Jeunesse éphémère

lyciagarou

Texte datant de 2010. Il n'a pas été repris pour conserver cette drôle de naïveté.

Le paysage défile sous mes yeux. La neige laisse apparaître à certains endroits la verdure du Cantal, pour mon plus grand plaisir. Les mots s'accumulent dans ma tête, les idées s'enchainent aussi vite que le permet mon esprit. La musique sur les oreilles, je profite de ce voyage devenu une habitude.

Un dessin sur la buée. Un visage qui sourit. Et soudain, les souvenirs qui refont surface. Des sourires, leurs sourires. Nos rires aussi, et toutes ces plaisanteries parfois entendues des dizaines de fois. Je me souviens, et je souris à mon tour. Une page de ma vie s'était tournée sans que je m'en rende compte. J'avançais sur le chemin de la vie, me rapprochant de l'âge adulte à grands pas. Bien sûr, je ne réaliserai que lorsque j'aurais un travail, des enfants, et tout un autre monde à gérer. J'espère seulement que ma part d'enfance et de rêve ne m'abandonnera jamais. Mais j'y crois, je m'imagine jouer avec mes enfants dans le même état d'esprit qu'eux, mais ce sont sûrement des images d'adolescente rêvant son futur.

Voilà un mois, nous étions ensemble à Aurillac. Je t'accueillais dans ma modeste demeure, et je te présentais les nouvelles personnes qui faisaient partie de ma vie. Tu avais pris le train aussi, mais dans le sens contraire. Toulouse-Aurillac. Les retrouvailles avaient été empreintes de gêne, trop de temps avait filé depuis notre dernière accolade. Je me rappelle t'avoir fait faire le trajet à pied depuis la gare, soit vingt minutes de marche. Un silence pesant de vingt longues minutes. Puis lorsque j'ai poussé la porte de mon appartement, c'est comme si j'avais poussé la porte du présent pour retourner quatre ans auparavant. Les images me sont revenues, les odeurs, les couleurs. Nous deux, jouant encore à des jeux que nous seules comprenions, mais dans l'appartement de tes parents cette fois-ci. Nous riions aux éclats, provoquant parfois la colère de ton père qui dormait à côté. Nous partagions tout. Puis le temps et les études nous avaient séparés. Tu étais partie sur Toulouse tandis que j'étais restée sur Clermont, puis cette année sur Aurillac. Nous nous étions retrouvées par hasard, au détour d'un SMS envoyé pour la forme lors de ton anniversaire. Puis nous avions ressassé le passé, nous avions parlé des heures durant.

Finalement je te proposais de revenir en Auvergne, mais pas dans le Puy-de-Dôme. Je voulais te faire découvrir les richesses que j'avais trouvées dans le Cantal, même si la chaleur de Toulouse allait sûrement te manquer. Tu avais accepté sans hésiter, pour notre plus grande joie commune. Et nous nous trouvions là, dans mon modeste deux pièces, à reparler de ces péripéties qui t'avaient menée jusqu'à chez moi. Nous sourions. Puis j'avais décidé de te montrer Aurillac, même de nuit. Les illuminations de Noël éclairaient notre chemin, nous menant chez un de mes amis. Nous sommes entrées, je vous ai présenté, puis nous avons bu un coup tous ensemble avec ses voisins. Nous avons beaucoup parlé, restant tard dans la soirée. Je t'ai entendu rire comme auparavant, et je te trouvais si belle et resplendissante que j'étais fière de te montrer à ces Aurillacois. Lorsque nous sommes parties, ton sourire ne t'avait pas quitté, et semblait resplendir sous la lune. Nous sommes rentrées, et nous avons parlé des heures, comme si nous voulions rattraper le temps perdu. J'avouerais que nous l'avons quand même bien rattrapé ce soir-là, car il me sembla qu'il défila en une seconde, pourtant nos rires résonnèrent longtemps dans la nuit. Tu riais comme je ne t'avais jamais entendu le faire, et je compris que tu étais heureuse, ici avec moi. Et cela m'emplissait de joie, mon sourire s'amplifiait avec ton rire. Nous étions redevenues les adolescentes que nous étions quatre ans auparavant, libérées de nos angoisses, de nos peurs, de nos liens. Il n'y avait que toi et moi, et le bonheur.

Le lendemain passa à toute vitesse tellement la journée fût remplie. Nous sommes allées au cinéma pour voir une de ces comédies qui ne demandait pas une grande réflexion et vous donnait automatiquement le sourire. Puis nous sommes allées manger dans un bar qui me plaisait particulièrement, et je fus ravie de voir qu'il te plaisait aussi. Des amis nous rejoignirent et nous sommes allés en ville, je t'ai montrée le square, les différentes ruelles magiques de cette ville, nous avons ri de tout notre soûl, comme si la vie nous appartenait pour toujours. Nous avons passé la soirée chez quelqu'un, et elle me parut magique. Nous étions sur notre petit nuage, tu étais le rayon de soleil toulousain et tout le monde t'appréciait, je ne pouvais que m'en réjouir.

Le réveil du lendemain fût un peu difficile, mais lorsque je te raccompagnais à la gare, la bonne humeur ne m'avait pas quitté. C'était comme si elle émanait de toi, que tu rendais tout le monde qui t'entourait ivre de joie, tu resplendissais dans la blancheur naissante de ce mois de décembre. Lorsque tu es montée, les larmes ont naturellement perlées à mes yeux, mais déjà tu me faisais la promesse de notre rencontre prochaine. Tu agitas longtemps le bras par la fenêtre, autant que te le permit la distance. Tu m'as manqué dès que tu as quitté mon champ de vision.


Je garde un souvenir fabuleux de ces quelques jours avec toi. Ils resplendissent de bonheur quand je repense à eux. Tu étais heureuse, je le sais. Je ne sais pas grand-chose de ta vie à Toulouse, je sais juste que tu as décidé d'y mettre fin. Je n'aurais jamais du te laisser partir, nous aurions construit notre vie à Aurillac, et tu aurais gardé ce sourire aux lèvres continuellement.

Je reçus une lettre quelques semaines après ton séjour avec moi. Tu m'annonçais que tu ne pourrais tenir ta promesse et que tu étais désolée. La vie à Aurillac t'avais apparemment fais un grand bien, mais pas autant que celui que j'imaginais. Ta vie t'avait rattrapée une fois descendue du train, et ces quelques jours resplendissants ne la rendaient que plus cruelle et insupportable. Tu m'embrassais fort, et me remerciais d'avoir su être là, et d'avoir été une bulle de bonne humeur dans ton univers. Plus je m'avançais parmi les courbes de ton écriture, plus les larmes ruisselaient sur mes joues. Tu m'adressais en post-scriptum de ne pas pleurer, car la vie m'apporterais des choses sûrement plus dures. Il fallait que je me souvienne de toi comme durant ce fameux week-end, et pas comme quelqu'un de malheureux qui n'avait plus de place dans son cœur pour les rudesses de la vie. Le plus difficile, c'est que je réalisais que je ne t'entendrais plus jamais rire, je ne te verrais plus sourire comme cette fois-là, et je ne comprenais pas. J'aurais voulu t'entendre rire éternellement.


Mais aujourd'hui, en route pour ton enterrement, je ne peux que me souvenir de ces jours fabuleux. Tu me manques depuis que tu as définitivement quitté mon champ de vision.

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