Désirs

Laurent Doudiès

Un bref passage, où l'on retrouve notre pilote Jim et son guide-geôlier, seuls. L'aventure n'est pas finie mais il faut parfois s'accorder du repos...

« J'ai trouvé. Dit-elle simplement en me faisant signe se la suivre.

Nous avons quitté la place et son cadre bucolique pour monter encore un peu plus dans cette cité pyramide. L'auberge se nommait « La révérende », sa porte rouge claquait dans une ruelle oubliée. L'intérieur était chargé d'une décoration baroque aux teintes rouges et or. Il y avait foule. Pas une table n'était libre et les rires et les discussions allaient bon train. C'est à peine si quelqu'un leva le nez de sa mousse à notre arrivée. Silène se dirigea d'un pas décidé vers une serveuse accorte, lui glissa un mot à l'oreille pour se faire entendre, puis elle me fit signe de la rejoindre.

La serveuse nous accompagna à l'étage et ouvrit une chambre à la décoration tout aussi chargée mais où flottait un agréable parfum sucré. Silène entra et glissa une pièce dans la main de la serveuse. Puis elle ferma la porte derrière elle. Quelque chose m'échappait et je restais planté à l'entrée en regardant le mobilier propre et brillant, le paravent en partie replié derrière lequel j'apercevais une baignoire en émail d'où s'échappait des vapeurs parfumés, et le lit… Il n'y avait qu'un lit. Silène me regardait. Elle dû voir mon air incrédule et stupide et elle partit d'un rire cristallin.

« Je suis désolé Djima, il n'y avait plus assez de chambres. Trop de monde, pas assez d'auberges. C'est tout ce que je nous ai trouvés. Tu vas t'en remettre ? Tu veux prendre ton bain tout de suite ou tu m'accordes ça ?

Je balbutiais une esquive.

— Bien sûr, galanterie oblige. Je t'en prie, rajoutais-je en secouant la main en direction du bain.

— Trop aimable.

Elle passa derrière le paravent qu'elle ramena jusque devant la baignoire. Je vis son ombre se déshabiller et suspendre ses vêtements sur le paravent. Je restais immobile, comme empêtré dans une glaise invisible.

— Tu peux récupérer mes affaires et les placer devant notre porte, me dit-elle alors qu'elle se glissait dans le bain. J'ai négocié qu'ils nous lave nos vêtements. Au prix de leur chambre, c'est la moindre des choses.

— Je… oui. »

Superbe ! Quelle élocution. Quel abruti.

Je me ressaisis et attrapant les vêtements de Silène je les déposai devant notre porte. À mon tour je décidai de me mettre un peu plus à l'aise. Je quittai mes sandales et défis la boucle de mon ceinturon. La chambre était agréable et le lit confortable et moelleux. Nous allions enfin dormir convenablement. Je n'en revenais pas de m'être comporté comme un adolescent pudique. Elle avait trouvé une chambre avec un seul lit, la belle affaire ! Il n'y avait pas de quoi défaillir. On aurait dit une vestale de Canopus, vierge et effarouchée. Ce n'est pas comme si je n'avais jamais vu une femme nue, ou que je n'avais jamais dormi avec l'une d'elle sans nécessairement coucher avec. Il est vrai que si je n'avais pas eu le temps jusqu'ici de me poser la question de mon abstinence, je n'avais jamais passé autant de temps seul au lit. Tout à coup, la sensation d'un corps chaud contre le mien, le frôlement délicat de doigts féminins sur ma peau embrasa mon esprit. Une chaleur inconvenante monta entre mes jambes et je me surpris à jeter un œil rapide vers le paravent. Heureusement, elle ne me voyait pas.

Et, Dieu soit loué, moi non plus.

Je me laissai tomber en arrière sur le lit et mon esprit s'envola vers d'agréables et lointains souvenirs.

« Djima.

Silène me réveilla je ne sais combien de temps après. J'avais sombré à la vitesse de la lumière. Elle avait revêtu une longue chemise de lin blanche qui lui tombait jusqu'aux cuisses.

— Le bain est à toi, dit-elle. J'ai fait changer l'eau pendant que tu dormais.

Sa voix était douce et plus suave que d'ordinaire, plus basse avec un petit grain de poussière dans son timbre qui la rendait chaude. Je ne remarquai pas tout de suite, mais mes rêves et ma décontraction totale transparaissaient sous la toile de mon pantalon sous la forme d'une bosse ronde et sans équivoque. Silène, la tête penchée, essuyait sa chevelure noire qui tombait en cascade humide et ses yeux trainaient sur cette partie de mon anatomie. Nous nous en rendîmes compte simultanément. Je me redressai d'un bond sur le lit et elle se détourna, l'air de rien, vers la petite fenêtre.

À mon tour je me déshabillai derrière le paravent et me glissai dans l'eau fumante aux doux parfum de rose. Quel délice. Je sentais mes muscles peu à peu se dénouer et mes douleurs se dissoudre dans le bain bienfaiteur. Je découvrais un bienfait nouveau à ma situation. J'étais toujours, en quelque sorte, prisonnier, mais il y avait quelque chose de rassurant et de tranquillisant à se laisser guider. Je ne contrôlais rien et pour la première fois je m'en foutais. J'étais juste dans le moment présent. Je fermai les yeux pour savourer cet instant et le visage de Kira apparut souriant et timide à la fois. Pour la première fois je n'eus pas de pincement au cœur, de serrement à la poitrine. Son souvenir n'était pas empreint de tristesse et de regret, il était juste agréable et serein.

Quand un frisson parcourut mon corps, je compris que l'eau avait refroidi. Je m'extirpai de la baignoire pour constater que Silène m'avait apporté une longue chemise de lin comme la sienne et l'avait déposée sur le paravent. La chambre était silencieuse mais j'entendais les pas légers de la jeune femme. J'enfilai la chemise, et repliai le paravent. Un plateau avait été apporté et reposait sur le coffre d'affaires au pied du lit. Il y avait deux petites assiettes avec du pain chaud et deux tranches de lard grillé, une part de tome d'un fromage que je ne connaissais pas mais qui m'apparut fort gouteux ainsi que deux verres de vin. Silène me faisait face et croquait une pomme à pleine dent. Il y avait à nouveau quelque chose qui clochait.

D'une main elle dénoua le haut de sa chemise et la fit doucement couler le long de son corps d'un léger mouvement ondulant. Son regard pétillant était posé sur moi et mit le feu à mes joues. Entre-autre.

« Soyons bien clair, Djima, ronronna-t-elle. Rien ne change. Notre accord reste notre accord, mais je crois que toi et moi avons des besoins et il serait idiot de ne pas s'y soumettre.

Avant que je puisse répondre et sans que je comprenne comment, elle était devant moi à quelques centimètres seulement. Plus petite que moi elle ne me quittait pourtant pas des yeux et ce regard fiévreux presque soumis finis d'embraser mon esprit et mon, corps. Une de mes main se retrouva contre sa petite poitrine ferme et ronde pendant que l'autre saisissait sa taille pour la coller contre moi. Toujours dans un état second mes lèvres rencontrèrent les siennes et je sentis sa bouche s'ouvrir délicatement d'abord, puis passionnément. Sa langue vint à la rencontre de la mienne et plus rien n'exista que nos corps enlacés et nos caresses brûlantes de désir.

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