Bleue

gb2r

On la dit arrogante, cette couleur ubique et sure de ce qu'elle est.
Je vois dans cette bleue, un égo maladroit, cherchant dans les excès des bribes d'amour de soi.
Érigée malgré elle en couleur favorite, elle dévore ses semblables et semble bien maudite.

Placardée, imposée,
Elle s'infiltre partout, fait son omniprésence.

Sous cette chape bleutée, on ne sait plus si rose, jaune et vert ont le droit de citer.
Orange, prune, anthracite, toutes ces teintes différentes, apparaissent muselées, respectant une distance.

La bleue agace, elle ne vit que pour elle,
la bleue pourtant émeut, elle n'est pas sûre d'elle.

Toutes s'y comparent, nulles ne s'y reconnaissent.
Toutes vont s'épuiser, de s'en approcher, d'y ressembler, chercher son rayonnement,
certaines que pour aimer, il faut être elle ou presque.

Elle n'a pas conscience qu'elle court à sa perte,
cette bleue appréciée s'en va se faire haïr
d'épuisement et d'incompréhension
elle s'en va étouffer la beauté multitude
pour tenter d'exister si maladroitement

Elles sont toutes magnifiques dans leur diversité,
mais se laissent convaincre qu'une seule à droit de citer.
C'est peut-être utopique mais il faut se forcer
à ne voir qu'en bleue une autre sympathique.
Ni plus belle, ni meilleure,
autre en égalité.

Et observer ce tout
si grand, si beau, si fort,
où chacun prend son rôle
en confiante unité -


© photo de l'œuvre : "Peinture-Monde" de Gérard Fromanger

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