explications

Elisabeth Charier

Explications

– Maman, qui va faire le père Noël chez papy, cette année ?

Mon fils de sept ans pose la question et son frère de quatre ans l’entend. Il lève le nez, l’oreille aux aguets.

Je jette un coup d’œil à Rémi qui me sourit et je sais ce qu’il signifie, ce sourire : « je ne crois plus au père Noël ». Je devine qu’il se tait pour Léo.

– Tu essaieras de le découvrir, on verra si t’as l’œil.

– Maman ! appelle Léo.

Je dois toujours répondre « oui » pour lui montrer que je l’écoute, sinon, il répète ce titre jusqu'à ce que mort s'ensuive.

– Oui.

– Pourquoi il vient pas lui-même, le père Noël ?

– Ben… il ne peut pas être partout à la fois. Alors, il donne la liste des maisons à visiter à des papas, des oncles, des papys volontaires.

– L’année dernière, c’était le voisin, ajoute Rémi à fond dans le jeu.

– Et les mamans l’aident aussi en gardant les cadeaux, comprend Léo. C’est pour ça que ceux du dessus de l’armoire ne sont pas pour nous… Et le père Noël vert, il sert à quoi ?

Oh la belle question !

J’ignore s’il se rend dans toutes les communes de France, donc j’explique. Le secours populaire a inventé un père Noël vêtu de vert. Dans ma petite ville qui compte deux écoles primaires et une maternelle, il passe dans les classes début décembre. Il distribue les surprises de l’amicale laïque, des bonbons et un tract destiné aux parents. Léo ne lit pas encore.

Rémi, qui sait, attend ma réponse avec patience. Comment vais-je expliquer que certains enfants ne recevront que des jouets d’occasion à Noël ?

Je prends le temps de la réflexion. « Monsieur orange » nous fait traverser la grand-rue, le froid me mord les joues, la question me torture le cerveau.

– Alors, maman ? s’impatiente le petit.

– Il faut que je te dise que pour aider le père Noël rouge, on donne des sous. Nous, on peut parce que papa travaille. Mais il y a des familles qui ne possèdent pas grand-chose et, pour elles, manger est plus important que les cadeaux. Le père Noël vert rassemble gratuitement des jouets en bon état pour eux. J’en dépose dans sa hotte quand je peux.

– C’est comme la journée du colis alimentaire ! s’exclame Rémi. Ça va sonner, maman. Bisou.

Et il file dans la cour des grands pendant que Léo et moi nous lançons dans la cohue de ce couloir trop étroit percé de quatre portes. Le sol s’est déjà noirci de neige fondue. Des brigands jouent à la glissade, des maitresses crient. Attention ! Danger !

Passage obligatoire aux sanitaires avant d’entrer en classe… ce soir, les femmes de ménage ne chômeront pas. La neige en ville, quelle cata !

J’observe mon fils qui se lave les mains pensivement. Une autre question se prépare.

– Dis maman.

– Oui.

– Il existe vraiment le père Noël ?

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