Eight (prologue)

R.G Crow

Quelque part en Irak:

La chaleur était insupportable. Le Humer était H.S, il fallait marcher. Pour aller où ? Peu importe, il ne fallait pas rester immobile. L'Ennemi sait se cacher, c'est son territoire, il le connait mieux que quiconque. Les pieds des soldats s'enfonçaient dans le sable, chaque inspiration était une souffrance. L'air sec, brûlant et gorgé de sable leur emplissait les poumons. Les rayons du soleil étaient comme des lances de feu qui perçaient à vif les tissus et terminaient leur course dans les os.

La notion de temps n'avait pas d'importance dans cette situation. Il fallait s'en sortir, c'est tout.

La compagnie finit par rejoindre un sentier avec un village à une centaine de mettre environ. Était-ce un mirage ? Le commandant de la troupe se retourna et distingua le même regard interrogateur sur les visages de ses frères d'armes : « Toi » dit-il avant de passer sa main sur sa bouche et de questionner le paysage, « Postes-toi là-bas et fais nous un rapport sur ce qui nous attend. ».

Le Soldat s'exécuta, il se mit en place et plaça son œil derrière la lunette de son M14. Il fût rassuré de ne rien distinguer de potentiellement dangereux. Il se releva lentement et retourna au trot vers ses camarades : « R.A.S » dit-il en arrivant.

Le commandant esquissa un très léger sourire et fit signe à la compagnie d'avancer. Ils étaient peut-être enfin sortis de cette merde, mais il fallait faire vite; dans ce genre de pays les informations circulent à une vitesse incroyable; de bouches à oreilles, de mains en mains, similaire à une épidémie redoutable. La moitié de la population est au courant de ce qui se trame alors que les G.I n'ont pas encore bougé le petit doigt.

Le village était entouré d'une muraille de fortune, elle n'avait pas grande utilité hormis le fait qu'on ne pouvait y entrer que par un seul endroit. La troupe s'engouffra dans l'étroite brèche; le doigt sur la détente; prêts à tirer.

Les habitants n'avaient pas confiance en ces soldats venus de l'autre bout du monde. Les hommes parlaient fort et faisaient signe à leurs épouses et à leurs enfants de retourner à l'intérieur avant de rentrer eux aussi. La compagnie se retrouva seule. Le grincement d'une porte fit pivoter le commandant sur lui même, il se mit en joue. Un homme mince, le visage marqué par les années sortit de sa maison. Il s'avança lentement vers le commandant, celui-ci resta en position près à lui coller un pruneau dans la tête s'il faisait le moindre geste suspect.

L'homme écarta les bras; le commandant fit signe à sa compagnie de reculer, de se mettre à couvert.

Il resta seul face au vieille homme, espérant éviter ce qui pour lui était malheureusement inévitable. Mais à sa grande surprise le vieille homme tomba dans ses bras, pleurant de joie.

L'homme les invita à entrer. Ce n'était pas de refus, il leur fallait de l'eau et si possible manger quelque chose pour redonner un peu d'énergie à leurs corps. Soudain le vieille homme s'affola. Il se retourna brusquement vers les soldats et pointa du doigt une vieille échelle en bois qui permettait d'accéder à ce qui ressemblait à un grenier. Le commandant tenta de comprendre sa réaction mais se vit contraint de monter. La trappe en bois se referma. La troupe se retrouva dans l'obscurité, seul une sorte de lucarne donnait sur la cour du village. Le commandant se rapprocha et fit signe au soldat au M14 de faire de même.

Une jeep s'arrêta net au centre du village. Des hommes aux visages masqués par des turbans jaillirent du véhicule. Armés d' AK47 ils tiraient en l'air en hurlant des choses incompréhensible. Le leader semblait être le plus calme, son visage n'était pas caché; cela prouvait qu'on le connaissait, qu'on savait de quoi il était capable si on venait à le décevoir, il se sentait supérieur, intouchable.

Un des hommes masqués traîna un habitant d'une des autres maison par les cheveux, sa femme et sa fille s'agrippaient à ses pieds comme pour tenter de l'arracher aux griffes de ces fanatiques, mais il leur hurlait de le lâcher et de refermer la porte, du moins, c'est ce que croyait comprendre le commandant et le soldat au M14. Il voulait protéger sa famille, il avait peur, mais il préférait mourir que de voir sa femme et sa fille se faire exécuter. Il se retrouva face au Leader.

