De la faute à la fote

dame_oiselle

Démunie face à l'orthographe des jeunes collégiens... quand j'étais pionne.

On arrive à un niveau où au-delà d'avoir les yeux qui piquent, vous aimeriez carrément pouvoir vous les arracher à mains nues avec des ongles mal taillés, vous asperger d'essence et vous immoler par le feu, traverser la baie vitrée du premier étage afin d'aller vous empaler sur la clôture du voisin où ses dobermans ne tarderaient pas à finir vos restes. 

Tout sauf subir les assauts d'une telle aberration orthographique ! 

Certes, tout comme l'homme, le langage évolue, nous ne parlons plus comme au Moyen-âge. Cependant, nous voilà face à une évolution bien anarchique où chacun écrit maintenant selon sa propre conception du langage. Un même mot, une même idée peut ainsi s'écrire sous plusieurs formes différentes. 
Tandis que nous autres, amoureux de la langue de Molière, écrirons à notre moitié : « je t'aime passionnément », les ennemis du Bescherelle emploieront « jtm++ », « jte kif tro » ou bien encore, ça s'est déjà vu « je tème » ou « je théme ». 
Le mot « kiffer » est, s'il ne l'est pas déjà, en passe d'être dans le dictionnaire. Pourquoi pas! Après tout, nous pouvons bien, dans notre extrême indulgence, approuver ce nouveau mot (même si on ne le trouve vraiment pas beau). Mais là encore, un problème se pose, quelle est la véritable orthographe de ces nouveaux maux (euh, pardon, mots) ? 


En tant qu'assistante d'éducation, j'intercepte régulièrement quelques petits messages compromettants où il est souvent question de kiffer quelqu'un ou quelque chose. Et alors nous avons le choix : quif, quifé, quifer, kifer, kif, kiff, kiffé. J'avoue que dans le doute, j'éliminerais tout de même les trois premiers. 

Parfois, la faute peut s'avérer fatale et changer la signification de la phrase du tout au tout. Exemple avec ceci où « sens interdit » devient « sans interdit » ou pire encore quand l'un de mes élèves annonce qu'il va « déclaré son infexion » à untel ou unetelle… 
Il faut aussi admettre que certains de ces jeunes écoliers ont des circonstances atténuantes. 
Message d'un parent d'élève au professeur de français : 
« Messieur, 
Je n'est pas comprit que Gérard aille un zéro en composition d'orthographe alor qu'ici il a pas de fotes dans les dictés qu'ont lui fé fer a la maison. Veullé revoir sa copie. Remerciement » 
Ou dans un autre genre : « Si Eric à écrit « beaux vins » au lieu de « bovins » dans la dictée, remarquez d'abord qu'il l'a écrit sans faire de faute, ce qui est normal car son oncle est viticulteur dans le midi. » 

A bon entendeur… 

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