Des mots en file indienne (II)

redstars


[La nuit tiède. Se coucher tôt. Fixer le mur, les yeux fermés. Prier pour s'endormir. Et les rêves et les cauchemars. Là en dedans. Entremêlés. Cette sensation d'angoisse aigre. Là, au réveil. Ce goût de terre battue…. dans la bouche. Le cauchemar débute. Il n'était pas un songe. C'est en ouvrant les yeux. C'est en se souvenant. Soudain, la panique. La réalité est une prison. La réalité a des barreaux. Mais dans la nuit. Se retourner. Se rappeler. Être là. Dans une classe. A l'époque des études innocentes. Tant de monde autour de soi. Prévoir mourir. Sous-entendus. Mais personne ne voit. Personne ne devine. Personne. Tout court. Un mot. Et c'est tout. Être au bord du précipice. Et regarder en bas. Comme avant : est-ce que ça suffira ? Et les autres tout autour. Invisibles. Et personne là. Pour tendre une main. Pour dire : aller viens. Réveil en sursaut. Sueur chaudes et froides. Attendre. Se remettre. Il est tôt. Tant pis. Se lever. Tenter de gommer le songe. Et sa tension. L'indifférence. La solitude. L'épuisement. La nuit non, ne porte pas conseil. Mais tu te relèves toujours, petite fille. Tu ne pleures plus. C'est déjà ça. Tu vas te redresser. Et marcher un peu. Même maladroitement. Tu sais ce que c'est. De tomber. Encore, et toujours. Même au fond. Même attachée dans un lit, aux urgences. Tu t'es toujours relevée. Même quand tu vendais ta propre chair. Même quand tu faisais couler le sang dans les draps. Après chaque tentative avortée. Oui, tu t'es toujours redressée. Aller, tu peux le faire. Respire… la nuit s'éloigne doucement. La lumière s'intensifie dehors. Le jour doucement se lève. Tu regardes. Les dernières étoiles. Et cela te rappelle l'enfance. Cette époque douce et chaude. Quand tu étais encore capable d'aimer.]


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