Le Leader s'accroupit pour se mettre à hauteur de sa victime et lui parla calmement, avec tact, il semblait même être sympathique. Sa victime se mit à pleurer et désigna d'une main tremblante la maison où était caché la troupe. Le Leader lui donna une tape amicale sur la joue et ordonna à ses hommes de le raccompagner chez lui. Pendant que ceux-ci s'exécutaient; le Leader se retourna lentement vers la maison,sortit son Glock 17 de son étui et commença à se diriger lentement vers l'habitation.

Maintenant, il n'était plus à portée de vue. Un long silence s'instaura. Soudain on toqua à la porte. Le commandant se rapprocha pour mieux entendre, il se déplaça comme un lézard en essayant de faire le moins de bruit possible pour aller se placer au-dessus de la trappe.

Le vieil Homme alla ouvrir à contre-cœur. De lourds pas résonnèrent, une voix très grave s'éleva dans les airs. La voix du vieil homme tremblait, il n'en fallait sûrement pas beaucoup plus pour convaincre une grosse brute qu'il se tramait quelque chose de pas net dans le coin. Le silence reprit ses droits pendant quelques secondes. Il fût brisé par un premier coup de feu qui donna naissance aux pleurs d'une épouse et d'un fils. La troupe sursauta, ils n'avaient pas vu la femme et l'enfant; tous se rapprochèrent de la trappe. Une deuxième détonation fît taire les pleurs de la femme. Le soldat au M14 ne pouvait se résigner à rester là, sans rien faire. Il ouvrit la trappe et s'y introduit, malgré les ordres du commandant.

La lumière vive agressa ses yeux. Il pivota sur lui même et vit le corps de l'enfant s'effondrer lourdement sur le sol. Il s'accroupit, se mit en joue et tira deux fois. La première balle vint se loger dans le genoux gauche du Leader, la seconde dans le droit. Le Leader hurla de douleur, il se tordait tel un asticot planté sur un hameçon. Le Soldat le désarma et se mit à couvert près de la porte. Il fallait être rapide et précis, il voulait avoir le temps de s'occuper lui même du Leader.

Il ne fallut que cinq minutes au Soldat pour abattre les islamistes. Il laissa tomber son M14, se retourna et revint sur ses pas. Le Leader était toujours à sa place. Il n'avait même plus la force de bouger, ni de hurler. Le Soldat se pencha vers lui et le fixa, il essaya de comprendre comment un Homme normal pouvait devenir ainsi; puis il le saisit par le col et le traîna en dehors de la maison comme une charogne. Ses talons frottaient contre le sol et dégageaient une fumée épaisse et opaque.

Le Soldat le lâcha et sortit son arme de poing: un Python 357 Magnun. Sur la crosse était imprimée une boule de billard, la numéro 8.

Le Soldat saisit le Leader par les cheveux et le força à ouvrir la bouche pour y enfoncer le canon de son arme.

-On ressent quoi quand on sait qu'on va mourir? Hein ?! Réponds fils de pute !

Il retira le revolver de la gueule de sa proie et le souleva vers le ciel. Le premier coup de crosse lui fit exploser les lèvres et lui arracha au passage les incisives et les canines.

-Oui j'ai oublié : Ça risque de faire mal.

Il le tira à nouveau par les cheveux et plongea sa tête dans un abreuvoir. Une fumée rouge se répandit dans l'eau. Le leader se débattit, petit à petit ses mouvements étaient de moins en moins rapides et vifs. Il finit par se laisser faire. Ses muscles se détendirent et en quelques minutes la vie le quitta.

-Oui j'ai oublié : Ça risque d'être long.

La poigne du Soldat se relâcha lentement, des larmes ruisselaient sur ses joues. La main du commandant se déposa sur son épaule.

-Tu as fait ce qu'il fallait soldat! Ils ont une radio sur la jeep. C'était notre dernière mission. Maintenant, il est temps de rentrer à la maison.

On rentre à la maison...pour retrouver quoi ?



Report this text