais chemin.

Perdu dans ses pensées, l’enfant ne remarqua pas au loin, les lumières dansantes des maisons dans l’obscurité naissante. Lorsque il leva les yeux, il fut soulagé de voir que le pianiste ne lui avait pas menti. Cela lui redonna un sursaut d’énergie et il accéléra le pas. L’orage éclata quand il arriva dans le village. Il frappa à la première porte et une vieille femme lui ouvrit.

-Ah c’est toi ? Enfin, je ne t’attendais plus ! Et elle le fit entrer. Arthur se demandait qui était cette femme qui semblait le connaître, car lui, était sur de ne l’avoir jamais vue auparavant, mais ce n’était pas si important que cela. Pour cette nuit il serait à l’abri, et demain matin, il irait à la recherche de la poétesse. La vieille femme recouvrit Arthur d’une couverture en laine et s’installa avec lui devant la cheminée où crépitait un feu rassurant. Arthur avait toujours eu peur du tonnerre, et à chaque fois qu’il retentissait, il tremblait un peu, en serrant la main de la vieille femme. Arthur résista à l’envie de lui poser toutes les questions qui lui trottaient dans la tête. Qui était-elle ? Pour qui le prenait-elle ?  Quand ils furent tous deux réchauffés, ils passèrent à table.

-Mange mon petit, tu dois prendre des forces ! Allez ressers toi !-

 Arthur avait repris de la soupe, pour le plus grand plaisir de la vieille femme qui lui sourit tendrement.

-Cela fait plaisir de voir un petit qui a de l’appétit ! s’exclama-t-elle !

Après avoir bu d’une traite son deuxième verre de lait, Arthur ne put s’empêcher de demander à la vieille femme qui elle était. Elle éclata de rire !

-Mais ta mémé, tout simplement ! Tu ne t’en souvenais pas ?

Un peu interloqué, Arthur eut la présence d’esprit de répondre :

-je voulais dire ton prénom grand-mère ?

-Ah fit elle, soucieuse. Je l’ai sur le bout de la langue ! Non j’ai oublié pour le moment, cela reviendra plus tard. Allez passons au dessert maintenant.-

Et elle se dirigea vers la cuisine d’où elle revint avec un gâteau au beurre qui fondait dans la bouche en laissant un petit goût de noisette. Arthur gourmand en prit trois morceaux. La grand- mère parlait peu, mais dans son regard l’enfant trouvait du réconfort et de la tendresse, allégeant ainsi un peu sa peine d’être séparé de ses parents. A chaque fois qu’il pensait à sa maman, les larmes lui montaient aux yeux. Son papa lui manquait aussi, mais moins, car il le connaissait sans le connaître vraiment. Il était si souvent absent de la maison à cause de son travail. Parfois, Arthur était jaloux des malades qu’il soignait. Eux avaient la chance de le voir tous les jours, et pas seulement une heure ou deux le soir, et quelques trop rare fois tout un samedi ou un dimanche. Arthur était très fatigué et s’endormit sur la table. La grand-mère le prit dans ses bras et le coucha dans la chambre au premier étage. Elle le borda, voulut lui lire une histoire mais ce n’était pas la peine, car l’enfant ronflait déjà.

C’était la première nuit qu’Arthur passait dans cet étrange pays des rêves où justement l’on ne rêvait pas pendant son sommeil, ce qui était très triste. Il fut réveillé par des cris, quelqu’un le secouait pour le tirer de son lit. Il crut d’abord à une blague de Grand-mère, mais l’expression de son visage était tellement différente de la veille, qu’il comprit qu’elle ne plaisantait pas.

Qu’avait-il de fait mal, pour qu’elle s’en prenne à lui de la sorte. Il ne la reconnaissait pas.

Elle avait changé du tout au tout. La tendresse avait fait place à une rage folle.

-Espèce de voyou ! Chenapan ! Sale petit mendiant ! Je vais t’apprendre à dormir dans le lit de mon petit fils ! Où te crois tu ? Allez lève toi et plus vite que ça où tu vas tâter de mon bâton, hurla-t-elle en brandissant un manche à balai au dessus de la tête d’Arthur qui prit ses jambes à son coup, non sans avoir récupéré son ours en peluche, la dernière chose qui lui restait de sa maman. Il descendit quatre à quatre l’escalier où la veille, la même femme qui a présent le détestait, l’avait pris dans ses bras comme une grand-mère. La porte claqua et Arthur entendit encore la vieille femme le menacer, s’il osait revenir ici. Il se mit à pleurer, non pas sur son propre sort, mais plutôt sur celui de cette femme qui avec l’âge en était arrivée à oublier qui elle était, et l’objet même de son amour et de son affection.

