Ça va pas être possible

jean-fabien75

Article dédié à tous les pigeons involontaires qui ont, un jour, reçu un fabuleux cadeau dont le nom est Smartbox.

Cherchez pas. Quand quelqu'un vous offre une Smartbox, c'est soit qu'il vous déteste vraiment beaucoup (on peut pas lui en vouloir ceci dit, vous êtes tellement truffe), soit qu'il vous refourgue celle qu'on lui a offerte l'an dernier.
C'est assez facile à vérifier d'ailleurs, il vous suffit de regarder la date de fin de validité. Si elle est dans deux mois, la seule bonne nouvelle, c'est que le généreux connard qui vous l'a offerte ne vous déteste pas : il n'en a juste rien à carrer de votre tronche.


Une bonne idée ?
Il y a quelques années, c'était un peu tantinet « tendance ». Quand tu lançais un mega brainstorming pour trouver un cadeau commun à la grosse Jocelyne – dont la plupart des « amis » se demandaient ce qu'ils foutaient là –, y'avait toujours un mec au fond de la salle pour hurler qu'on avait qu'à lui offrir « un week-end spa avec dégustation de sushis ». Et voilà le travail : tu venais de sombrer dans la facilité. Comme tout le monde connaissait pas encore le concept et que la grosse Jocelyne habitait dans la Creuse, y'avait encore un poil de chance que l'info soit pas arrivée jusqu'à son modem. Allez, va pour la Smartbox « spa », ça lui fera pas mal (en tout cas, moins que les sushis).
Quand ce type de cadeau a commencé à sentir un peu le rance et le noël chez tata Claudine, les concepteurs du bidule ont décliné à tout-va : la conduite de voiture de sport, le week-end extrême, le cours de cuisine, le plan à trois avec des jumelles japonaises, que sais-je encore. Puis, on a vu pousser les boutiques et les espaces Smartbox comme des champignons vénéneux. C'est bien simple, tu pouvais faire un pas sans tomber sur une de ces boîtes au packaging de crise d'inspiration.
Et il est vrai que tu t'en es fait des ennemis secrets en offrant ces cadeaux au rabais. Toi et des millions d'autres connards à la fantaisie atrophiée.

Ben oui, le problème du bidule, c'est que les concepteurs avaient oublié un truc fondamental : un cadeau se doit d'être un minimum original et personnel. Quand tout le monde commence à offrir la même chose, on est comme qui dirait victime de son succès.
De surcroît, je suis sûr que vous avez constaté – grâce à votre formidable expérience du cadeau de merde – que ce n'est pas le seul problème lié à la Smartbox…


Un site où tu peux jamais réserver
Rappelez-vous ce moment fabuleux où vous avez reçu une Smartbox (ou une wonderbidule, peu importe) en cadeau. Vous avez consulté négligemment le petit catalogue fourni et vous êtes extasié devant ces magnifiques demeures de charme qui vous tendaient les draps. Et puis, vous avez oublié. Le temps a passé.
Aujourd'hui, il n'y a pas 36 options : soit ce petit catalogue dort encore au fond d'un tiroir (du genre de ceux qu'on n'ouvre pas souvent), soit vous avez essayé de l'utiliser.
Si vous êtes dans la deuxième catégorie, je pense que vous avez dû être confronté aux problèmes de tous les utilisateurs de Smartbox : leur putain de système de réservation (et l'envie de 3ème guerre mondiale qui vous prend généralement après une vingtaine de minutes d'utilisation).
Dieu sait que je suis aguerri à toutes les subtilités d'une interface mal conçue (j'ai déjà réussi à m'inscrire à Pôle emploi en ligne, c'est dire que je suis 3ème dan d'IHM à la con… ah oui, et j'ai utilisé Lotus Notes comme outil de messagerie pendant plus de 10 ans – ça, c'est pour mon CV), mais là j'avoue que celle-là bat des records, non seulement en termes fonctionnels – ou plutôt, dysfonctionnels – mais aussi en termes de pur processus.
Leur site de réservation cumule à peu près toutes les tares : il est erratique et de temps en temps, étrangement il tombe en marche ; il arrive que tu fasses des pré-réservations dont tu ne retrouves plus jamais la trace (si un jour quelqu'un retrouve le vol MH370, ce serait sympa qu'après il s'occupe de ma résa à Anzy-le-Duc) ; il te propose des résas dans des lieux pour une nuit de rêve où le propriétaire ne propose pas de séjours inférieurs à deux nuits (wtf ?) ; il t'envoie chez des gens qui t'expliquent gentiment qu'ils se sont désinscrits du partenariat depuis plus de 6 mois ; etc. etc.
Et quand, excédé, tu appelles leur hotline, tu tombes sur un mec aussi paumé que toi : « ah non, ça c'est normal », puis deux minutes après « j'ai dit que c'était normal ? Non, je voulais dire ‘pas normal' ». Au bout, d'un moment – première fois que ça m'arrive avec une hotline –, t'as juste envie de dire au mec que tu vas bien réussir à te débrouiller, qu'il ne casse pas la tête pour toi. Et évidemment, deux minutes après avoir raccroché, tu reçois un mail te demandant de noter « ton expérience utilisateur avec la hotline »… Comment dire ? Je vous laisse deviner, ça commence par « mer » et ça finit par « dique ».


