Journal aléatoire d'un alcoolique en sevrage

lafaille

Jour n°13

Difficile de tenir debout ce matin. De mon lit, j'admire le plafond, j'admire la peinture écaillée de certains endroits. Je suis ces endroits du plafond, écaillé, tâché, en manque. Fout-Le-Camp digère encore la côtelette d'hier, il dort. Au moins un qui est heureux. Je ne sais pas ce qui m'a pris de dire que Fout-Le-Camp était ma femme. Je n'en suis pas là tout de même. Si. La misanthropie a son paroxysme.

Bientôt midi, je me suis endormi. La truffe mouillée de Fout-Le-Camp vient me réveiller. Il veut sa côtelette. Pas tous les jours mon vieux., tu sais bien que je déteste les magasins. Petit je faisais même des crises à ma mère, je me roulais par terre tant est si bien qu'à la fin elle ne m'a plus emmené. Alors que la plupart des enfants de mon âge tirait sur les manches de leur mère pour avoir le dernier robot ou poupée en rayon, je criais d'angoisse dès que je franchissais la porte d'entrée. Trop de monde, trop de produits, trop de trop. Fourmillements dans les mollets rien que de penser à mon enfance. Et ça ne s'est pas amélioré. Après l'alcool, j'en suis à l'abstinence, et je ne sais vraiment pas si j'ai pris la bonne décision. Le doute, vois-tu Fout-Le-Camp, je doute même du doute, infernal ce cerveau. Avec difficulté, je me lève et donne les croquettes à ce pauv'chien, il me regarde, outré de devoir manger ce semblant de nourriture. J'éclate de rire, Fout-Le-Camp se vexe, et ne finit pas sa gamelle. Du coup, je décide de le sortir, de sortir, de nous sortir, peut-être que cette marche quotidienne m'ouvrira à ce jour l'appétit. Pas un appétit de moineau, mais le désir de manger de bonnes choses. Le sevrage m'a ôté tout désir. A quoi bon ? Demain, je bois.

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