Filature

themariarosariaworld

Petite coquine…

Il pleut. Des larmes de fourmis. J'ai oublié mon parapluie chez moi. Je marche derrière cette fille depuis presque dix minutes. La demoiselle avance d'un pas scandé. Lourd. Soldat de plomb. L'ondoiement de son saroual frôle le bout de ses jolis souliers. La mousseline rose de son corsage sur ses hanches. Sultane exquise. Plaisir quotidien des hommes.
Je ne veux pas la perdre de vue. Je vais la pister jusqu'à l'asthénie. Je l'ai déjà suivie maintes fois dans les rues de la ville. Hier. Avant-hier. La semaine dernière. Je savoure délicatement cette nouvelle filature.
Ses sourires aux mouches m'agacent. J'égorgerai la prochaine. Maudite jalousie. Madame salue des ombres volages. Caresse les fleurs des massifs urbains. Se moque des incessants racontars.
Ma crainte freine soudainement mon appétit. Elle m'a vue. Non. Elle ne m'a pas vue. J'aime le vertige. Missions déconcertantes. J'hésite. J'ose. Ma folie abusive. La nymphe est tout près de moi. Je baisse les yeux. Ma garde. Madame embrasse familièrement un homme. Un autre. Sale pute. Manège prétentieux. Cadence au gré de ma patience.
Elle entre tranquillement dans une boucherie chevaline. Reste. Sept minutes. Dix minutes. J'ai compté. Elle sort. Entre dans une pharmacie. Elle sort. Au coin d'une rue, un chevalier honore publiquement sa grâce.
Foule. J'ai failli m'égarer. Où est-elle passée? Les gens déambulent hagards et sans rancune. Pas d'euphorie. Ils arpentent à contre sens l'asphalte mouillée. Certains glissent impudiquement sans maugréer. Des crachats verdoyants traquent mes pieds endoloris. Curiosité malsaine. Je suis aveugle.
La créature entre au Saint-Patrick. Je ne peux pas renier ma soif. Les vaches broutent l'herbe séchée lorsque le jour pâlit. J'entre dans le bar. Elle s'est installée au comptoir. Je m'avance vers elle sans sourciller. Humiliée par sa tasse de café. Je tremble. Sue. Elle accepte enfin mes pensées. Je lui parle du type loufoque assis à la table d'à côté. Du vin de Bukowski. De l'odeur sacrée de café torréfié. Des huiles d'olives des Puglies. Elle prête l'oreille à mes divagations.
La pluie s'est arrêtée. Le soleil est un violeur de nuages. Je ne suis pas l'homme qu'elle attendait. Ni la femme qu'elle croyait. Ses seins me dévisagent. Son cul n'a rien d'un nez. Je lui propose une feuille pour qu'elle dessine des ronces. Son cœur tuméfié. Elle écoute mes chimères. Mes délires passagers. Désopilant feuillage. Je ne veux rien de son corps. Ni de son sort. Un peu d'âme à dépecer. Une photographie. Sa. Respect pour son diable. Son choix d'être possédée. J'ai enfin bu un café avec la prostituée.

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