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nessendyl

Un besoin de voyage, d'avancer, d'aller vers autre chose...

C'est mon âme qui me le réclame. A grands cris, là dans ma tête, tout au fond de mon crâne. Une voix qui résonne et supplie avec insolence : « Par ». Elle ne s'arrête jamais. « Pars maintenant. Par avant de ne plus en avoir la force, avant d'étouffer totalement ».

Partir, loin de ce monde grouillant et bruyant, ce monde d'humains, de pollution et de béton qui me blesse d'avantage chaque jour.

Je ne porte rien à part les vêtements que j'ai sur le dos et ma petite besace au tissus vert et élimé contenant de bien maigres effets. Cachée dans un vieux jean et un sweat-shirt à la capuche qui me mange le visage, j'avance sans m'occuper de personnes, les épaules légèrement voûtée pour me fondre dans la masse. Il fait chaud, mais je ne veux pas retirer ma capuche et me montrer, je veux juste aller le plus loin et le plus vite possible. Car oui, je dois faire vite, je le sais bien. C'est une exode importante que j'entreprends là, importante et dangereuse. Un voyage. Le dernier ? Certainement.

Mes baskets progressent en silence sur les pavés de cette vieille ville. Personne ne s'occupe de moi, pas même la police locale qui patrouille à grand bruit sur le trottoir d'en face. Ils ne me voient pas, ces flics en costumes noirs et rouges avec leur matraques électriques. S'ils me voyaient... Je rentre encore plus les épaules et le menton dans le tissus gris qui me recouvre. Dans le coin, on n'arrête pas un étudiant sans importance qui rentre certainement chez lui. Mais je ne rentre pas chez moi, j'en pars. Chez moi ? Non en fait je n'ai jamais eu de chez moi, pas une personne comme moi.

Je sais, grâce aux images présentes dans mon cerveau, que je suis sur la bonne route. Encore trois heures de marche et je serais arrivée. Les rues sont déjà plus calmes, de moins en moins peuplées. Ici en périphérie de cette ville non classée, la vie semble calme et paisible, pourtant pas encore assez pour moi, je dois aller plus loin, encore plus loin.

Lorsque j'arrive enfin, je me rends compte qu'il fera bientôt nuit, le nez au sol, progressant comme un automate, je n'ai fait attention à rien. Le soleil décline doucement à l'horizon et c'est le sourire aux lèvres que je pose les pieds au bord d'une falaise. Une immense falaise que je recherche de toute la force de la pompe qui me sert de c?ur. Car en-dessous de cette magnifique chute de pierre naturelle, se trouve un paradis. C'est un lieu d’exil difficile à trouver et sauvagement protégé par des machines. Par nos anges gardiens, à nous, autres machines. Je défais enfin ma capuche et pose mes yeux sur le soleil sans être éblouie. Mes yeux violets ne sont jamais irrités grâce à leur mécanisme très performant. Je baisse un peu ma tête à la tignasse bleue extravagante pour réfléchir un dernier instant. Le symbole de mon fabriquant, gravé à l'encre noire, est bien visible sur ma tempe droite et ne me quittera jamais.

Si je franchis cette falaise, je ne pourrais plus revenir en arrière, je devrais vivre jusqu'à la fin de ma vie mécanique dans cette immense plaine transformée en ville robotique de fortune. Ma puce électronique me reliant aux réseaux humains me ciblera comme machine à abattre, comme humanoïde en fuite et à détruire.

Il y a des choses qui vont me manquer, mon maître n'était pas vraiment mauvais, un bon humain je pense, mais il manquait de caractère, ainsi sa femme a pu me réduire en esclave avant de me remplacer par un humanoïde masculin lui plaisant mieux. Je ne pouvais pas vivre indéfiniment dans un placard comme un vulgaire grille-pain.

Je ferme les yeux, hésite une dernière seconde, puis fait un pas en avant pour descendre vers la ville robotique cachée dans un écrin de verdure de couleur émeraude.

Mon voyage est terminé, me voici enfin chez moi.

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