"Chez Maurice"
My Martin
Béarn, Pau (Pyrénées-Atlantiques)
Les sœurs Marcelle (née en 1923. 71 ans) et Christine (née en 1936. 59 ans) Nougué-Cazenave
Les deux sœurs tiennent à Pau, le bar-tabac "Chez Maurice", au 14, boulevard du Commandant René Mouchotte, route de Tarbes. Marcelle Nougué-Cazenave, affaire personnelle commerçant, immatriculée le 1er janvier 1960
Nuit du dimanche 27 au lundi 28 août 1995. Les deux sœurs gisent dans une mare de sang. Marcelle, près du comptoir. Christine, sur les marches de l'escalier
Égorgées avec un outil tranchant -un cutter ou un couteau
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Le bar-tabac n'existe plus. Il était situé à moins de 500 m de l'hôpital psychiatrique. Le Centre Hospitalier des Pyrénées. 9 Avenue du Général Leclerc, à Pau
Yolande Nougué-Cazenave (1953-2009), la nièce des victimes. « L'essentiel des clients était des malades de l'hôpital. Quand j'étais gosse, mes tantes me disaient : Ne t'approche pas trop de celui-là »
Les deux femmes louaient des chambres à des patients de l'hôpital
Bien que vivant dans des conditions à la limite de l'insalubrité, elles possédaient beaucoup d'argent
Yolande. « Les assassins n'ont rien pris, alors qu'il y avait plein de billets chez mes tantes »
La nuit du meurtre, ensanglantés, trois patients fugueurs regagnent l'hôpital
Yolande. Malgré des centaines d'auditions et d'interpellations, l'instruction n'a pas permis d'identifier le ou les coupables, ni le mobile de cette tuerie
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1996. Portrait établi par un habitué du bar. La police a un suspect : un jeune homme (vingtaine d'années), passé par l'École des Troupes Aéroportées ETAP (parachutistes), à Pau. Déserteur
Décembre 1996. Gare de Bordeaux. Muni d'un couteau à longue lame, le jeune homme espionne les toilettes pour dames de la gare. Il est arrêté. Saisie par les policiers, l'arme est détruite
2001. Le suspect est mis hors de cause dans l'affaire de Pau. Non-lieu
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Pau. Hôpital psychiatrique
Nuit du vendredi 17 au samedi 18 décembre 2004. Double meurtre de l'infirmière psychiatrique de garde Chantal Klimaszewski (48 ans. Décapitée. Sa tête est posée sur un poste de télévision) et de l'aide-soignante Lucette Gariod (40 ans. Poignardée)
Soumis à des tests ADN, les trois patients revenus ensanglantés la nuit d'août 1995 (meurtres des deux sœurs Nougué-Cazenave), ne sont pas impliqués dans la tuerie de décembre 2004
29 janvier 2005. Romain Dupuy (né en 1983. 21 ans) est interpellé à 22 heures 40, lors d'un contrôle de routine par la BAC de Pau (tentative de meurtre contre les policiers)
Père Alain, militaire. Mère Marie-Claire, assistante sociale. Romain Dupuy consomme des stupéfiants (addiction au cannabis). Hospitalisé à trois reprises pour schizophrénie à l'hôpital psychiatrique de Pau
Romain Dupuy est confondu par son ADN, prélevé par la police sur son sang, laissé lorsqu'il a brisé un vasistas de l'hôpital de Pau
28 août 2007. Romain Dupuy est déclaré irresponsable pénalement, après une bataille d'experts (discernement aboli lors de son acte). Un non-lieu psychiatrique est prononcé, selon l'article 122-1 du Code pénal
Novembre 2007. Le non-lieu est confirmé en appel
15 mars 2008. Marie-Claire Dupuy, la mère de Romain. ... Depuis 2000, j'ai tout consigné dans des carnets : les noms des médecins contactés, ceux qui nous ont claqué la porte au nez, les coups de fil, les fax, les rendez-vous, ce qu'on nous a dit... J'ai supplié tous ces médecins de faire quelque chose. Ils ne nous ont affiché que mépris. Une fois, je me suis entendue dire : « Madame, ne continuez pas ainsi, car c'est vous que l'on va enfermer ». Il y a eu des manquements inqualifiables et impardonnables. Des fautes et de la lâcheté aussi. Bien sûr qu'il y a des problèmes de moyens, mais c'est surtout l'humain qui a failli ...
2005. Romain Dupuy est interné à l'Unité pour Malades Difficiles (UMD), Centre Hospitalier Spécialisé de Cadillac (Gironde), à une quarantaine kilomètres au sud-est de Bordeaux. Patients dangereux pour eux-mêmes et pour les autres
Depuis 2005, Romain Dupuy (39 ans) n'a jamais quittée cette unité -« un régime quasi carcéral ». Il demande son transfert dans un service plus souple mais la préfecture s'y oppose
A l'égard des personnes jugées malades, la loi n° 2008-174 du 25 février 2008 relative à la rétention de sûreté et à la déclaration d'irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental, permet de prendre désormais d'autres mesures qu'une ordonnance de non-lieu
En même temps que l'irresponsabilité, la justice peut simultanément reconnaître l'imputabilité des faits au criminel
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1er mars 2022. Tribunal de Nanterre. Le dossier Nougué-Cazenave est transmis au nouveau pôle judiciaire national dédié aux affaires non résolues ouvre ses portes
2022. Les scellés vont être ré-examinés -recherches d'empreintes digitales, d'ADN (ces analyses n'existaient pas en 1995)
La famille Nougué-Cazenave (1995-2022. 27 ans). "On est prêts à aller jusqu'au bout. On est prêts à trouver qui a fait ça"