Arthur se jura, qu’il ne laisserait jamais sa maman vieillir seule dans une maison et recueillir un enfant perdu le soir, pour le chasser à coups de balais le lendemain matin. C’était trop injuste !  Il sécha ses larmes et partit à la recherche de la poétesse. Tous les regards étaient posés sur lui, on l’observait sans oser lui adresser la parole. Il faut dire, qu’il était assez inhabituel pour les habitants de voir un enfant en pyjama déambuler dans les rues, mais ce qui les étonnait le plus, était sans aucun doute le regard plein de tristesse de ce petit bonhomme.

Un homme qui vendait des pâtisseries aux noms et aux formes inconnues d’Arthur lui demanda s’il en voulait une.

-Merci Monsieur, mais je n’ai pas d’argent.

-Aucune importance, j’aimerais seulement que tu goûtes seulement à la nouvelle recette que j’ai imaginée cette nuit.

Et il tendit à l’enfant un biscuit en forme d’ours

-Il ne représente rien de précis, c’est pour cela que j’ai bien peur qu’il ne plaise pas aux enfants !

-Mais c’est un nounours voyons, comme ma peluche s’exclama Arthur 

-Un quoi ?  Demanda l’homme en jetant un coup d’œil au jouet du garçon. Mais selon lui la ressemblance n’était pas évidente.

-Un ours répéta Arthur. Vous ne connaissez pas les ours ?

-Jamais entendu parler, fit le marchand de plus en plus intrigué par le petit garçon.

Arthur se souvenant d’un reportage à la télévision, apprit à l’homme tout ce qu’il savait à propos des ours.

-Mais ce miel, dont raffolent les ours, cela m’a l’air de ressembler étrangement au sirop des vrombs !

-Les vrombs ?

-Oui tu as du en voir. Tu sais ces insectes volants pleins de jolies couleurs qui font vrrrrrr

-Ah vous voulez sans doute parler des bzz arc en ciel ?

-Oui si tu préfères. Tu viens de me donner une bonne idée là. Je vais ajouter du sirop de vrombs à mes ours.  Merci mon petit… Mais comment t’appelles tu ?

-Arthur répondit fièrement l’enfant, tellement heureux qu’on lui porte un peu d’intérêt.

-Ecoute moi bien, Arthur, dès demain, ces biscuits s’appelleront « Les ours d’Arthur »

Comme ça à chaque fois que j’en vendrai un, je penserai à toi. Pour te remercier de ton aide précieuse, tu vas me faire le plaisir, de goûter à tous mes gâteaux.

Et le marchand remplit à ras bord  son plus grand sac de papier, de confiseries et autres sucreries. Arthur remercia l’homme et lui demanda s’il connaissait une poétesse.  

-Ecuod Etitep, la poétesse au vent. Oui bien sur, elle habite dans l’avant dernière maison du village. C’est la plus petite mais aussi la plus jolie d’entre toutes.

Arthur tendit sa menotte au marchand.

-Au plaisir de te revoir, mon petit

Quelque chose disait à Arthur, que cela n’arriverait probablement jamais, mais il ne voulut pas faire de peine à cet homme qui avait été si gentil avec lui

Il lui répondit tout simplement à bientôt et s’en alla.

 

5

Arthur n’eut aucun mal à trouver la maison d’ Ecuod Etitep. Comme le lui avait dit le marchand de confiseries, c’était effectivement la plus petite, mais aussi la plus jolie qu’Arthur avait vue jusque ici. En fait son architecture rappelait un peu celle d’un chalet, mais planté au beau milieu d’un champ de coquelicots. Arthur carillonna mais personne ne répondit. Un peu déçu mais pas découragé pour autant, il fit le tour pour accéder au jardin, et c’est là qu’il vit une jeune fille assise dans l’herbe en train d’écrire. Arthur s’avança vers elle en demandant

-Etes vous la poétesse au vent ?

La jeune femme leva vers les yeux vers son charmant petit visiteur

-Oui répondit-t-elle en souriant. Je suis bien Ecuod Etitep, mais on m’appelle aussi la poétesse. Viens t’asseoir près de moi

Arthur obéit et se présenta.

