Je deviens sourd (Hommage Républicain)

Sylvain Begon

Hommage à Samuel Paty, assassiné par un terroriste islamiste.

Article à retrouver sur le blog de l'oralité :

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Première alerte, la semaine dernière. A l'école, mes oreilles crissent quand j'entends certaines déclarations qui me font dire que la culture française n'est plus si consciente, plus si forte, plus si ardemment défendue, comme je le croyais. Puis dans une classe, un acouphène me saisit. Deuxième alerte, qui m'oblige à respirer, me poser. La classe se tait, je vois des regards inquiets. Avec gravité mais pour désamorcer la faiblesse du corps, j'ironise. Enfin, depuis deux jours, sans cesse, un ultrason dans mon oreille gauche, léger mais persistant, ne me quitte plus. Il me fait me réveiller la nuit. 2H53, 4H45, 7h13, puis vient la nausée, la nuit d'hier notamment.

Quelque chose résonne en moi. Et quelque chose veut en sortir. Mon hypersensibilité me permet tous les jours de défricher de nouveaux territoires, de comprendre le social parce qu'il m'impacte plus que les autres, ou quand certains s'attardent à regarder la goutte d'eau, je pars à la découverte d'un océan.

Je comprends que je deviens sourd.

Sourd, face à cette barbarie immonde qui conduit ce jeune gamin au meurtre le plus abjecte.

Sourd, face à ces incivilités, crimes, délits et autres illégalités que l'on entend à longueur de vie.

Sourd, face au bruit des canons, des crépitements des flammes des voitures calcinées, des mortiers d'artifice.

Sourd, face à la République qu'on assassine, à la Laïcité qu'on galvaude, à Marianne qu'on viole.

Sourd, face aux discriminations, aux injustices, à l'irrespect.

Sourd, face aux mauvaises nouvelles, aux cassandres, qui m'empoisonnent.

Sourd aussi, face à ceux qui les atténuent, qui portent des visières ou qui complotent.

Sourd enfin, face à ceux qui positivent tout, à ces égoïstes qui ne pensent plus qu'à eux, complices du mal qu'ils ne veulent pas voir arriver.

Je deviens sourd, parce que mes oreilles sont brûlées. Chaque mot contre la France, sa culture, sa langue, sa République, est un acide corrosif qui affaiblit ma résistance. Chaque ignominie de plus, est un coup de poignard, un gong atroce qui tambourinerait près de mon lobe.

Mais de cette surdité née des attaques extérieures, je renais en un cri de rage, comme ces héros blessés, qui se relèvent malgré l'épée qui leur tranche le ventre.

Devant, Marianne, ma République, qui voit un de ses plus ardents défenseurs allongés sur le sol, je suis saisit par les idéaux de liberté, d'égalité, de fraternité et je hurle à en retrouver l'ouïe :

« La République ne mourra pas ! Il nous faut du courage, de l'unité, de l'action, et la Patrie est sauvée ! »

Tout d'un coup le sifflement dans mon oreille devient plus clair, plus audible, comme des voix qui murmurent. Je l'entends ! C'est tout le peuple français qui crie en même temps que moi :

« Vive la République !

Vive l'école !

Vive la laïcité !

Vive la liberté d'expression !

Vive Marianne et ses enfants !

Vive la France ! »


Sylvain BEGON

Protégé par Copyright le 18/10/2020

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