Dressage animal

makara


Maria Grace de La Tour a peur des chats. Des chats noirs et des chats blancs. Elle a peur des félins en général. Et des hommes aussi vu qu'elle les prend pour des tigres.

27 ans et des poussières galopent derrière son vélo. Elle l'ébroue un instant et le range maladroitement contre un mur en observant en douce les alentours de peur d'un quelconque prédateur. Une fois rassurée, elle se dissimule sous son immense chapeau qu'elle a trouvé aux puces, traverse à grandes enjambées la rue et s'arrête devant une maison qui croule sous le poids des années. Un peu plus elle ramassait les débris à la pelle. On l'interpelle. Elle se tourne. Catastrophe ! Un tigre. Vite, rentrer dans l'habitation avant qu'il ne la croque. Elle claque la porte derrière elle. Trois petits coups sont assenés contre la vitre. Mon dieu, mais il la pourchasse ! A tire d'aile, elle s'éloigne de l'entrée, manquant s'empapilloner dans sa longue robe à fleur. Maudites pâquerettes, elles attirent les fauves comme les guêpes !

La clenche s'abaisse et remonte. La jeune madone gémit de soulagement. Il n'a pas le code. Elle gravit en hâte les escaliers, se perche sur une marche et extrait de sa chaussette un papier chiffonné. Il s'agit de l'adresse du possible vétérinaire de ses hystéries félines. Plus que quelques pas.

A l'étage, Maria, s'immobilise devant une porte trapue sur laquelle est indiquée «  Mr Habibou, votre remède à tout ». Comme totem, il y a un aigle. Bon signe. Elle aime bien les oiseaux. C'est doux. Lisse. Pas comme les poils. Elle toque. Un grognement l'invite à entrer. Elle hésite, trouve que la voix ressemble à celle d'un ours des cavernes, est à deux doigts de rebrousser chemin, puis se rappelle le tigre dans la rue et se ravise. Elle entre.

Par tous les Saints ! jure-t-elle

Elle est chez Seth. Des images de chats mouchètent les murs. Une odeur fauve lui chatouille les narines. Elle manque s'évanouir. Monsieur Habibou s'approche. Ses larges pattes noires et ses yeux cendres lui confèrent une allure chimérique. Il lui serre la main chaleureusement. Pour toute réponse,  Maria émet un gazouillement pathétique. Ne le quittant pas des yeux, elle s'assoit sur un grand fauteuil de tapisserie zèbre et commence sans attendre un long soliloque sur sa boulimie superstitieuse et sa phobie animale. Monsieur Habibou après un grave moment de réflexion, pendant lequel son regard se perd dans celui des chats, se lève et lui tend un objet fort étrange. C'est une queue de loup en fourrure grise. Une amulette qui l'aidera à surmonter l'agneau enfoui en elle, lui dit-il. Maria trouve la plaisanterie grossière et se relève avec dédain. Avant de partir, elle garde tout de même l'objet étrange. Le contact des poils la rend toute chose, ça doit être l'effet du sortilège, le mal se libère-t-il ?

Maria sort en trombe de l'appartement et cavale dans les escaliers. Elle ouvre la porte et tombe nez à nez sur le tigre. Il n'est pas parti. Il a des dents immenses et une barbe à n'en plus finir. Elle serre l'amulette dans sa main et la sent tiédir. Elle n'a plus peur du tigre : elle a envie de le cajoler.

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