-Je m’appelle Arthur, et j’aimerais bien rentrer chez moi ! Le marchand de confiseries m’a dit que vous pourriez sûrement m’aider mademoiselle Ecoud Epitet

La poétesse le reprit en riant

-Ecuod Etitep !

-Mais quel drôle de prénom ! s’exclama Arthur en le répétant plusieurs fois, pour mieux l’apprivoiser et ne plus se tromper. Pour lui rien n’était plus vexant que d’écorcher le prénom de quelqu’un. Il interrogea la poétesse sur son étrange prénom

-Hélas je n’en connais ni le sens, ni l’origine. Il est mien, car il m’a été donné à ma naissance, c’était mon destin.

-Et le mien, alors fit Arthur ?

Toi, réfléchit Ecuod Etitep, d’après moi, Arthur tu dois être un petit bonhomme courageux et curieux.

-Oui, approuva l’enfant et après ?

-Sans doute es tu un roi à la recherche de son royaume perdu

Emu aux larmes Arthur se mit à pleurer et la poétesse le prit dans ses bras pour le consoler.

Ecuod Etitep avait de longs cheveux bruns ondulant légèrement dans la brise tiède. Le parfum délicat de sa peau blanche se mêlait à celui des fleurs et rappelait à Arthur un peu celui de sa maman. Il ferma les yeux et s’abandonna au sommeil léger qui ne tarda pas à s’emparer de lui. Lorsque il s’éveilla, il était allongé dans l’herbe fraîche, un coussin posé sous sa tête. Ecuod Etitep assise près de lui, écrivait. Arthur s’étira et lut le poème en train de prendre vie sous ses yeux. Il aimait le bruit de la plume caressant la feuille ainsi que l’odeur de l’encre se mélangeant à celle du papier. Arthur ne saisit pas le sens exact de toutes les phrases mais dit à la poétesse qu’il trouvait cela très beau. Ecuod Etitep le remercia et lui expliqua en quoi consistait son métier.

-Vois tu je suis une poétesse au vent. J’écris des poèmes pour ceux qui sont amoureux, ensuite ils s’envolent pour retrouver ceux à qui ils sont destinés.

-Tu n’écris jamais pour toi ? demanda Arthur

-Moi fit étonnée la jeune fille en rougissant. Mais personne ne m’aime.

Arthur avait du mal à le croire. Personne n’avait donc remarqué la beauté et la tendresse de la poétesse ? Comment cela était-il possible ?

-Viens dit la jeune fille, tu vas m’aider. Le poème est terminé. Il est temps pour lui, de vivre sa vie, de découvrir le monde. Je vais te confier la tâche de le laisser partir dans le vent.

Et elle lui tendit la feuille où son écriture gracieuse avait donné naissance à des vers.

-Comment dois-je faire demanda l’enfant ?

-Comme tu le sens Arthur, débrouille toi, pour que le poème s’envole.

Il fit trois pas et se haussa sur la pointe des pieds, le bras tendu, prêt à lâcher le poème dans le vent, quand soudainement son reflet dans la mare l’intrigua. Il se baissa et observa attentivement la signature de la poétesse, qui comme dans un miroir se trouva inversée, et prit soudainement un nouveau sens !

-Ecuod, viens voir ! cria Arthur, fou de joie ! J’ai compris ! Je sais qui tu es !

Intriguée la jeune fille s’approcha d’Arthur ne tenant plus en place, si fier d’avoir élucidé le mystère du nom de la poétesse !

-Oui, fit-elle, que se passe-t-il ?

-Regarde ta signature, dit doucement Arthur. Ecuod Etitep, s’est transformé en « Petite Douce »

A cet instant là, ce fut une véritable révélation. Depuis toujours elle avait vécu, ignorant l’essence même de son être, se sacrifiant pour le bonheur des autres, au détriment du sien.

-Quelqu’un qui se nomme « Petite Douce » est aimée ! C’est obligé affirma Arthur ! Il y a quelque part quelqu’un qui pense à toi, qui ne vit que pour toi, qui te connaît par cœur, même s’il ne t’a jamais rencontré, quelqu’un qui connaît ta voix,même s’il ne l’a jamais entendue.

Oui, il y a un poète dans ce monde dont tu es la muse !