Cette sensation d'être un client au rabais
Quand après des jours de lutte intense, tu as finalement réussi à réserver – non pas, d'ailleurs, parce que le système n'est pas si pourri ou que tu es formidablement intelligent, mais simplement parce que tu ne détestes personne suffisamment pour lui refiler cette merde de box à la con et que tu détestes gâcher (c'est bien simple, le mec qui finit ses épinards, c'est toi) – ou au moins comprendre ce à quoi tu as le droit, te voici confronté au boss de fin de niveau : goûter aux joies d'être un client au rabais.
Après avoir entendu une douzaine de fois « ça va pas être possible » (de réserver à cette date-là, de venir en été, de passer un week-end, d'emmener un enfant, d'avoir une table en terrasse, etc., etc.), voici finalement que tu as ta réservation : ouahou !
Suivant la nature de ta punition, tu as le droit de (au choix) :
- Dîner un lundi soir de mi-janvier dans un restaurant en plein travaux de rénovation à côté des cuisines (qui à vue de nez ne sont pas aux normes sanitaires, soit dit en reniflant – ou alors le cuistot a oublié son déo)
- Passer une nuit dans une résidence de charme sans chauffage (« vous comprenez, pour une nuit, on ne peut pas mettre le chauffage, c'est pas rentable. Vous avez des notions d'inertie thermique ? ») mais sans cocktail de bienvenue (« on n'a pas été livré »).

Bien évidemment, ils n'ont pas été « livrés » du cocktail « Smartbox » (celui sans alcool et au jus de fin de cuve), mais il leur reste une bouteille de champ' à 200 boules. Au cas où. Et puis le chauffage, ma foi, on peut s'arranger parce que moyennant un petit supplément, on a une autre chambre de libre.
Ah bon, celle-là est chauffée ? demandes-tu bêtement.
Euh… non, mais elle est mieux exposée, te répond-on encore plus bêtement.
Ben voyons.
Etre un client Smartbox te donne la désagréable impression d'être le cousin relou qui arrive en plein mariage et dont on avait égaré la réponse. T'étais pas prévu. Alors bon, t'es de la famille, on va te faire une petite place, mais on te fait bien comprendre que t'es quand même relou. Tu bouffes les restes et tu suis la cérémonie de loin (dans la pièce d'à côté que tonton Paul a gentiment débarrassée pour que tu puisses manger tranquillement ta purée faite à base d'épluchures de pommes de terre). T'as intérêt à être content d'être là. Et surtout, la ramène pas.


Heureusement, tout finit bien dans l'univers fabuleux de la Smartbox. Parce que quand tu reviens de ton magnifique séjour dans une demeure dont on aurait temporairement retiré le charme, tu te dis que si ton beau-père te détestait vraiment – et compte tenu de la façon dont on traite la marchandise (pardon, le client) chez les partenaires Smartbox –, c'est le stage de plongée sous-marine qu'il t'aurait offert.
Et ça, ça te rassure un petit peu quand même. T'es même presque impatient d'aller bouffer la galette des rois chez lui (histoire qu'il essaye de t'étouffer avec de la frangipane). Enfin content… t'es surtout content quand tu te dis que même avec beaucoup de volonté, tu pourras jamais faire passer une Smartbox pour une fève.

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