Blanc

Marion Ploix

Première neige, première poussière blanche. Un voile nacré recouvre toute chose et arrête mon regard, fasciné par cette infinité de flocons si légers, si petits.
Et pourtant, collés les uns aux autres, dans un ensemble qui leur est propre, ils transforment le monde.
Ensembles. C’est un concept qu’il est si difficile de rendre réel. Nous sommes comme de petits flocons qui ne trouveraient pas à s’assembler. Parfois la chance nous conduit à trouver le coin d’une pièce du puzzle, parfois deux, ou trois, il peut aussi y avoir tout un mélange de pièces tout autour de nous mais aucune qui convienne. Et l’on touche à nouveau cette solitude que l’on cherche pourtant à fuir désespérément.
La rue est devenue blanche, blanc aussi le toit des maisons. Les arbres ont comme un vêtement d’apparat. Même les poubelles ont été effacées, gommées. Il y a quelque chose de magique, de possible. Une occasion de première fois.
Un léger frisson me fait trembler et pourtant je suis dans la douceur de la chaleur, derrière la limite rassurante de la vitre. C’est d’assister à toute cette froideur qui s’exprime. Je pense à ceux qui sont toujours dehors. Ont-ils trouvé un abri, un coin de toit, un hall d’immeuble, peut-être un escalier, ou encore un café qui aura eu la bienveillance de leur ouvrir ses portes… J’ai encore dans les yeux l’image terrible de ce jeune couple sous la neige, en Grèce, recroquevillés sur leur nouveau-né, le protégeant d’une maigre couverture sous le regard indifférent des passants.
Indifférence. Sœur de la solitude. L’une va si bien avec l’autre. Je soupire. J’entends alors le bruit saccadé des petits pas d’Ambre qui accourt :
—    Maman, maman il neige ! C’est magnifique ! On va pouvoir faire un bonhomme de neige, t’es d’accord, dis oui, dis, dis… et je vais mettre mes gants exprès pour la neige hein ?... on y va, on y va ?!...
Magie de l’enfance…

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