Petite douce, prit Arthur dans ses bras et l’embrassa

-Merci de me dire tout cela. Arthur. Et moi je ne peux même pas t’aider à rentrer chez toi, mon pauvre petit Roi ! Mais sur ta route, tu rencontreras un érudit, un homme qui a lu, des milliers de livres, il pourra sans aucun doute te renseigner. Dis lui que tu viens le voir de ma part. Il t’aidera avec plaisir

Une fois de plus, Arthur allait devoir continuer son voyage et laisser derrière lui quelqu’un qu’il ne reverrait sans doute plus. Petite douce lui souhaita bonne chance et au même instant, une feuille portée par le vent atterrit à ses pieds. Elle la ramassa et lut à haute voix, les vers calligraphiés par un certain Prince Nano, lui déclarant ainsi sa flamme. Petite Douce pleurait de joie et Arthur comprit que c’était le bon moment pour prendre congé de la jeune femme, qui n’avait jamais été aussi si belle, depuis qu’elle avait appris la véritable nature de son destin.

6

 

 

Arthur suivait cette route de terre ocre depuis un petit moment, quand il aperçut un arbre gigantesque. A son sommet on avait aménagé une terrasse ombragée, où un homme assis à une table d’écolier était plongé dans la lecture d’un volumineux livre.

Il en conclut qu’il ne pouvait s’agir que du vieil érudit et décida de hâter le pas.

Le diamètre du tronc devait être d’au moins quatre mètres. Sur une jolie porte d’un bois plus clair, un écriteau précisait : « Maître Von Borg. Erudit, à ne déranger que pour de très bonnes raisons. » Et en caractères minuscules, figurait la liste de toutes les bonnes raisons. Arthur n’y trouva pas la sienne, mais elle lui sembla assez importante à ses yeux pour interrompre la lecture du vieil homme. Il tira à trois reprises sur le cordon de la sonnette. Un tintement cristallin retentit et parvint jusque aux oreilles de Maître Von Borg, qui à regret referma son ouvrage en maugréant. Il se leva et actionna un levier, et bientôt un mécanisme fait d’un ingénieux assemblage de rouages et de poulies, ronronna comme un chat géant sommeillant dans l’arbre, que l’on venait de réveiller.

Quelques instants plus tard la porte s’ouvrit en grinçant. Arthur en voyant la taille des toiles d’araignées en conclut que peu de monde devait oser déranger le vieil érudit. Arthur pénétra dans un vestibule où un panneau demandait aux visiteurs d’être sur de leurs choix, avant de gravir les 4352 marches de l’étroit escalier en colimaçon menant aux appartements de Maître Von Borg. Effectivement songea Arthur, cela doit en décourager certains, mais pas moi en tout cas, et il referma la porte derrière lui. Lentement mais sûrement il se mit à grimper les escaliers, en prenant le temps de regarder les rayonnages pleins à craquer de centaines et de centaines de livres, mais à sa grande déception, il semblait n’y avoir aucun livre pour enfants, ce qui l’attrista un peu. Arrivé à mi chemin, Arthur s’assit pour faire une pause, mais une voix lui parvint par l’écorce poreuse à certains endroits.

-Allons, dépêchons Maître Von Borg vous attend !

Arthur protesta de sa petite voix 

-Deux minutes s’il vous plait, je suis fatigué !

L’enfant souffla encore un petit moment puis se remit sur debout sur ses jambes.

Il lui fallut bien encore dix bonnes minutes pour arriver au bout de sa peine. Maître Von Borg l’attendait de pied ferme.

-Ah te voila, ce n’est pas trop tôt !

-Bonjour Mr Von Borg dit Arthur

-Maître Von Borg, le reprit l’érudit qui tenait à son titre.

-Maître Von Borg, c’est Petite Douce, je veux dire Ecuod Etitep qui m’envoie. Selon elle, dans vos livres se trouve la solution à mon problème !

-Et quel est ton problème ?

-Je veux rentrer chez moi !

Selon Maître Von Borg, quitter le pays des rêves était une erreur monumentale, mais il promit de faire tout son possible pour venir en aide à Arthur.

-Suis moi, nous allons chercher.

Maître Von Borg entraîna l’enfant dans le labyrinthe de son immense bibliothèque.

-Surtout ne lâche pas ma main, tu risquerais de te perdre et il faudrait des heures pour te retrouver.

Arthur fit oui de la tête et s’agrippa de toutes ses forces au vieil homme qui de son doigt passait en revue les innombrables volumes sur les étagères taillées à même le tronc de l’arbre.

