Au jeu du chat et de la souris

Corinne Christol Banos

Le chat est le patron et la souris une petite employée...


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- Tu as rendez-vous ce soir à 18h avec M. MARTIN.

- C'est à quel endroit ? demanda Céline.

- Juste à côté de la gare, au 1er étage. C'est un boulot d'une semaine, mais si tu fais l'affaire ça peut être prolongé.

Céline promit à Christine de la tenir au courant de l'issue de l'entretien.

Le soir venu elle se rendit au lieu prévu, et attendit patiemment son tour. M. MARTIN arriva enfin et se dirigea droit sur Céline dès qu'il l'a vit. Heureusement qu'elle était assise, sinon elle en serait tombée d'émotion.

Le M. MARTIN en question n'était autre que le quinquagénaire croisé en boite de nuit, s'acharnant à lui proposer de boire un verre à chacune de leur rencontre. L'attirance n'était pas réciproque. Le sort voulait que ce soit lui son éventuel futur employeur. Ne sachant comment se comporter face à cette situation ambiguë, Céline se leva et attendit.

M. MARTIN, puisque tel était son nom, en costume cravate, ne ressemblait en rien à l'homme en jeans baskets de ses soirées dansantes.

Très mal à l'aise, elle le regarda s'avancer.

- M. MARTIN, enchanté. Dit-il en lui tendant la main.

- Mle MAURIN, répondit-elle en la lui serrant, persuadée qu'il ne l'avait pas reconnue dans la faible intensité des néons.

Il la précéda dans son bureau, ferma la porte derrière elle et la pria de s'asseoir. La lumière crue de la pièce ne laissait à présent aucun doute sur son identité. Pourtant M. MARTIN commençait l'entretien en bon professionnel et ne manifestait aucun sentiment prouvant qu'il l'avait identifiée comme la jeune femme qu'il croisait en soirée régulièrement.

Se calant sur son affligeante hypocrisie, elle répondit à toutes ses questions. Lui fut respectueux, poli, restant dans le domaine professionnel et la conversation se déroula sans anicroches.

De son côté, Céline essayait de se calmer, se persuadant qu'à un moment ou à un autre il ferait allusion à leurs rencontres nocturnes.

Mais non ! Rien de tel ne se produisit, gentleman jusqu'au bout il l'a raccompagna à la porte et promit de tenir informée au plus vite, l'agence d'intérim.

 

* * * *

 

Lorsqu'elle se retrouva sur le palier, Céline songea qu'elle était dans la mouise. Soit elle n'aurait pas le poste et ce serait très embêtant, soit elle serait retenue et sa position face à cet individu qu'elle subodorait s'en trouverait périlleuse.

Et elle l'obtint !

Quelques jours seulement après leur entretien, elle sut qu'elle commençait le lundi suivant.

Au fil des jours, l'attitude de M. MARTIN changea subtilement. Il trouvait toujours un prétexte pour tourner autour du bureau où elle travaillait.

Il lui demandait :

- Ça va Céline, tout se passe bien ?

Dans ces moments-là elle trouvait un document à apporter à la compta ou bien elle allait boire un verre d'eau, encore qu'elle évitât de se retrouver seule dans la cuisine avec lui, car même en réunion, il s'arrangeait pour venir l'y rejoindre.

- Vous êtes très organisée Céline, vous êtes en couple ? glissait-il au milieu d'une conversation.

- Oui, mentait-elle.

Inopinément, il lui touchait le bras ou bien l'épaule. Elle reculait comme si un serpent l'avait mordue.

- Vous déjeunez où à midi ? la questionnait-il régulièrement.

- Avec mon copain, répondait-elle pour qu'il lâche prise.

Les semaines passèrent ainsi, d'abord une, puis deux, trois, etc… chaque vendredi elle se présentait devant lui afin de savoir si sa mission était prolongée.

 

* * * *

 

Ce vendredi-là, comme précédemment, elle vint dans son bureau.

M. MARTIN posa son stylo et regarda attentivement Céline dans les yeux.

- La semaine s'est bien passée Céline ? demanda-t-il avec flegme.

- Oui, très bien.

Il l'invita à s'asseoir mais elle préféra demeurer debout. De cette façon elle se sentait plus en mesure de riposter.

- Voilà nous sommes arrivés à la date fatidique, lui dit-il.

Constatant son mutisme, il continua. D'un doigt il faisait tourner le stylo dans sa main tandis que de l'autre, il tapotait son porte-document. Un sourire fat lui barrait le visage et Céline ressentit des frissons lui parcourir la colonne vertébrale.

Subitement, il se leva et se plaça à côté d'elle. Céline recula.

Il s'avança pour lui poser la main au creux des reins. Céline s'assit pour fuir ce contact déplaisant.

Il attrapa la chaise près de la sienne, et elle se releva brusquement pour éviter toute promiscuité.

Dès qu'il s'approchait, la jeune femme se déplaçait.

On pourrait comparer cette scène à un immense échiquier dont ils auraient été les pions sautant d'une case à l'autre. Céline s'arrangeait pour que toujours une case les séparent.

Après quelques mouvements, M. MARTIN reprit :

- Chère Céline, il n'y a plus suffisamment de travail pour que vous puissiez rester.

- Ah, d'accord. Dans  ce  cas  je ne reviens pas lundi, commenta-
t-elle, profondément soulagée.

Mais déjà, M. MARTIN, comme si elle n'avait pas parlé, prononçait la phrase suivante avec un immense sourire :

- Il n'y a plus suffisamment de travail, chère Céline, mais si vous désirez continuer à travailler avec nous on peut s'arranger ! Le ton ne laissait aucun doute quant à l'arrangement envisagé.

- Non merci, répondit-elle sur le même ton. S'il n'y a plus de travail, je pars !


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