-Non, ce n’est pas ici !  Enragea Maître Von Borg, mais où l’ai-je donc rangé ?

Pendant plus d’une heure ils montèrent et descendirent sans relâche l’étroit escalier en colimaçon. Arthur avait le tournis et demanda à Maître Von Borg de ralentir

-Mais tu veux rentrer chez toi, oui ou non ?

-Oui Maître, mais là je n’en peux plus !

-Ah ces enfants toujours à pleurnicher pour un rien !

Là Arthur ne put se retenir de lui rétorquer que lui aussi avait été un enfant autrefois !

-Cela fait tellement longtemps que je l’ai oublié !

-Oui et c’est dommage !

Maître Von Borg ne releva même pas la remarque de l’enfant.

-Est-ce que je peux vous aider Maître ?

-Non, non ! Moi-même en fait, je ne sais même pas ce que je recherche !

Arthur ne comprenait plus rien du tout. Comment était-il possible qu’un homme comme Maître Von Borg si érudit ne trouve pas une solution logique à son problème.

Ou bien songea l’enfant, justement a-t-il passé trop de temps, le nez dans ses bouquins, il ne peut plus rien faire sans eux, incapable de faire appel à son raisonnement et à son intuition.

Arthur tenta de lui faire part de sa réflexion mais le vieil homme ne voulut rien savoir !

-Ecouter son cœur ! Je n’ai jamais entendu plus grande sottise de toute ma vie ! La vérité se trouve dans les livres et pas ailleurs ! Car les paroles s’envolent et les écrits restent. –

Arthur n’osa pas le contredire une nouvelle fois, en lui rappelant que les poèmes de Petite Douce étaient aussi doués que des oiseaux pour voler. Maître Von Borg perdait patience.

-Je pense sincèrement que tu n’aurais pas du me déranger pour un motif aussi futile !

-Mais je veux retrouver ma maman et mon papa moi ! Ce n’est pas assez important pour vous faire quitter vos bouquins ?

-Petit insolent, tu ne sais pas à qui tu parles ?

-Si, répondit Arthur sans se démonter, à un vieux monsieur qui a oublié, l’essentiel pour se consacrer à des bouquins qui n’en valent pas le coup !

-Mais, c’est toute ma vie, qui est là !

-Justement, c’est terrible ! Vous n’avez rien d’autre !

Maître Von Borg, s’était enfin arrêté un instant de chercher ce fameux livre qui sans doute n’existait que dans son imagination. Il regarda Arthur droit dans les yeux

-Personne ne possède autant de livres que moi, tu ne te rends pas compte, tu n’es encore qu’un enfant-

-En tout cas, moi je sais, que pour rien au monde, je n’échangerai mon ours contre tous vos bouquins !

-Mais pourquoi, fit le vieil homme, complètement dépassé par l’enfant

-Car mon nounours, m’a été offert par mes parents, et pour moi sa valeur est immense.

Arthur venait de marquer un point et Maître Von Borg resta interdit. Il devait bel et bien reconnaître sa défaite. Un petit bonhomme en pyjama de huit ans l’avait vaincu en quelques phrases qui lui étaient allées droit au cœur. Etait-il possible qu’il se soit trompé à ce point ?

Il s’agenouilla pour être à la hauteur de l’enfant.

-Dis moi Arthur, tu me le montres ton ours ?

-Pour sur, répondit le petit bonhomme en confiant son compagnon au vieil homme.

C’était la première fois de sa vie que Maître Von Borg prenait un ours en peluche dans ses mains. Il le trouva très doux et très beau même si à certains endroits, il était un peu usé. C’était justement la petite rustine qu’avait cousue la maman d’Arthur qui lui donnait ce charme. Tout comme son propriétaire, cet ours était courageux et se battait sans cesse pour atteindre son but. A cet instant là, Maître Von Borg prit conscience de son erreur.

Il s’excusa auprès d’Arthur et reconnut qu’il avait pêché par orgueil.

-Ecoute Arthur, c’est toi qui as raison. Il faut que ce soit un enfant que choisisse la vie, pour me donner une telle leçon. Oui à force de vouloir tout savoir sur tout, en fait comme tu le dis si bien, je suis passé à côté de l’essentiel ! Je reconnais que ce n’est pas dans mes précieux livres que se trouve la réponse à ta question. J’y ai bien réfléchi. A vrai dire, aussi loin que je m’en souvienne, personne n’a jamais quitté notre monde, et c’est bien cela qui m’inquiète, je ne voudrais pas te décourager dans ta quête, petit roi.

-Mais avant pourtant j’y arrivais moi !

-Es tu sur, que c’était bien chez nous, que tu t’aventurais chaque nuit ?

A cet instant là, Arthur eut un doute, il était vrai, que depuis le début, il avait trouvé son pays préféré, différent sans pour autant pouvoir l’expliquer. Il se mit à pleurer.

-Sèche tes larmes, je t’en prie. Tu ne dois pas renoncer ! Tu possèdes en toi, tellement de trésors et de ressources que tu n’as pas le droit de baisser les bras. Fais moi confiance, mes livres m’ont appris tout de même une chose : il faut toujours se battre pour ses rêves, et ne jamais se décourager quoi qu’il arrive.

Rassuré par les paroles du vieil homme, Arthur cessa de sangloter.

Maître Von Borg, le prit dans ses bras et remonta sur la terrasse où il lui servit un grand verre de jus de Myovi.

-Maître Von Borg, l’enfant que vous étiez n’a pas dit son dernier mot. Il a toujours été près de vous, mais vous ne l’avez même pas remarqué.

-Pourquoi dis tu cela ?

-Regardez répondit Arthur en désignant la table d’écolier sur la quelle Maître Von Borg avait travaillé toute sa vie 

-Oui c’est mon bureau et ensuite

-Mais, vous ne voyez pas qu’il est à ma taille. J’ai presque le même dans mon école 

Une fois de plus le petit bonhomme en pyjama avait révélé l’un des nombreux secrets de son       âme au vieil homme.

-Arthur, ne me demande pas comment je le sais, mais je suis sur de ce que je te dis ! Tu retrouveras tes parents, fais moi confiance. Tu n’es pas comme les autres enfants du pays.

Tu es tellement différent, que tu y arriveras. Ecoute moi, tout au nord, avec un peu de chance, tu trouveras le plus grand voyageur de tous les temps. Si il y a un homme qui pourra t’aider, c’est bien lui, enfin je l’espère de tout mon cœur.

-Merci Maître fit Arthur !

-Ah non, ne m’appelle plus ainsi, je ne veux être le maître de personne. Appelle moi par mon prénom : Eric

Arthur se leva et remercia Eric.

-Attends, tu ne crois pas que je vais te faire redescendre toutes ces marches ! Ca c’est bon pour les visiteurs, pas pour les amis ! Regarde !

Et il tira sur un levier découvrant une nacelle cachée sous une branche.

-Allez monte !

Arthur sauta, bientôt suivi par Eric. Ils descendirent lentement au milieu de bzz arc en ciel et d’oiseaux minuscules dont le chant ressemblait à des sonneries de téléphone. Cela amusa beaucoup Arthur d’ailleurs. Une fois arrivés, Eric Von Borg, serra la main d’Arthur en lui souhaitant bonne chance.

-Merci. Je vous laisse travailler à présent

-Travailler, mais tu n’y penses pas, avec ce beau temps. Je vais aller me promener oui ! Mes livres peuvent bien attendre, qu’ils se débrouillent sans moi pour une fois.

Et ils éclatèrent de rire. C’est ainsi que leurs chemins se séparèrent, sur cette note joyeuse et pleine d’espoir.

7

 

 

Arthur avait presque épuisé les confiseries du marchand lorsque il atteignit le village dont lui avait parlé Eric. Il ressemblait en tout point à ceux qu’il avait déjà traversés, mais ici, la population remarqua tout de suite sa présence et bientôt un attroupement se fit autour de lui.

Un homme portant de riches habits prit la parole et lui demanda d’où il venait.

De nouveau l’enfant raconta son étrange histoire, sans oublier de mentionner que Maître Von Borg lui avait conseillé de rencontrer le plus grand voyageur de tous les temps.

-Tu veux sans doute parler de Veloce ! Tu n’as pas de chance ! Il vient de partir hier soir, pour un nouveau voyage. Tu l’as loupé de peu, mon petit !

Arthur se retint de pleurer, mais à cet instant, c’était la chose dont il avait le plus envie, oubliant même la faim qui faisait gargouiller son estomac. L’homme qui se trouvait être le maire, proposa à Arthur d’attendre son retour au village.

-Quand va-t-il revenir ? demanda l’enfant

-Nous l’ignorons, dans deux ou trois mois, peut-être. Avec lui, impossible de le savoir !

Arthur complètement désemparé, comprit qu’il devrait se passer de l’aide du voyageur pour retrouver le chemin vers sa maison où ses parents devaient être morts d’inquiétude à l’heure actuelle, mais cela il ne préféra pas y penser, car cela lui donnait encore plus envie de pleurer.

Il ne pouvait pas se permettre de s’apitoyer sur son sort, et se devait d’avancer coûte que coûte. Il remercia le maire de son accueil et annonça qu’il allait se remettre en route.

-Mais il doit être mort de faim, ce petit bonhomme s’écria une femme revenant du marché, avec un deux paniers remplis de victuailles. On ne peut pas le laisser repartir comme ça !

Et il fut décidé qu’Arthur aurait droit à un copieux repas, ainsi qu’à un sac de provisions à emporter.Il n’en fallut pas plus pour que le petit bonhomme en pyjama retrouve le sourire.

En l’honneur du jeune voyageur, on improvisa une fête sur la grande place, entourée de deux immenses fontaines jumelles. Chacun participait, y mettait du sien. Les femmes dressaient les tables que les hommes avaient transportées sur leur dos. Les enfants se mettaient à trois ou quatre pour porter les bancs de bois. Arthur voulut mettre la main à la pâte, mais en tant qu’invité d’honneur, on lui interdit de faire quoi que ce soit. Il assista donc en silence à ce spectacle étrange qui lui réchauffa le cœur. Quand tout fut prêt, on appela Arthur, et il prit place parmi les convives. Lui ayant réservé la place d’honneur, on attendait de lui un discours. On le hissa sur la table et tout le monde se tut. Arthur un peu intimidé rougit, puis finit par prendre la parole.

-Merci beaucoup de tout ce que vous faîtes pour moi. Je ne sais pas comment vous remercier.

Quelqu’un dans l’assistance dit

-Quand tu auras retrouvé ta maison, reviens nous voir pour nous raconter ton voyage !

Tout le monde approuva et Arthur promit de le faire. Un gros homme avec une immense serviette nouée autour de son cou, décréta que l’on avait assez parlé comme cela  qu’il était temps de passer aux choses sérieuses, et il arracha une cuisse de poulet en criant –Bon Appétit !-  Et bientôt tout le monde l’imita. Arthur goûta à tous les plats que l’on avait préparés et très vite son petit ventre s’arrondit. Au milieu du repas, il en apprit un peu plus sur Veloce, par une fillette blonde, qui plus tard rêvait de voyager comme lui. Elle lui montra un dessin de Veloce, qu’elle gardait sur elle, comme un trésor précieux. Le grand voyageur à chacun de ses retours montrait aux habitants réunis autour de lui, ses carnets de croquis, où jour après jour il dessinait ses souvenirs, de voyage.

-Regarde dit-elle comme les animaux sont petits là bas. –

Arthur observa attentivement l’aquarelle. On y voyait deux espèces de chats sauvages, mais de la taille d’une souris, qui s’amusaient avec Veloce, essayant d’attraper les cordons de sa bourse. Les yeux de la fillette brillaient à chaque fois qu’elle parlait de son héros. Arthur la remercia. A présent il savait à quoi il ressemblait, et qui sait peut-être qu’avec un peu de chance, il le rencontrerait peut-être sur sa route tôt ou tard. La fête se prolongea très tard et on se disputa presque pour savoir qui aurait l’honneur d’accueillir Arthur pour la nuit. Le maire fit jouer son autorité et décida qu’il serait son invité. Mais le petit bonhomme en pyjama s’était endormi près de la fillette, en lui tenant la main, et ne se rendit pas compte quand on le sépara d’elle. Au réveil Arthur eut l’agréable surprise de se retrouver dans un lit, lui rappelant le sien. Un instant seulement il crut qu’il avait enfin réussi à rentrer chez lui, mais la grosse voix du Maire lui demandant s’il avait bien dormi, brisa net son mince filet d’espoir.

Arthur se leva et sourit au gros homme et à sa femme qui, avaient si bien pris soin de lui.

Apres un copieux petit-déjeuner il fut prêt pour le départ. Tout le village était là pour lui souhaiter bonne chance et lui dire au revoir. Arthur serra des mains, on l’embrassa, lui recommanda d’être prudent et de ne pas hésiter à revenir ici, s’il changeait d’avis.

Arthur prit son balluchon sur les épaules et s’apprêtait à partir quand la fillette blonde de la veille le retint par le bras

-Arthur attends ! J’ai quelque chose pour toi !-

Et elle lui tendit le dessin de Veloce !

-Non, je ne peux pas accepter !

-Si, il te portera bonheur, tu en auras plus que besoin que moi, et puis au retour de Veloce, je sais qu’il m’en donnera un autre, si je le lui demande.

Arthur remercia la fillette en l’embrassant sur la joue. Cette fois ci, il partit pour de bon, sous les nombreux « À bientôt » des villageois. Pour Arthur tous ces gens resteraient à jamais dans son cœur  et la dernière image qu’il garderait d’eux, serait celle de la fillette blonde rougissant, quand ses lèvres avaient frôlé les siennes.

8

 

Arthur s’enfonça dans la forêt, baignée d’une douce lumière. De temps à autre, il s’accordait une petite pause, prenant le temps d’observer l’étrange et luxuriante végétation tout autour de lui. Des arbustes aux couleurs changeantes selon qu’il s’avançait ou s’éloignait, d’eux.

Arthur fit aussi la connaissance d’étranges animaux, nullement effarouchés par ce petit visiteur en pyjama. Certains d’entre eux, vinrent même tout près, attirés par l’odeur alléchante de toutes les bonnes choses à manger, se trouvant dans le balluchon de l’enfant. Arthur partagea de bon cœur son goûter avec un rongeur aux yeux immenses, qui lui rappelait un peu ceux de son chat. La créature pour le remercier se lova à ses pieds et s’endormit.

Attendri, Arthur attendit qu’elle se réveille pour se remettre en route. Quand l’après-midi toucha à sa fin, il décida de s’arrêter là pour la nuit. Selon lui, il avait assez marché pour aujourd’hui. Il déplia la chaude couverture qu’on lui avait donnée, et l’étala sur un tapis de feuilles rouges. Il se prépara un assortiment varié de toutes les victuailles contenues dans son sac, sans oublier de mettre une assiette pour son ours, tout aussi impatient que lui de goûter à toutes ces mets. Ce fut un repas bien silencieux, ponctué de temps à autres par des cris d’animaux se répondant les uns aux autres. Arthur pour se rassurer serra son ours contre lui et se couvrit. Il ferma les yeux, mais malgré la fatigue le sommeil tardait à venir. Arthur se leva pour refaire son lit de fortune, quand au loin il aperçut la lueur d’un feu. Il n’en crut pas ses yeux, mais effectivement à en croire la bonne odeur de viande grillée, quelqu’un s’apprêtait à faire un véritable festin. Il prit son ours sans le réveiller et sans aucune hésitation avança vers la source de chaleur qui brillait dans la nuit fraîche. Sans faire de bruit, il s’approcha assez près pour distinguer la silhouette d’un homme jeune en train de faire griller ce qui ressemblait à des brochettes.

-Si tu as faim, n’hésite pas, il y en a assez pour deux, tu sais ?-

-Comment savez vous que je suis là, demanda Arthur, pensant avoir imité à la perfection la marche silencieuse des Sioux.

-Cela fait un petit moment que je t’observe. Je me demandais quand tu allais t’apercevoir de ma présence. Finalement je me suis résigné à allumer un feu, pour me signaler, et aussi, je l’avoue, j’avais envie une folle envie de brochettes ! –

Arthur hésita un instant, puis prit place autour du feu. Son hôte devait avoir une bonne trentaine d’années, mais l’expression enjouée de son visage, lui en faisait paraître beaucoup moins. Il tendit une brochette à peine sortie des braises rougissantes à Arthur.

-Mange, ensuite nous parlerons, tu me raconteras ce que tu fais ici tout seul !

-Je suis…

-Chut et Bon appétit, l’interrompit l’homme

Arthur dont le petit bedon était déjà bien bombé ne put refuser la deuxième brochette que lui proposa l’inconnu, c’était trop délicieux ! Une fois rassasiés, ils purent enfin se présenter l’un l’autre.

-Je m’appelle Arthur fit le petit bonhomme

-Enchanté, moi c’est Gaard dit l’homme en approchant son visage du feu en remuant les braises. Arthur put voir son visage éclairé à la lueur des flammèches qui dansaient dans

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